AbonnésSociété

Faut-il stériliser les ratons laveurs ?

L’Aisne est le département qui compte le plus de ces mammifères. Une pétition demande une alternative à leur abattage pour éviter la prolifération de l’espèce considérée comme « exotique et envahissante » par l’Etat.

 Gabrielle Paillot, une habitante de Laon (Aisne), a lancé une pétition en ligne intitulée « Stop au massacre des ratons laveurs dans l’Aisne et ailleurs, oui à la stérilisation ! ».
Gabrielle Paillot, une habitante de Laon (Aisne), a lancé une pétition en ligne intitulée « Stop au massacre des ratons laveurs dans l’Aisne et ailleurs, oui à la stérilisation ! ». DR DR

Dans l'Aisne, la gestion des ratons laveurs fait l'objet de tensions entre la Fédération des chasseurs et Gabrielle Paillot, une habitante de Laon, qui milite pour le droit des animaux. Elle vient de lancer une pétition en ligne sur mesopinions.com intitulée « Stop au massacre des ratons laveurs dans l'Aisne et ailleurs, oui à la stérilisation! » afin de sensibiliser les habitants et les élus du département. Selon la Fédération départementale de la chasse, le nombre des captures de ratons laveurs est passé de 940 en 2009-2010 à 2628 en 2018-2019.

Ce mammifère omnivore originaire d'Amérique du Nord était la mascotte des soldats américains qui occupaient la base militaire de l'Otan de Couvron-et-Aumencourt. Ils l'auraient accidentellement implanté dans le département à leur départ de la base entre 1966 et 1967. Oui mais voilà, le raton laveur est considéré comme une « espèce exotique envahissante » par l'Etat. Privilégiant les espaces boisés, il aurait été repéré dans 51 % des communes de l'Aisne. Deux autres foyers se trouvent en Auvergne et en Gironde.

Une espèce problématique selon les chasseurs

Gabrielle Paillot s'émeut de leur sort : « Les chasseurs installent des cages ouvertes dans lesquelles se trouvent des fruits, des croquettes pour chats, dont les ratons laveurs raffolent, raconte-t-elle. Une fois qu'ils sont entrés, la cage se referme. Ils sont ensuite abattus à coups de fusil. Leurs dépouilles partent à l'équarrissage. Il faudrait plutôt les stériliser et les relâcher loin des habitations. »

De son côté, Nicolas Voyard, chargé de communication de la Fédération des chasseurs de l'Aisne, comprend qu'une partie de la population puisse être sensible à cette espèce alors que de nombreuses questions entourent le bien-être animal.

« Le problème, c'est que le raton laveur occupe les niches écologiques d'espèces autochtones, comme la martre des pins, dont il pourrait causer l'extinction, souligne-t-il. Cette espèce peut également provoquer de nombreux dégâts sur la faune par prédation et sur les activités humaines comme l'agriculture ou l'élevage avicole. Sans oublier que le raton laveur est vecteur de nombreuses maladies parfois potentiellement mortelles pour l'homme. Et par qui seraient supportés les coûts de ces nombreuses stérilisations ? »

Plus de 62000 signatures

Militante déterminée, Gabrielle Paillot reçoit dans ce dossier des menaces : « Sur Internet, certains ont indiqué qu'ils allaient déposer des ratons laveurs morts devant chez moi. Qu'ils sachent que j'habite près de la gendarmerie. » Sa pétition, destinée au député Loïc Dombreval, chargé du groupe condition animale à l'Assemblée nationale, à Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, et au préfet de l'Aisne, avait déjà recueilli plus de 62000 signatures ce jeudi.