Dans le Calvados, la cure de jouvence des moulins à tan

La ville de Saint-Pierre-en-Auge s’est lancée dans la restauration de moulins à tan, témoignage du prospère passé industriel de la ville. Les roues, déterminantes pour la tannerie pendant près d’un siècle, retrouvent leur lustre d’antan.

 La ville de Saint-Pierre-en-Auge restaure deux moulins à tan, témoignage du passé industriel de Saint-Pierre avec la tannerie. La filière a fait la prospérité du secteur dès la fin du XIe siècle.Les deux roues des moulins sont reconstruites à l’identique. L’une des deux tourne à nouveau.
La ville de Saint-Pierre-en-Auge restaure deux moulins à tan, témoignage du passé industriel de Saint-Pierre avec la tannerie. La filière a fait la prospérité du secteur dès la fin du XIe siècle.Les deux roues des moulins sont reconstruites à l’identique. L’une des deux tourne à nouveau. LP/Esteban Pinel

Ça y est, la roue d'un des moulins de Saint-Pierre-en-Auge, à une trentaine de km au sud-est de Caen, tourne à nouveau. « C'était l'engagement, et c'est le cas », clame Philippe Le Cleuyou, le président de l'association le musée de l'énergie, basé à Chandai, dans l'Orne, qui chapeaute le chantier. « Désormais, on restaure la seconde roue, qui sera une belle réalisation, vu le mélange entre l'acier et le bois. »

Dans le petit bief, ils sont trois à s'affairer sur les deux pièces massives, laissées à l'abandon depuis la fermeture de la tannerie de la ville, en 1983. Une des roues s'était même affaissée. « C'était un crève-cœur de voir les roues dans cet état, alors que les anciens ont travaillé pendant des années dessus », lâche Yvelise Dumont, maire adjointe en charge du patrimoine. La mairie a enfin pu concrétiser son projet de rénovation. D'un montant de 48 000 € (subventionné en grande partie par la Fondation du patrimoine et le Département du Calvados), le chantier a démarré au mois de juin.

Une tannerie fondée par les moines

Une opération technique que détaille Philippe Le Cleuyou, dont le fils mène les travaux : « On a refait toutes les parties en bois, les arcs, les poutres qui soutiennent les parties en acier. Après avoir nettoyé les structures, on les réassemble pour redonner vie à la roue. » La première, construite à la fin du XIXe siècle, a repris de la vigueur. Son mécanisme fonctionne, alimenté par le courant du petit cours d'eau. La seconde, de 1850, n'a plus assez d'eau. Elle sera comme neuve, mais statique.

Saint-Pierre-en-Auge voit donc dépoussiéré son héritage industriel. « La première tannerie a été fondée en 1081 par quatre moines bénédictins », raconte Yvelise Dumont. La filière, alimentée par l'élevage local, a prospéré au fil des siècles. La tannerie du village aura compté jusqu'à 80 salariés en 1955 avant de décliner, victime de la concurrence. « Et aujourd'hui, pour l'anecdote, l'abattoir de Saint-Pierre exporte les peaux de bêtes en Italie », glisse le maire Jacky Marie.

Pendant toute la durée de cet âge d'or local, les moulins ont fourni l'énergie nécessaire pour « écraser l'écorce de chêne, qui servait à préserver et tanner les peaux. Après, ces peaux étaient tendues, empilées avec du sel entre elles pour sécher. Ça prenait de douze à seize mois pour avoir du cuir digne de ce nom », explique la maire adjointe.

Le chantier permettra de redonner du lustre à ce quartier historique et « transmettre aux jeunes ce passé industriel », insiste Jacky Marie, qui fera installer des panneaux explicatifs autour du site. Tant qu'il y aura de l'eau, les roues ne tourneront donc jamais la page des tanneries de Saint-Pierre.