Déconfinement : comment le gouvernement veut désormais détecter et isoler les cas positifs

Edouard Philippe se savait attendu sur la capacité de dépistage du pays et l’isolement des contaminés après le 11 mai. Deux points capitaux pour éviter une seconde vague de coronavirus.

« Tester, tracer, isoler ». La formule est connue. Recommandée par l'OMS, cette stratégie a notamment fait ses preuves en Corée du Sud pour contenir la circulation du coronavirus. Mais comment va-t-elle se matérialiser en France?

Le Premier ministre a apporté ce mardi quelques éléments de réponse devant l'Assemblée nationale dans le cadre de l'annonce du plan de déconfinement progressif. Et dans sa bouche, l'expression a quelque peu changé. Le Premier ministre invite à « protéger, tester, isoler ». Le verbe « tracer » a donc disparu, signe que le débat sur une potentielle surveillance électronique, via une application numérique, est encore loin d'être tranché.

Les tests de virologie « massifiés »

La France a été confrontée à une sévère pénurie en termes de matériel de dépistage, ce qui a sans conteste favorisé la propagation du virus au mois de février et de mars.

Désormais, le gouvernement promet de « massifier les tests virologiques ». Avec au moins 700 000 par semaine à partir du 11 mai. Un nombre qui se base sur les « recommandations » du Conseil scientifique, selon Edouard Philippe. Ces tests seront remboursés par l'Assurance maladie.

Il n'a en revanche pas du tout parlé des tests sérologiques, qui détectent la présence d'anticorps et permettent en principe de mesurer le taux d'immunisation de la société.

Pourquoi cette omission? Peut-être en raison de leur manque de fiabilité à l'heure actuelle mais aussi des doutes qui planent sur le réel niveau de protection des personnes guéries.

Des « brigades » de suivi pour identifier les cas contacts

Comme c'était déjà le cas, ces tests seront destinés en priorité au personnel soignant et aux personnes présentant des symptômes sévères. Mais reste la question des « porteurs sains », les cas dits asymptomatiques. C'est notamment pour détecter ces personnes que des « brigades » vont être mises en place dans chaque département.

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Comme au début de l'épidémie, dans l'Oise ou en Haute-Savoie, il s'agira de retrouver les derniers citoyens en contact avec un cas positif. Combien seront-ils à mener ces enquêtes épidémiologiques ? Alors que le Conseil scientifique tablait sur près de 30 000 personnes, aucune estimation n'a été donnée. À titre de comparaison, ils sont environ 20 000 à être mobilisés en Corée du Sud.

On sait en revanche qui composeront ces troupes. « En première ligne », on retrouvera les professionnels de santé libéraux, et notamment les médecins généralistes, d'après le Premier ministre. Les équipes de l'Assurance maladie seront également missionnées pour appeler ces personnes et les diriger vers des centres de test. « Mais ils ne seront pas tous médecins », a prévenu Edouard Philippe, évoquant la participation, en fonction des départements, des effectifs des « Centre Communaux d'Action Sociale (CCAS) », « des mairies » mais aussi du personnel associatif « comme la Croix Rouge ».

Le dispositif de traçage numérique mis en sommeil

Pour casser les chaînes de contamination, l'idée d'un traçage numérique via l'application « StopCovid » fait débat depuis plusieurs jours. Mais il va falloir attendre encore un peu pour savoir si elle verra le jour.

Un tel dispositif fait face à des nombreux obstacles techniques et nourrit les critiques de l'opposition en termes de respect de la vie privée.

VIDÉO. Olivier Véran : « Tester 65 millions de Français tous les jours, c'est un non-sens »

Ces réserves sont « fondées », estime le Premier ministre. « Compte tenu des incertitudes, je serai bien en peine de vous dire si l'application fonctionne et comment », a conclu Edouard Philippe, qui se dit donc favorable à « un débat et à un vote spécifiques » ultérieurement.

L'isolement ne sera pas obligatoire

Enfin, Edouard Philippe dit vouloir faire confiance au « civisme » des Français qui seront contrôlés positifs. Deux options se présentent à ceux-là : soit une mise en quarantaine à domicile - ce qui implique celui de tout le foyer -, soit un isolement dans un hôtel réquisitionné par les collectivités locales.

Le Premier ministre s'est gardé la possibilité de mettre en place « des dispositifs de contrôle » à la marge « si nécessaire ». Mais sans en dire plus. Sollicité dans la foulée, le ministère de l'Intérieur n'était pas en mesure de développer.