Des journalistes «entravés» à Calais : la Défenseure des droits saisie

La Défenseure des droits a été saisie après que deux journalistes ont été empêchés d’entrer dans le périmètre de sécurité lors d’une opération d’évacuation de migrants. Ils dénoncent une entrave à la liberté d’informer.

Des journalistes ont été empêchés de s'approcher lors d'évacuations de migrants qui ont eu lieu dans le Nord et le Pas-de-Calais fin décembre. La Défenseure des droits a été saisie (illustration).
Des journalistes ont été empêchés de s'approcher lors d'évacuations de migrants qui ont eu lieu dans le Nord et le Pas-de-Calais fin décembre. La Défenseure des droits a été saisie (illustration). AFP / Denis Charlet

La Défenseure des droits a été saisie par le Syndicat national des journalistes (SNJ) au sujet de deux journalistes qui ont été empêchés d’accéder à des évacuations de camps de migrants, et dénoncent une entrave à la liberté d’informer, a appris l’AFP ce lundi 15 février.

Ces deux journalistes ont témoigné de leur impossibilité à pénétrer dans les périmètres de sécurité entourant des opérations d’évacuation menées à Calais, Grande-Synthe et Coquelle (Nord et Pas-de-Calais), à cinq reprises, les 29 et 30 décembre derniers.

Les deux reporters avaient tenté une procédure de référé-liberté auprès du tribunal administratif de Lille pour obtenir l’accès à ces opérations, avec le soutien du SNJ, mais ils ont été déboutés début janvier. Le tribunal avait estimé que leur demande n’avait pas de caractère d’urgence car ces évacuations étaient « terminées ».

« À chaque fois, en arrivant sur le terrain, après contrôle de nos papiers d’identité, de ma carte de presse, qui ont été photographiés sur ce qui semble être les téléphones personnels des policiers, on s’est heurté à un refus de nous laisser passer pour travailler. Nous avons été tenus à 200 ou 300 m de distance, pendant plusieurs heures », racontait à l’époque le photojournaliste Louis Witter.

Clarifier les conditions d’accès

Dans un courrier adressé à la Défenseure des droits, les avocats du syndicat, Me William Bourdon et Me Vincent Brengarth, lui demandent d’apporter une clarification sur les conditions dans lesquelles les autorités administratives peuvent fixer des périmètres de sécurité desquels les journalistes sont exclus.

« Aucune raison ne nous semble justifier l’exclusion des journalistes des périmètres de sécurité », font-ils valoir, car ces dernier « exercent un droit démocratique fondamental, plus encore dans des zones où les droits des réfugiés sont totalement bafoués ».

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Me Vincent Brengarth explique également à l’AFP que l’incertitude plane sur l’activité des journalistes dans ce type d’événements, puisque les périmètres de sécurité « sont laissés à la discrétion de la police, sans qu’on en sache les critères ».

Plus largement, le syndicat souhaite qu’une réflexion s’engage autour des atteintes à la liberté de la presse, dans un contexte de « rétrécissement considérable de la liberté d’informer ». Il fait ici, notamment, allusion à la proposition de loi « Sécurité globale » qui vise à pénaliser la diffusion malveillante de l’image des policiers. Un texte jugé liberticide par ses détracteurs, dont le SNJ est l’une des figures de proue.

Dans l’affaire de l’accès aux camps de migrants, le SNJ souhaite être reçu par la Défenseure des droits.