Fin de vie : ni euthanasie ni acharnement, le Vatican fixe sa doctrine

La lettre adressée aux fidèles, aux prêtres, aux soignants et aux familles reprend des positions connues du Saint-Siège. Mais rappelle aussi l’opposition du Vatican à l’acharnement thérapeutique.

 Le Pape François le 23 septembre 2020, au Vatican.
Le Pape François le 23 septembre 2020, au Vatican. REUTERS/Guglielmo Mangiapane

Le Vatican a publié mardi un document fixant sa doctrine sur la fin de vie. S'il réaffirme son opposition absolue à l'euthanasie et au suicide assisté, il s'oppose également aux traitements « disproportionnés » et inefficaces, sources de souffrances.

Adressée aux fidèles, aux prêtres, aux soignants et aux familles, la lettre « Samaritanus Bonus » (« Le bon Samaritain ») reprend pour l'essentiel des positions connues du Saint-Siège sur l'accompagnement des personnes en fin de vie.

Mais elle constitue désormais « la référence la plus complète et détaillée de l'Église sur la fin de vie », note le quotidien catholique italien Avvenire.

Pas d'euthanasie, ni d'acharnement thérapeutique

Conformément au dogme intangible depuis des décennies, l'euthanasie y est décrite comme un « crime contre la vie humaine », le suicide assisté de « grave péché » et ceux qui ont décidé d'y recourir ne peuvent recevoir les sacrements.

En revanche, si la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), gardienne du dogme au Vatican, condamne « les traitements médicaux agressifs » qui « précipitent la mort », elle réfute tout autant ceux qui « la retardent » car ils « privent la mort de sa dignité ».

« Le renoncement à des moyens extraordinaires et/ou disproportionnés n'est pas l'équivalent du suicide ou de l'euthanasie ; il exprime plutôt l'acceptation de la condition humaine face à la mort », écrit-elle.

La lettre approuvée par le Pape en juin

La congrégation va même plus loin en précisant que ce renoncement « signifie aussi une forme de respect pour la volonté du mourant » exprimée par exemple dans des directives anticipées. Ajoutant : « à l'exception de tout acte d'euthanasie ou de nature suicidaire ».

De même, « quand la nutrition et l'hydratation ne bénéficient plus au patient, soit parce que son organisme ne peut plus les absorber, soit parce qu'il ne peut les métaboliser, leur administration doit être suspendue ».

Sans « accélérer la mort illégalement », cette décision « respecte le cours naturel de la maladie », assure la congrégation dans sa lettre approuvée par le pape François en juin. Précisant toutefois : « La suspension des traitements futiles n'implique pas le retrait des soins thérapeutiques ».

« Un contexte permissif »

Le Saint-Siège a indiqué avoir souhaité « clarifier » son éthique sur la fin de vie « dans un contexte législatif civil international de plus en plus permissif à l'égard de l'euthanasie, du suicide assisté et des dispositions sur la fin de vie ».

Le Portugal, vieux pays catholique, a entamé cette année un processus législatif qui devrait en faire le quatrième pays européen à légaliser l'euthanasie après la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas.

Dans l'Espagne voisine, le gouvernement socialiste a mis à l'étude un projet de loi reconnaissant le droit à l'euthanasie sous strictes conditions.

Un droit à « l'objection de conscience » pour les soignants

D'autres, comme la Suisse, la France, les pays scandinaves ou encore la Grande-Bretagne tolèrent une forme d'aide à la mort, avec l'administration de traitements antidouleur aboutissant à abréger la vie d'un malade incurable.

Des pays à forte tradition catholique comme l'Irlande ou la Pologne restent réfractaires à toute aide à la mort. En Italie en revanche, la Cour constitutionnelle a dépénalisé le suicide assisté.

Le Vatican s'était fermement opposé en juillet 2019 à l'arrêt des traitements maintenant en vie Vincent Lambert, un quadragénaire français en état végétatif depuis dix ans. Il avait notamment dénoncé « la grave violation de la dignité de la personne que comporte l'interruption de l'alimentation et de l'hydratation ».

S'agissant des soignants enfin, le Vatican estime dans sa lettre que les « gouvernements doivent reconnaître le droit à l'objection de conscience dans le champ médical et de la santé ». À défaut, médecins ou infirmiers peuvent être amenés à « désobéir ».