Education : après la manif des profs, si on changeait l’école ?

Ce mercredi, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), se tiennent les Etats généraux de l’éducation. Au lendemain de la mobilisation des enseignants, ce contre-Grenelle vise à proposer au gouvernement des solutions contre l’échec scolaire.

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 Les Etats généraux de l’éducation ont notamment comme objectif d’améliorer les relations entre enseignants et élèves. (Illustration)
Les Etats généraux de l’éducation ont notamment comme objectif d’améliorer les relations entre enseignants et élèves. (Illustration) LP/Valentin Cebron

L'école gronde. Revalorisation des salaires, création de postes, et retrait du Grenelle de l'Education, le plan du ministre Jean-Michel Blanquer visant à réformer le système éducatif français : voici le mot d'ordre de la manifestation organisée ce mardi dans toute la France, à l'appel des syndicats. Selon le ministère, 12,16 % des enseignants étaient grévistes. Loin d'être anecdotique, vu le contexte sanitaire.

« Sauvez l'école! » pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants. C'est précisément l'objectif des Etats généraux de l'éducation, une mobilisation de 70 acteurs liés au monde éducatif et de la société civile initiée par le think-tank Vers le haut. Un an de débats à travers la France pour nourrir une plate-forme de bonnes idées visant à changer la vie des profs, des élèves et leur famille. Ce mercredi, avant-dernière étape à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où Jean-Michel Blanquer est attendu pour clore les débats.

Que ressortira-t-il de l'initiative ? L'objectif est de remettre au gouvernement, le 12 juin, les 20 meilleures propositions, « celles qui sont le plus susceptibles de changer l'école », résume Marc Vannesson, délégué général de Vers le haut. Qui veut aussi « adosser une charte de l'éducation » à la constitution, à l'image de ce qui a été fait avec l'environnement en 2004. A ce jour, 455 propositions ont été élaborées. Morceaux choisis.

Bien orienter les élèves, ça se paye! L'orientation vers le supérieur, c'est le serpent de mer du second degré, devenu un enjeu crucial avec la réforme du bac et la création des enseignements de spécialité, sur lesquels Parcoursup s'appuie au printemps pour trier les vœux des élèves. Les profs « n'ont pas tous les ressources et le temps disponible pour répondre à cette mission essentielle, qui n'est pas suffisamment valorisée en tant que telle », estime un contributeur. Qui veut « prévoir un temps de décharge ou une reconnaissance financière ». A noter qu'un autre imagine de faire de l'orientation « une matière à part entière ».

Vis ma vie de prof. Pour battre en brèche les clichés sur le métier, un contributeur suggère de « proposer aux non-enseignants », notamment aux parents, « des journées dans le quotidien d'un professeur ». « On entend trop souvent que ce sont des fainéants tout le temps en vacances », regrette-t-il. L'idée : « Instituer une ou deux journées par an ouvertes aux personnes extérieures qui voudraient connaître/comprendre le métier en suivant un enseignant dans son quotidien. » Les journées ne s'arrêtant pas à 16h30, l'expérience conduirait aussi à partager les temps de correction et de préparation.

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Les parents, un vrai boulot ! Tout travail mérite salaire, dit le proverbe. Normal, dans ces conditions, « d'intégrer le travail avec les parents dans le temps de travail, la rémunération et l'évaluation des enseignants », peut-on lire sur la plate-forme. Selon l'auteur, « le temps consacré par les professionnels de l'éducation à la relation avec les parents n'est pas reconnu ou valorisé ». Il apparaît trop souvent comme dépendant « de l'engagement personnel des professionnels, sans que cet engagement soit pris en compte ». Résultat : « Cela n'encourage pas un travail systématique avec les parents au sein des structures éducatives. » Autre proposition, installer du « coaching » pour les parents, « parfois totalement dépassés dans leur rôle ».

Des secrétaires pour gérer l'administratif. Submergés par la paperasse hors copies, les enseignants en réduisent d'autant plus le temps consacré à l'élève. Il est proposé de créer un poste « d'agent opérationnel » dédié à libérer les profs des tâches non liées à l'enseignement, notamment pour faire « l'interface familles-école ». Dans le même ordre d'idées, histoire de décharger les directeurs d'école, il est proposé de créer un poste 100 % ressources humaines dans chaque établissement. Il serait chargé de gérer les carrières et les formations des enseignants.

En zone prioritaire, lutter contre l'autocensure. Une étude de l'Afev (Association de la fondation étudiante pour la ville) montre que 70 % des collégiens de REP (Réseau d'éducation prioritaire) écoutent leurs proches plutôt que les profs au moment de s'orienter. Résultat, l'impact du profil sociologique des familles, ici dotées de peu de connaissances des filières existantes, limite les possibilités des jeunes dans leur scolarité. L'idée est de créer des « ateliers de lutte contre l'autocensure » au collège, pour aider les élèves « à écouter leurs envies et exploiter leurs qualités personnelles ».

Un jardin, du yoga, et… des « mercis » en classe. Sur les 455 propositions, certaines relèvent plus du bien-être que de la réforme structurelle. Comme l'instauration de cours de yoga et de méditation, voire de sophrologie sur le temps scolaire, pour développer des temps de calme et favoriser la concentration. Autre exemple, instituer des moments quotidiens ou hebdomadaires pour se dire « merci » entre profs et élèves, pour les progrès réalisés. Ou encore la mise en place d'un jardin « dans toutes les écoles », qui serait confié aux élèves et développerait un attrait écolo.