Fin des masques artisanaux : le désarroi d’une couturière bénévole

Réagissant aux annonces gouvernementales sur les masques artisanaux, une ex-membre du groupe bénévole Les couturières masquées de l’Eure, très mobilisées pendant le premier confinement, fait part de son désarroi.

 Stéphanie Larcopage et l’un des masques confectionnés pendant le premier confinement.
Stéphanie Larcopage et l’un des masques confectionnés pendant le premier confinement. DR

Essentiels hier; trop peu filtrants aujourd'hui? Depuis le 21 janvier, pour faire face aux nouveaux variants plus contagieux, le gouvernement préconise de ne plus porter de masques artisanaux. La décision a sonné comme un coup de tonnerre dans le ciel de Stéphanie Larcopage, qui en mars dernier, a distribué ces bouts de tissus bigarrés que l'on disait alors suffisamment protecteurs : « Quand j'ai appris la nouvelle, j'ai pensé au temps qu'on a pu passer à fabriquer et distribuer des masques aux centres pour enfants, aux mairies, aux médecins, à une époque où le gouvernement était bien content qu'on soit là », se remémore-elle, sans contester le bien-fondé de la décision gouvernementale.

Il y a presque un an et alors que le reste de la France est claquemuré, Stéphanie devient l'un des trois « convoyeurs » officiels de masques réalisés dans les maisons du 27. Pour équiper les Eurois en catastrophe, elle avale des kilomètres de route, récupérant tissus, élastiques, géotextiles avant de les transporter chez la quarantaine de couturières que compte son réseau. « Des journées encore pires qu'au travail ! ».

C'est elle qui retourne ensuite chercher les masques confectionnés, mais aussi des visières et surblouses, et les distribue aux Restos du cœur, à la Croix-Rouge, à un foyer d'hébergement d'Evreux, pour ne citer qu'eux.

« Il y avait de réels besoins »

« Un jour c'était une livraison de 300 masques destinés à une maraude pour les SDF, détaille la jeune femme. Un autre c'était 5 000 masques pour la mairie de Conches et ses administrés. J'approvisionnais même mon médecin personnel qui ensuite distribuait les masques aux infirmières de sa commune ». Le soir, la coursière solidaire doit encore gérer les commandes, répondre aux messages.

Tant d'efforts pour rien ? « Non, je ne crois pas. Même si aujourd'hui on dit que nos masques ne sont plus bons, je sais qu'à l'époque il y avait de réels besoins ». La décision gouvernementale irrite, certes, mais elle est acceptée. Par contre, pour avoir distribué des masques à tous types de publics, la jeune femme est agacée car elle sait, dit-elle, « que certains n'auront pas les moyens d'acheter des masques chirurgicaux », malgré les mesures prises par l'État.