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Covid-19 : voit-on déjà un effet du couvre-feu et du confinement ?

Ralentissement de l’épidémie, infléchissement de la pression hospitalière en Ile-de-France… Certains chiffres montrent un début d’évolution favorable. Mais, très fragile, celle-ci reste à confirmer.

 Ces derniers jours, le nombre de nouveaux patients Covid hospitalisés en Ile-de-France diminue.
Ces derniers jours, le nombre de nouveaux patients Covid hospitalisés en Ile-de-France diminue. LP/Arnaud Journois

Des raisons d'espérer sur le front de l' épidémie? Depuis quelques jours, les déclarations s'enchaînent, laissant entrevoir les premiers signes d'un tassement. Après le ministre de la Santé, Olivier Véran, qui constatait dimanche « une forme de ralentissement » de la progression de la pandémie en France, c'est désormais au tour de Martin Hirsch, le patron des hôpitaux de Paris, d'évoquer avec prudence « une amorce d'infléchissement en Ile-de-France ».

Commence-t-on à voir les effets du couvre-feu déclaré le 17 octobre en Ile-de-France et dans neuf grandes métropoles, puis en vigueur le 24 octobre dans 54 départements métropolitains? Voire un impact du confinement effectif depuis le 30 octobre? « Il y a huit jours, on voyait à peu près en moyenne 110 entrées en réanimation et 500 en hospitalisation contre 80 et 400 ces trois quatre derniers jours », a déclaré, ce lundi matin, Martin Hirsch, sur France Inter.

Une baisse de la hausse

Que cela signifie-t-il ? D'abord, il n'est pas question d'une diminution mais plutôt d'une baisse de la hausse. « On a l'impression que le nombre d'admissions en réanimation monte un peu moins vite que prévu, décrypte Jean-Michel Constantin, secrétaire général de la Société française d'anesthésie et de réanimation. Globalement, on a tellement ouvert de lits qu'on a un coup d'avance, mais la marge reste tenue. »

Par exemple, sur les 100 places Covid prévues à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Saint-Antoine et Tenon, à Paris, 12 sont encore libres. « Ce qu'on peut penser, c'est qu'il y a peut-être eu un petit bénéfice du couvre-feu », avance Jean-Michel Constantin. Mais attention, dit-il, « tout n'est pas fini », et crier victoire serait une erreur. On en est encore loin.

Covid-19 : voit-on déjà un effet du couvre-feu et du confinement ?

D'ailleurs, au niveau national, le nombre de personnes actuellement hospitalisées continue à augmenter : 30 217 dimanche soir, soit 6 209 de plus que le dimanche précédent. Le nombre de patients en réanimation poursuit sa croissance, tout comme celui, impressionnant des décès : + 3 420 au cours de la semaine dernière.

«Le pic n'est pas atteint»

« Il ne faut surtout pas que cette tendance soit une incitation à lever les gestes barrière, on pourrait le payer cher ! » Non seulement le pic épidémique n'est pas encore atteint, « et rien ne dit que dans trois jours on ne sera pas saturés si les malades décompensent très vite », précise le réanimateur. Par ailleurs cette stabilisation réelle en Ile-de-France n'est pas encore visible dans d'autres régions.

L' Auvergne-Rhône-Alpes est, elle, confrontée à une envolée du nombre de malades. La situation est également critique en Occitanie. « Chez nous, c'est plein de chez plein et Nîmes est aussi archi-saturé », indique le professeur Xavier Capdevila, responsable de la réanimation au CHU de Montpellier (Hérault). La semaine dernière, un petit frémissement s'est bien fait sentir mais, dès vendredi, le nombre d'hospitalisations est reparti. « Ça nous a refroidis », lâche le professeur.

Covid-19 : voit-on déjà un effet du couvre-feu et du confinement ?

Deux indicateurs peuvent toutefois faire espérer une amorce de baisse. A commencer par le fameux R0, à savoir le nombre de personnes qu'un malade du Covid contamine à son tour. Au cours de la semaine du 26 octobre au 1 er novembre, il était de 1,31 contre 1,42 la semaine précédente, sachant qu'il faut que ce R soit inférieur à 1 pour que l'épidémie régresse vraiment.

Par ailleurs, selon les chiffres du bulletin hebdomadaire de Santé publique France de jeudi, on dénombrait 2,2 personnes contact par individu testé positif au virus (-0,6 en une semaine). Cette donnée n'avait jamais été aussi basse depuis le 11 mai, preuve que les Français ont bel et bien limité leurs interactions sociales.

Trop tôt pour lâcher un peu de mou

« Cette petite baisse est-elle provisoire ? s'interroge Patrice Bourée, infectiologue à l'Institut Fournier à Paris. On voit un tout petit peu moins de patients Covid, mais c'est une impression, un sentiment. On ne peut pas aller beaucoup plus loin dans l'analyse. » Pour Anne-Claude Crémieux, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis à Paris, la prudence est de mise, dit-elle, prenant l'exemple de la fin septembre : « On avait constaté une petite embellie avant une augmentation brutale des cas début octobre. »

VIDÉO. Covid-19 à l'hôpital : «Je ne m'attendais pas à être positif une deuxième fois»

Une chose est sûre : de façon rétrospective, l'addition des mesures entre le port du masque, le couvre-feu, le confinement sera « extrêmement intéressante à décortiquer pour mieux cibler lesquelles sont efficaces afin d'atténuer l'épidémie. Cela va lever un certain nombre d'incertitudes et il va falloir éventuellement en garder certaines ». Face à cette forme de ralentissement, peut-on imaginer rouvrir quelques commerces, lâcher un peu de mou ? Selon Anne-Claude Crémieux, « on n'en est pas encore là ». « A ce stade, l'urgence, c'est de vérifier si la tendance actuelle se poursuit. »