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Fermeture des bars à 22 heures à Paris : «De nombreux lieux vont devenir clandestins»

Les patrons des bars parisiens comme leurs clients ne comprennent pas les nouvelles directives du gouvernement ce mercredi. Comme Mathieu, patron du «Harp» dans le quartier de Pigalle.

 Mathieu, le propriétaire du «Harp», un pub du quartier de Pigalle, estime que la fermeture des bars à 22 heures aura des effets dévastateurs.
Mathieu, le propriétaire du «Harp», un pub du quartier de Pigalle, estime que la fermeture des bars à 22 heures aura des effets dévastateurs. LP/Aymeric Renou

« Fermer à 22 heures ? Mais c'est la cata ! » Pascal, responsable de salle du « Clichy's Tavern », un bar parisien bien connu des noctambules du quartier Pigalle (IXe) pour rester ouvert jusqu'à 5 heures du matin toutes les nuits, accuse le coup. Il sait déjà que, comme les 15 salariés de l'établissement, il retournera à la case chômage partiel en début de semaine prochaine. « C'est simple, la nuit, c'est 75 % de notre chiffre d'affaires. Le propriétaire n'aura pas d'autre choix que de fermer ! »

Même surprise et incompréhension pour Cédric, 37 ans, attablé ce mercredi soir en terrasse avec son collègue Aldo devant deux pintes et une planche de charcuterie et de fromage. « Le virus, il s'arrête de circuler à 22 heures peut-être? Je ne comprends pas du tout la logique. » Lui qui vient ici une fois par semaine après le travail « pour décompresser avec les collègues » ne voit pas pourquoi il « représente un danger ». « Je porte le masque. Je fais attention pour mes parents qui ont une santé fragile mais là, en terrasse d'un bar, c'est n'importe quoi. »

«Même en faisant ça, c'est trop tard»

Le propriétaire du « Harp » », un pub irlandais situé une centaine de mètres plus loin sur le boulevard de Clichy, partage cette défiance tout en craignant l'émergence d'un effet encore plus dévastateur. « Ce qui va se passer, c'est que de nombreux bars vont devenir clandestins, tirer leur rideau après l'heure autorisée pour n'accueillir que des habitués qui, du coup, ne respecteront plus rien », s'inquiète Mathieu.

Marine, Anouk, Eugenie et Tsylée craignent un nouvel exode des jeunes de la capitale. LP /A.R.
Marine, Anouk, Eugenie et Tsylée craignent un nouvel exode des jeunes de la capitale. LP /A.R.  

Encore un peu plus loin, sur le boulevard de Clichy, les avis sont plus partagés au sein de ce groupe de copines sirotant bières et cocktails en terrasse du bar « le Boucan ». Si Tsylée, 29 ans, récemment licenciée d'une agence de voyages, est « d'accord avec toutes les mesures qui éviteront un reconfinement », Marine, 26 ans, est plus bien plus pessimiste. « Objectivement, je pense que même en faisant ça, c'est trop tard. On est tous confrontés au virus de la même manière et en même temps. »

Aucune d'entre elles ne comprend pourquoi les régions sont désormais traitées de façon différente. « Ça n'a pas de sens parce que si on ne peut plus rien faire à Paris, beaucoup iront en région pour faire la fête ou être plus tranquille, estime Eugénie, 23 ans. Si je peux retourner chez mes parents et prendre le risque de contaminer mes proches, ça ne servira à rien de fermer les bars à Paris ou à Marseille ! »