Education prioritaire : deux professeurs toujours en grève de la faim à la veille des vacances

Ils demandent des moyens pour leur établissement de Givors, dans le Rhône. Le rectorat assure en avoir fourni.

 Le collège Lucie-Aubrac de Givors, dans le Rhône. (illustration)
Le collège Lucie-Aubrac de Givors, dans le Rhône. (illustration) Google Street View

Ils demandent une meilleure prise en compte des difficultés de leur établissement. Deux professeurs entament ce vendredi le onzième jour d'une grève de la faim qu'ils comptent poursuivre durant les congés scolaires des prochaines semaines. Ils veulent que leur collège soit classé Rep +, alors que le rectorat assure leur avoir fourni des moyens « équivalents ».

« Au regard des mesures actées » dans cet établissement situé à Givors (Rhône), entre Lyon et Saint-Étienne (Loire), « le mouvement engagé par les deux enseignants grévistes n'a pas de justification et plus de raison de se poursuivre », a déclaré le rectorat dans un communiqué transmis à la presse jeudi vers 18h15.

D'après le ministère de l'Education nationale, « les REP + concernent les quartiers ou les secteurs isolés connaissant les plus grandes concentrations de difficultés sociales ayant des incidences fortes sur la réussite scolaire; les REP sont plus mixtes socialement, mais rencontrent des difficultés sociales plus significatives que celles des collèges et écoles situés hors de l'éducation prioritaire ».

Une série d'agressions

Le texte du rectorat a mis en colère les deux enseignants car, selon eux, une réunion de négociations était alors toujours en cours avec la direction académique. « Cette façon de procéder est inacceptable, les collègues sont plus remontés que jamais », a déclaré Pierre R., qui enseigne l'histoire-géographie au collège Lucie-Aubrac. Depuis le 25 janvier, avec sa collègue d'arts plastiques Leila M., il ne se nourrit que d'eau et de bouillons. Tous deux passent leurs nuits dans le collège. « On sera toujours présent pendant les vacances », assure-t-il, avec le soutien d'un collectif.

Leur action a été déclenchée par une série d'agressions d'enseignants par des élèves. Mais elle s'inscrit dans une lutte ancienne pour que cet établissement de 540 élèves, qui fait partie d'un réseau d'éducation prioritaire (Rep), soit classé Rep + pour obtenir des moyens supplémentaires.

Eligible en 2015, mais recalé

Le collège était éligible en 2015, mais la priorité a finalement été donnée à un autre dans l'académie, figeant la situation pour quatre ans. Le sésame était donc attendu pour 2019, mais la carte nationale de l'éducation prioritaire, en cours de refonte, ne changera pas avant la rentrée 2022.

Le rectorat assure que toutes les revendications ont cependant été satisfaites et que « l'établissement dispose aujourd'hui des moyens équivalents » à ceux d'un collège Rep + dans l'académie, « rapporté à son nombre d'élèves » et à « contexte social comparable ». Un demi-poste de conseiller principal d'éducation et un poste d'assistant d'éducation ont été créés ; engagement a été pris de respecter les seuils d'élèves par classe (25 en sixième, 26 en cinquième, quatrième et troisième) ; le ratio heures postes/heures supplémentaires a été revu et la dotation globale horaire « ajustée ».

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« Ce qu'on réclame vraiment, on ne l'obtient pas », rétorque Pierre R. En l'occurrence, il demande une heure hebdomadaire de concertation entre enseignants, sur leur temps de travail, et l'ouverture d'une classe supplémentaire dès que le nombre d'élèves attendu pour la prochaine rentrée est au maximum. Les grévistes s'en remettent désormais au ministère.