Faut-il s’inquiéter de voir des résidents d’Ehpad positifs au Covid-19 après le vaccin ?

Plusieurs dizaines de pensionnaires ont été dépistés plusieurs jours après avoir reçu au moins une dose de vaccin. Mais très peu d’entre eux ont généré une forme grave de la maladie. Décryptage.

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 Des résidents d’un Ehpad rassemblés dans la salle commune, à Crépy-en-Valois (Oise), le 13 janvier 2021.
Des résidents d’un Ehpad rassemblés dans la salle commune, à Crépy-en-Valois (Oise), le 13 janvier 2021. AFP/François Nascimbeni

S'agit-t-il d'un signe alarmant? Ou simplement la preuve que le vaccin n'est pas un produit miracle à très court terme et qu'il produit tout de même des effets? Ces derniers jours, aux quatre coins du pays, la presse régionale regorge d'exemples de résidents d'Ehpad vaccinés contre le Covid-19 puis testés positifs. Au total, plusieurs dizaines de cas ont été recensés en Meurthe-et-Moselle, en Moselle, dans le Pas-de-Calais, ou encore dans le Finistère, suscitant de nombreuses interrogations. D'autres ont été rapportés chez nos voisins, par exemple en Belgique et en Allemagne. Souvent, le variant du virus dit « britannique » ou celui dit « sud-africain » en est à l'origine.

La majorité de ces personnes très âgées avaient reçu la première injection de vaccin au moins plusieurs jours et parfois plus de deux semaines avant le test, mais pas encore la seconde. En revanche, à Osnabrück, au nord-ouest de l'Allemagne, les quatorze résidents avaient bénéficié de la deuxième dose une semaine plus tôt.

« Deux doses sont nécessaires »

Les scientifiques interrogés par Le Parisien n'y voient pas de signal alarmant pour autant. « Rien de tout cela ne m'inquiète, on sait que l'efficacité du vaccin n'est pas de 100 % et que deux doses sont nécessaires pour y parvenir », indique le Pr Michel Moutschen, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Liège. Surtout, quasiment aucun de ces résidents n'a généré de lourds symptômes. Or, les études ont montré que ces vaccins permettaient de réduire fortement l'apparition de troubles et d'une forme sévère de la maladie à hauteur de 92 ou de 95 %, mais une inconnue réside encore sur la possibilité d'être infecté puis de contaminer d'autres personnes.

« L'efficacité vaccinale a été calculée sur les formes modérées à sévères et le vaccin risque de ne pas empêcher totalement la circulation du virus, même si certaines études de Pfizer/BioNTech et de Moderna ont montré que le portage symptomatique était réduit d'environ 60 % », indique Michel Moutschen. Ces deux vaccins, à technologie ARNm, sont les deux distribués dans les Ehpad.

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« Les vaccins injectés génèrent la production d'anticorps mais ils n'apportent pas d'immunité au niveau de la muqueuse. Le virus peut donc quand même se répliquer et il est ainsi possible qu'on le détecte lors d'un test », complète Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie. « Cela peut aussi se produire lorsque la personne n'a pas complètement éliminé le virus et qu'il en reste ainsi des traces dans son organisme », ajoute de son côté le virologue Yves Gaudin, de l'Institut de biologie intégrative de la cellule (I2BC) de Paris-Saclay. Ce cas de figure est néanmoins peu probable s'agissant d'un cluster de plusieurs cas signalés au même moment.

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Un autre élément est aussi avancé : la réponse immunitaire peut être un peu plus lente à se mettre en place chez les personnes âgées que chez celles plus jeunes et en meilleure santé. « C'est quelque chose de connu et donc d'attendu », indique Eric Billy. Ainsi, la protection complète en Ehpad pourrait ne survenir que deux semaines après la vaccination complète. Concernant le vaccin Pfizer/BioNTech, « les titres d'anticorps neutralisants sont plus élevés chez les sujets âgés de 18 à 55 ans que chez ceux de 65 à 85 ans », avait aussi indiqué l'Agence nationale de sécurité du médicament dans un avis rendu mi-janvier.

Très peu de formes graves, la bonne nouvelle

Finalement, les experts préfèrent surtout s'arrêter sur le fait qu'une petite minorité de ces pensionnaires d'Ehpad ont ressenti de lourds symptômes, même si plusieurs ont eu de légers troubles. « Cela pourrait signifier que le début d'immunité générée avec une seule dose permettrait d'éviter le risque de voir apparaître des formes graves », avance Eric Billy. Et cela serait d'autant plus une bonne nouvelle qu'en cas de découverte d'un cluster en Ehpad, l'Agence régionale de santé et l'établissement peuvent décider de suspendre les secondes injections pour les patients positifs et leurs cas contact. Ce mardi, 65,7 % des résidents d'Ehpad ou d'unité de soins de longue durée en France avaient reçu au moins une dose de vaccin, et près de 12 % avaient eu les deux.

Plus globalement, médecins et scientifiques européens espèrent, dans les semaines qui viennent, constater un recul des hospitalisations chez les personnes vaccinées en priorité. Cela semble déjà se dessiner en Israë l, où 25 % de la population a déjà reçu les deux doses de vaccin. « On est passé de 300 à 9 patients dans mon service depuis octobre, mais c'est bien trop tôt pour dire si cela est en partie lié à la vaccination », conclut Michel Moutschen.