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Covid-19 : un «miracle italien» ? Pourquoi c’est plus compliqué que cela

Après avoir été le pays le plus sévèrement touché par l’épidémie, l’Italie contient les infections depuis cet été. Mais les spécialistes appellent à rester vigilants.

 L’Italie compte actuellement près de cinq fois moins de nouveaux cas quotidiens que la France.
L’Italie compte actuellement près de cinq fois moins de nouveaux cas quotidiens que la France. Reuters/Guglielmo Mangiapane

En mars, les images de malades placés sous assistance respiratoire en plein couloir, tant la place manquait dans les hôpitaux, avaient fait office de détonateur dans le monde. Quelques mois plus tard, l'Italie, premier pays meurtri en Europe aux débuts de la pandémie de Covid-19, ferait presque figure de modèle en Europe.

Sur place, les chercheurs chargés du suivi de l'épidémie de coronavirus réfutent pourtant fermement le terme de « miracle italien », parfois utilisé dans la presse française et étrangère. Et appellent à la vigilance, quand bien même les derniers indicateurs sont encourageants.

Ces derniers jours, le pays compte près de cinq fois moins de nouveaux cas quotidiens que la France : 1648 nouveaux malades recensés en 24 heures, mardi, contre plus de 8000 dans l'Hexagone, et 24 décès, quand 85 morts ont été dénombrés de ce côté des Alpes. Au plus fort de la crise, fin mars, les autorités italiennes déploraient près de 1000 morts par jour.

Covid-19 : un «miracle italien» ? Pourquoi c’est plus compliqué que cela

« Les souvenirs de cette période sont encore vifs, analyse le grand épidémiologiste italien Carlo La Vecchia. Les gens ont eu très peur, beaucoup ont vu des membres de leur famille ou des proches mourir. » Ce traumatisme pousserait une grande partie des Italiens à adopter un comportement responsable et à respecter les gestes barrière. Du moins, dans les parties les plus touchées lors de la crise.

« On remarque ces derniers temps que plusieurs régions du centre et sud, jusqu'à présent plutôt épargnées, connaissent une augmentation graduelle des admissions à l'hôpital et en service de réanimation », pointe le chercheur. Outre une différence possible de comportements, l'immunité peut également jouer.

Des mesures proches de celles prises en France

Autour de Bergame, épicentre du drame italien, « près de 50 % de la population a été infectée sur les premiers mois, calcule Carlo La Vecchia. Dans le reste de la Lombardie, comme à Milan, on pense que c'est le cas 20 % à 30 % de la population. Ce n'est pas suffisant pour mettre un terme à l'épidémie, mais assez pour permettre pour contenir sa propagation ».

Covid-19 : un «miracle italien» ? Pourquoi c’est plus compliqué que cela

Le spécialiste, commandeur de l'Ordre du mérite de la République italienne en récompense de ses recherches, ne voit pas de mesures spécifiques qui pourraient expliquer les bons résultats obtenus dans le pays. Les prises de température, par exemple, sont quasi-généralisées à l'entrée des magasins. « C'est une blague ! raille-t-il. On n'a jamais détecté qui que ce soit grâce à cela ».

Les autres mesures ressemblent, à peu de chose près, à ce qui se pratique en France. « Le masque a été généralisé à l'intérieur et dans les centres-villes les plus bondés, rembobine le scientifique. Les autorités ont mis au point une application de traçage, sans grand succès. Et comme en France, on a eu beaucoup de problèmes sur les délais de réponse des dépistages, même si l'on commence à déployer les tests antigéniques, bien plus rapides. »

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Seuls les transports en commun ont pu faire l'objet de précautions particulièrement strictes, avec une capacité maximum ramenée à 20 % ou 50 %, selon qu'il s'agisse de trains régionaux ou nationaux. Pour l'épidémiologiste milanais, les bons résultats actuels de l'Italie découleraient surtout de décisions prises il y a plusieurs mois.

« De mars à mai, on a connu un confinement encore plus strict que celui appliqué en France, expose-t-il. Cela nous a permis de faire descendre tous les indicateurs au plus bas cet été. Aujourd'hui, nous sommes sur une légère pente ascendante et nous avons retrouvé un niveau qui était celui de la France en août. » D'où l'impossibilité d'exclure, dès à présent, que l'Italie suive ce modèle dans les prochaines semaines. Et que le supposé « miracle » ne se transforme en mirage.