Flambée de Covid-19 en Islande : deux Français accusés sans preuve d'avoir relancé l'épidémie

Face aux rumeurs persistantes, le ministère des Affaires étrangères et la police de Reykjavik ont dû démentir officiellement cette hypothèse.

 La souche dite « française » aurait été détectée dans deux bars du centre-ville de la capitale.
La souche dite « française » aurait été détectée dans deux bars du centre-ville de la capitale. Haraldur Gudjonsson/AFP

2 561 cas positifs recensés en six mois, 10 décès à déplorer, un seul patient hospitalisé… Depuis le début de la pandémie, le monde entier envie la gestion de l'épidémie de Covid-19 en Islande. De là en faire un atout aux yeux des touristes ? C'est peut-être ce que s'est dit ce couple de Français cet été, au moment de s'envoler pour l'île au sud du cercle arctique.

Un mois plus tard, peut-être regrettent-ils ce choix. En plus d'avoir été testés positifs à leur arrivée à l'aéroport le 15 août, voilà ces deux personnes accusées d'avoir provoqué une flambée de contaminations dans la capitale Reykjavik. Ils auraient bravé leur mise en quarantaine et infecté d'autres personnes.

Des allégations sans preuve

Cette allégation a été massivement reprise ces dernières heures par de nombreux médias internationaux et français, suscitant évidemment railleries et raccourcis sur la supposée « négligence » de nos compatriotes.

En réalité, cette histoire ne repose sur aucune preuve scientifique. « Rien n'indique que des voyageurs français en Islande aient enfreint les exigences d'isolement qui s'appliquent à ceux qui ont été diagnostiqués positifs au Covid-19 », a assuré ce vendredi midi au Parisien le ministère islandais des Affaires étrangères. Un message également martelé par la police locale auprès de la RUV, la télévision publique nationale.

Des déclarations officielles très ambigües

Alors comment en est-on arrivé à ce malentendu? À vrai dire, les autorités sont en partie responsables. C'est l'épidémiologiste en chef de l'île, sorte de Jérôme Salomon islandais, qui a semé la confusion. Le 21 septembre, dans le journal Visir, Þórólfur Guðnason évoque la contamination au milieu du mois d'août de deux touristes français. Et indique que des traces similaires de cette variante du virus ont été retrouvées ces derniers jours sur la centaine de cas positifs découverts à Reykjavik - ce qui représente là-bas un rebond considérable (environ un tiers des cas du pays). Il n'en fallait pas plus. Les coupables étaient tout trouvés. Il s'agissait sans aucun doute des deux Français, d'autant plus qu'ils avaient été rappelés à l'ordre par la police locale pendant leur quarantaine.

Seulement, la police locale a indiqué ce vendredi avoir discuté avec le couple pendant sa quarantaine après avoir constaté le non-respect de certaines règles liées au Covid-19. « Mais il n'y avait aucune raison de leur infliger une amende » assure-t-elle, affirmant que les deux Français n'avaient pas bravé leur « isolement » et avaient fauté « par ignorance » des règles en vigueur. De quelles fautes s'agissait-il exactement ? Impossible de le savoir.

« Injuste et sans fondement »

En résumé, rien ne prouve un quelconque lien entre le récent pic de contaminations, lié notamment à deux bars du centre-ville de Reykjavik, et le cas des deux Français, arrivés en avion un mois plus tôt. « Il est également possible, voire plus probable, qu'il y ait eu d'autres personnes dans l'avion qui ont été infectées et qu'ils étaient suffisamment tôt dans l'infection pour qu'elles n'aient pas été détectées à la frontière. Donc, rejeter la faute sur ces deux touristes français est injuste et sans fondement, et je n'y participerai pas », a avancé auprès de l'AFP Kari Stefánsson, le PDG de DeCODE Genetics, qui prête main-forte aux autorités sanitaires islandaises dans la politique de tests massifs.

Joint par le Parisien, le ministère des Affaires étrangères regrette par ailleurs l'expression de « souche française » employée par l'épidémiologiste Þórólfur Guðnason. » « Il a admis qu'il n'était pas utile d'associer une variante particulière du virus à des individus ou des pays spécifiques ».