Du football au Covid-19 : Carlo Alberto Brusa, l’avocat devenu la vedette des complotistes

Celui qui s’est fait connaître pour avoir défendu de nombreux footballeurs est aujourd’hui très suivi pour ses plaintes contre le masque et les vaccins, ainsi que ses prises de paroles contestées sur l’épidémie.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Carlo Alberto Brusa en 2012, devant la Fédération Française de football.
Carlo Alberto Brusa en 2012, devant la Fédération Française de football. LP/Thomas Morel Fort

En 26 ans de carrière, Carlo Alberto Brusa a traité des milliers de dossiers, et défendu de nombreuses personnalités médiatiques. Aujourd'hui, c'est un combat plus global, qu'il assure mener pour l'intérêt général, qui préoccupe l'avocat. Sa cible : les mesures du gouvernement pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, tels le port du masque obligatoire ou les vaccins.

Depuis plusieurs mois, la popularité de Me Brusa ne cesse de progresser, notamment dans les sphères complotistes. C'est que, face à d'autres commentateurs controversés de l'épidémie, le conseil à l'accent de la Botte dispose d'un grand avantage : son pedigree d'avocat et sa connaissance du droit, qu'il utilise comme unique prisme et angle d'attaque. Le confinement ? Illégal, selon lui. Le couvre-feu ? Lui aussi illicite. Le masque imposé ? Une « tromperie sur tromperie », dangereuse, tout particulièrement pour les enfants. L'avocat de 59 ans, qui dit travailler 14, voire 15 heures par jour, a d'ailleurs déposé une plainte contre le port du masque obligatoire en novembre dernier.

En décembre, c'est un recours contre le vaccin à ARN messager (qu'il qualifie de « thérapie génique » car, d'après lui, il modifie le génome humain - affirmation réfutée par de nombreux scientifiques ) qu'il a adressé au procureur de la République de Paris. Dans quelques jours, Carlo Alberto Brusa prévoit aussi de déposer plainte contre le laboratoire Gilead et de nombreuses autorités sanitaires pour l'administration du remdesivir à des malades. Un traitement qui, selon lui, est nocif. Sur ce point, l'Inserm a fait savoir jeudi que l'étude Discovery sur la molécule initialement développée contre Ebola était arrêtée, faute d'efficacité prouvée - mais pas en raison d'une éventuelle dangerosité.

« Ce sont des plaintes qui vont partir à la Cour pénale internationale », promet l'avocat, après avoir pourtant assuré que son objectif n'était « pas de faire des procès partout ».

Des dossiers Ribéry, Zidane, Plaza au Covid-19

Carlo Alberto Brusa n'est pourtant pas spécialiste du droit de la santé. Le père de famille de nationalité italienne a émigré à Paris en 1984, où il a commencé à travailler comme commis de salle, puis serveur. « Je me suis remis dans les études, tout en travaillant dans des restaurants », se félicite celui qui a gagné sa robe noire en 1994. « J'ai commencé comme avocat généraliste, et, très vite, j'ai créé mon cabinet, avec beaucoup de droit social, un peu de droit pénal », nous raconte-t-il. Il est ensuite « tombé dans le chaudron des problèmes de propriétaires investisseurs », affaires qui l'ont mené sur la route des sportifs de haut niveau, et sous les projecteurs.

Dans son carnet d'adresses, on retrouve notamment les noms de Franck Ribéry - qu'il a défendu dans l'affaire Zahia -, Zinedine Zidane, Laurent Blanc, Didier Deschamps, ainsi que d'autres personnalités, comme l'agent immobilier star Stéphane Plaza. « Au moment où nous nous parlons, aucun client ne m'a quitté », se réjouit Me Brusa. Et d'insister : « Franck, il est au courant de ce que je fais, j'ai encore des dossiers en cours et je continue de les suivre. J'ai deux casquettes bien différentes », rassure l'avocat, qui a aussi fait une petite incartade vers la politique : en 2006, il s'est présenté aux législatives italiennes derrière Forza Italia et Berlusconi, sans succès.

Mais qu'est-ce qui l'a donc encouragé à enfiler la casquette de militant de la lutte contre le port du masque, les vaccins et les grands laboratoires ? Pour lui, tout est parti du premier confinement (ou « assignation à résidence », comme il le dit), au printemps. « Le confinement m'a choqué, constitutionnellement », raconte-t-il. « Comment le président, sans fondement, sans pouvoir conféré par la loi, peut-il décider de nous confiner ? Je me suis dit qu'on était face à une situation grave. »

Des formulaires contre les tests du Covid-19

En réponse, l'avocat des stars du foot a lancé une association, intitulée Réaction 19 - « car j'ai envie de réagir à la Covid-19 » -pour « alerter, porter une assistance juridique aux adhérents, fournir des aides dans des procédures », et, aussi, lancer des plaintes à l'encontre d'autorités et de laboratoires en temps de pandémie.

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Réaction 19, qui revendique 55 000 adhérents, relaie, par exemple, un formulaire destiné aux parents d'élèves qui refusent que leurs enfants soient dépistés au Covid-19. On trouve aussi, sur sa page Facebook, une copie d'une « déclaration d'engagement de responsabilité civile et pénale » à faire signer à son médecin avant de se faire vacciner. Des documents dont la valeur juridique reste encore à prouver.

À faire lorsque un membre de la santé vous conseille de vous « vacciner » pas de signature alors réfléchissez et ne soyez pas un cobaye !

Posted by Réaction 19 on Tuesday, December 22, 2020

Récemment, l'association s'est aussi fait remarquer après que plusieurs directeurs d'Ehpad, où des campagnes de vaccination ont été lancées, ont reçu des menaces de militants du mouvement antivaccin. Dans un des courriers, la plainte de Réaction 19 sur le vaccin apparaissait en pièce jointe, mais Carlo Alberto Brusa nie son implication dans ces envois. « L'association n'a jamais adressé un courrier de menaces à quiconque. Ce sont des initiatives personnelles de personnes qui ne sont pas de l'association », garantit l'avocat.

Un discours versant dans le complotisme

L'incident illustre un fait : son discours critique de la gestion sanitaire et son profil de procédurier ont séduit un public demandeur d'informations alternatives sur la pandémie. Sur les réseaux sociaux, Carlo Alberto Brusa ne compte plus les messages de soutien, parfois ponctués d'un « merci, maître ». Sur YouTube, où il publie des longues vidéos d'analyse de la situation sanitaire toutes les semaines, l'avocat compte désormais 69 000 abonnés, et plus de deux millions de vues. Une popularité qui lui a valu des invitations à CNews, chez Morandini, ou chez Hanouna, sur C8, ou encore à l'antenne d'extrême droite de Radio Courtoisie.

Oui, quand on l'appelle, Maître Brusa répond toujours. Y compris lorsqu'il s'agit de questions d'Ema Krusi, une vidéaste qui a récemment affiché sa sympathie envers le mouvement complotiste QAnon, ou à celles de Pierre Barnérias et Christophe Cossé (qui sont aujourd'hui ses clients), dans le documentaire Hold-Up.

Adhère-t-il donc à leurs théories, qui suggèrent que le vaccin vise à tuer une partie de la population mondiale, opération qui serait fomentée par les grands de ce monde? « Bill Gates dit très clairement qu'on pourra baisser la population de 10 à 15 % dans le monde en utilisant des vaccins », répond-il, citant des propos qui ont en fait été déformés par la complosphère, comme l'indique Le Monde.

Sur son profil Facebook, il affiche ouvertement son soutien au professeur Luc Montagnier, critiqué pour avoir affirmé que le coronavirus était fabriqué en laboratoire à partir du VIH, ainsi qu'au professeur Fourtillan, poursuivi par la justice pour des essais cliniques illégaux, et récemment interné en psychiatrie.

Partager un après-midi avec le Professeur Luc Montagnier fut aujourd’hui un plaisir immense et recevoir son soutien un grand honneur pour REACTION19 et notre travail 🙏🙏🙏 Merci

Posted by Carlo Alberto Brusa on Saturday, December 5, 2020

Des éléments de langage propres au mouvement complotiste se disséminent dans son discours. Dans une vidéo publiée à la mi-janvier, il assure qu'il « faut se méfier de tout » aujourd'hui, « dans un contexte de pédocriminalité, où l'on retrouve des enfants dans des structures pédocriminelles ». Il décrit l'existence d'un « premier cercle mondial », avec des « politiques serviteurs » de dirigeants économiques, fustige les juges de la Cour européenne des droits de l'Homme « financés par George Soros », dénonce la « propagande des médias », critique les « Big pharma », et accuse ceux qui ne partagent pas sa vision d'être des « larbins », « soumis » à la pensée unique.

Pourtant, Carlo Alberto Brusa insiste, il n'est pas complotiste. Il récuse le terme, et s'emporte : « Le mot complotiste, c'est un propos injurieux pour classer des femmes et des hommes qui ne suivent pas la ligne d'un gouvernement interne de communication », juge-t-il. « Je n'ai pas reçu un seul courrier de contestation me disant que mes propos sur la thérapie génique sont contestables », ajoutera-t-il plus tard.

Interrogé au sujet du film Hold-Up, qu'il défend, il répond : « Le définir comme une œuvre complotiste, c'est un classement dont je m'insurge. […] Dans cette œuvre, je ne vois rien d'injurieux, de diffamatoire, de calomnieux, je n'ai reçu aucune plainte et aucune dénonciation », assure-t-il, semblant oublier qu'une plainte en diffamation a été lancée par l'institut Pasteur à l'encontre des réalisateurs du film.

La rhétorique de l'avocat est claire : tout se base sur le droit, rien que le droit. Tant qu'il ne reçoit pas de contestation ou de condamnation formelle de ses propos, il estime avoir raison. « En droit, il n'y a pas de fake news », dit-il. « Il y a des analyses. »