Etat d’urgence sanitaire : pourquoi Rouen est la seule métropole en alerte «renforcée» à basculer

Rouen fait partie des huit métropoles qui passeront en état d’urgence sanitaire samedi avec un couvre-feu imposé à partir de 21 heures. La situation sanitaire s’y aggravait fortement ces derniers jours.

 Un couvre-feu sera imposé dans la métropole de Rouen à 21 heures à partir de samedi. (Illustration)
Un couvre-feu sera imposé dans la métropole de Rouen à 21 heures à partir de samedi. (Illustration) LP/Guillaume Georges

Sur les six métropoles en alerte « renforcée », elle est la seule à basculer en état d'urgence sanitaire avec un couvre-feu imposé. Et ce, sans passer par le niveau intermédiaire de l'alerte « maximale », qui permet déjà d'imposer davantage de restrictions comme la fermeture des bars.

Pourtant, les habitants d'au moins une partie de la métropole de Rouen seront bien contraints de rester chez eux entre 21 heures et 6 heures du matin à partir de samedi, à l'instar de ceux d'Île-de-France, de Lyon, ou encore de Marseille, entre autres. Les métropoles de Dijon, Nice, Dijon, Rennes et Bordeaux restent, elles, en alerte renforcée pour le moment.

Taux d'incidence à l'échelle de la métropole

Que vaut à Rouen ce traitement de « défaveur » ? Rappelons tout d'abord sur quels critères on se base. Dans la carte de l'épidémie dévoilée par Olivier Véran le 23 septembre, quatre seuils étaient présentés : l'alerte simple, l'alerte « renforcée », l'alerte « maximale », et l'état d'urgence sanitaire. Le passage d'une métropole ou d'un département de l'un à l'autre de ces niveaux dépend de trois indicateurs : le taux d'incidence (nombre de cas pour 100 000 habitants sur sept jours), celui chez les personnes âgées d'au moins 65 ans, et le taux d'occupation de lits en réanimation.

Etat d’urgence sanitaire : pourquoi Rouen est la seule métropole en alerte «renforcée» à basculer

Les taux d'incidence sont analysés à l'échelle de la métropole, nous avait indiqué la Direction générale de la santé (DGS) il y a quelques jours. L'Agence régionale de Santé de Normandie nous indique ce jeudi que le taux d'incidence en population générale est de 274 au 14 octobre, et de de 180 chez les 65 ans et plus.

Santé publique France ne les communique de son côté quotidiennement qu'au niveau du département ou de la région. À titre indicatif, la courbe de l'incidence en Seine-Maritime est celle qui grimpe le plus ces derniers jours. Le taux global, à peine au-dessus de 100 il y a dix jours, s'y élève à 188,9 sur la semaine allant du 5 au 11 octobre, d'après les chiffres de l'agence. Suivent le Puy-de-Dôme (173,4), la Côte d'Or (139,2), l'Ille-et-Vilaine (124,3), les Alpes-Maritimes (116,9), et la Gironde (99,4). Jeudi 8 octobre, Olivier Véran avait d'ailleurs relevé « des signes d'amélioration à Nice [et] Bordeaux et une inflexion positive à Rennes et Aix-Marseille », sans mentionner Rouen.

Mardi, la préfecture de Seine-Maritime a convié en visioconférence les élus locaux de la métropole de Rouen. « On nous a indiqué que le taux d'incidence sur le territoire métropolitain était monté de 100 en une semaine et qu'il s'élevait à 241 », raconte au Parisien Mélanie Boulanger, la maire de Canteleu, l'une des communes concernées. En théorie, on était encore un peu en dessous du seuil de 250 faisant passer un territoire en état d'urgence sanitaire. Mais la DGS nous avait de toute façon indiqué qu'un territoire pouvait « basculer » d'un niveau à un autre si les indicateurs n'avaient pas atteint les critères mais que la situation sanitaire s'y aggravait.

« Courbe exponentielle » en réanimation

L'élément qui a été « le plus mis en avant » lors de la réunion, d'après l'édile de Canteleu, est celui du taux d'occupation en réanimation. Au 14 octobre, 26,3 % des lits disponibles en Normandie étaient occupés par des patients Covid-19, nous indique l'Agence régionale de santé. Là aussi, on est en dessous des seuils de 30 % (pour l'alerte maximale) et de 60 % (pour l'état d'urgence sanitaire). Mais « ce taux est particulièrement important et surtout il suit une courbe exponentielle », a retenu Mélanie Boulanger de ses échanges avec le préfet. « La situation s'est fortement dégradée en quelques jour à peine », renchérit Charlotte Goujon, maire de la commune voisin du Petit-Quevilly.

« On est dans la deuxième vague et les prévisions sont très préoccupantes », a aussi alerté Professeur Caron, chef des maladies infectieuses du CHU de Rouen, auprès de France 3. Les deux maires confient qu'elle s'attendaient ainsi à passer au stade d'alerte le plus élevé, même si elles s'inquiètent de la façon dont le couvre-feu pourra s'appliquer et être contrôlé et surtout de ses conséquences sur la vie économique.

À noter que les quatre départements de grande couronne en Île-de-France (Val-d'Oise, Essonne, Yvelines et Seine-et-Marne) sont eux aussi passés en état d'urgence sanitaire avec couvre-feu, alors qu'ils n'étaient qu'en alerte « simple » jusque-là. Mais ces territoires sont collés à la petite couronne francilienne, en alerte maximale depuis le 5 octobre. Et le taux d'incidence dépasse déjà la valeur 200 dans chacun d'entre eux.