AbonnésSociété

«C’est l’occasion de retomber en enfance, à l’époque de nos boums» : comment profiter de ses amis avec un couvre-feu

Nous avons posé cette question à des Parisiens croisés place… des Fêtes (Paris, XIXe). Pour certains, le dîner à la maison entre potes promet de se métamorphoser en pyjama party.

 Tristesse, crainte de se renfermer… Margot et Victoria, étudiantes, ont du mal à accepter cette parenthèse de la vie sociale.
Tristesse, crainte de se renfermer… Margot et Victoria, étudiantes, ont du mal à accepter cette parenthèse de la vie sociale.  LP/Jean-Baptiste Quentin

Le président Macron venait à peine d'annoncer le couvre-feu en Ile-de-France que Jacques, fonctionnaire parisien, recevait une invitation à découcher de la part d'un « bon pote ». « Il m'a proposé une pyjama party, ça fait longtemps que ça ne m'est pas arrivé ! Bon, moi, je suis partant, mais je vais quand même attendre deux-trois semaines de désespoir avant d'accepter ! » sourit le trentenaire en survêt croisé place des Fêtes dans le XIXe arrondissement de la capitale.

Avec une interdiction, sauf dérogation, de se déplacer entre 21 heures et 6 heures, ce genre de soirées à domicile, d'ordinaire chasse gardée des mômes et qui consiste à passer la nuit chez le copain ou la copine en petit comité, promet de conquérir le nouveau monde des grands.

Car désormais, si le dîner joue les prolongations, les convives n'auront pas d'autres choix que de crécher chez leurs hôtes. Mais alors à quoi pourrait ressembler la pyjama party des adultes ? « On est quatre autour d'une table, on refait le monde, on picole… » se projette Jacques. Lui n'imagine pas se passer de « bons moments » entre amis malgré les restrictions. « On peut avancer l'heure de l'apéro à 17 heures mais c'est compliqué avec les horaires de travail. On est des êtres sociaux, impossible de se contenter du métro-boulot-dodo », défend-il.

Baptiste, 38 ans, envisage de passer à table au restaurant avec ses proches dès 19 heures et ainsi pouvoir «se quitter avant 21 heures»./LP/Jean-Baptiste Quentin
Baptiste, 38 ans, envisage de passer à table au restaurant avec ses proches dès 19 heures et ainsi pouvoir «se quitter avant 21 heures»./LP/Jean-Baptiste Quentin  

Margot, 20 ans et Victoria, 21 ans, étudiantes en école de cinéma, habitent toutes les deux chez leurs parents. Alors la pyjama party, ça serait plutôt chez les camarades ayant leur propre toit. « Il faut bien trouver des solutions », estime Victoria. « De toute façon, quand on sera invités le soir, on n'aura pas trop d'alternatives. C'est l'occasion de retomber en enfance, à l'époque de nos boums. Si je ne vois plus les seuls amis que j'ai, je vais me renfermer », confie Margot.

Pour le bonheur de ses trois neveux, elle a maintenu Halloween à la fin du mois dans le logement familial métamorphosé en « une sorte de manoir hanté ». « Mais on n'ira pas frapper chez les voisins pour demander des bonbons », assure-t-elle. Victoria, elle, a du mal à accepter cette longue parenthèse sans rassemblements joyeux. « Je suis triste de ne plus faire la fête. Les meilleurs moments de notre vie normalement, c'est à notre âge… »

Anniversaire avancé au déjeuner, retour des apéros Zoom

Claudine, 68 ans, ancienne prof de sport n'exclut pas de proposer le gîte, en plus du couvert, à ses amis préférant lever le coude que le camp. « Je le faisais déjà avant quand ils avaient trop bu », sourit cette joviale retraitée. En revanche, elle n'a guère d'appétit pour un resto à 19 heures. « C'est tôt, alors je vais y aller le midi. Parce que j'aime bien manger », confesse l'épicurienne. Michèle, 60 ans, chercheuse au CNRS qui a « passé l'âge de faire la bringue toute la nuit » va, de son côté, « transformer les dîners entre amis en déjeuners ou en apéros dînatoires ». « On fait le dos rond, on attend que ça passe », admet celle qui savourera ce vendredi soir sa dernière sortie au théâtre avant la trêve culturelle nocturne imposée par la pandémie.

Michèle, 60 ans, chercheuse, qui a «passé l’âge de faire la bringue toute la nuit» va «transformer les dîners entre amis en apéros dînatoires»./LP/Jean-Baptiste Quentin
Michèle, 60 ans, chercheuse, qui a «passé l’âge de faire la bringue toute la nuit» va «transformer les dîners entre amis en apéros dînatoires»./LP/Jean-Baptiste Quentin  

« Moitié anglais », Baptiste, 38 ans, pourrait se mettre à l'heure de Londres en passant à table au restaurant avec ses proches amis dès 19 heures et ainsi pouvoir « se quitter avant 21 heures ». « Quand je suis en télétravail, c'est possible », souligne ce dirigeant d'une start-up, des baskets aux couleurs du flower power.

Comme au printemps lors du confinement, Nicolas, 40 ans, directeur commercial qui pense « d'abord à l'intérêt général », trinquera le plus souvent à distance avec ses amis et ainsi renouera avec les apéros sur Zoom. Pierre, 76 ans, ne réunira plus ses cinq enfants et petits-enfants « en même temps » durant la période de couvre-feu. « Ce sera chacun leur tour! C'est un crève-cœur mais il ne faut surtout pas s'agglutiner », martèle-t-il, alors que le nombre de contamination flambe.

Ce vendredi, Zelina fera la fête jusqu’à la levée du couvre-feu à 6 heures : «On ne dormira sans doute pas.»/LP/Jean-Baptiste Quentin
Ce vendredi, Zelina fera la fête jusqu’à la levée du couvre-feu à 6 heures : «On ne dormira sans doute pas.»/LP/Jean-Baptiste Quentin  

Zelina, 21 ans, monteuse à la recherche d'un emploi a, elle, un anniversaire ce vendredi soir chez « une amie dans un grand appartement ». « Comme le couvre-feu démarre à zéro heure samedi, je vais donc rester chez elle jusqu'à 6 heures. On ne dormira sans doute pas », anticipe-t-elle. Elle a aussi un autre anniversaire à célébrer samedi midi, un rendez-vous qui, avant l'annonce présidentielle du confinement nocturne, était programmé en soirée. « Bon ben, je vais enchaîner les deux », souffle la fêtarde masquée.