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Covid-19 : «Trump a joué avec le feu» pour les fidèles de l’Eglise américaine à Paris

Beaucoup ont prié ce dimanche pour le président des Etats-Unis, comme pour toutes les victimes du coronavirus. Mais ces croyants américains expatriés à Paris, qu’ils soient républicains ou démocrates, se montrent critiques sur son attitude face à la pandémie.

 A l’Eglise américaine de Paris, dimanche 4 octobre, deux jours après l’hospitalisation de Donald Trump, atteint par le Covid-19.
A l’Eglise américaine de Paris, dimanche 4 octobre, deux jours après l’hospitalisation de Donald Trump, atteint par le Covid-19. LP/Olivier Lejeune

Jim, 75 ans, un Américain originaire de San Francisco qui prend ses quartiers dans la capitale hexagonale, est un démocrate convaincu. Cela ne l'empêche pas de prier pour le président sortant et candidat des républicains Donald Trump, hospitalisé depuis vendredi après avoir annoncé qu'il avait contracté le Covid-19, à un mois seulement de la présidentielle américaine. « On prie pour lui, comme pour tous ceux qui souffrent de ce virus », précise ce mari d'une pasteure officiant à l'Eglise américaine protestante de Paris, située quai d'Orsay. En ce dimanche 4 octobre, plusieurs dizaines d'expatriés viennent, rigoureusement masqués, prendre part au culte de 11 heures.

A l'accueil, Marie, joviale Californienne de 70 ans, invite les fidèles à se badigeonner les mains de gel hydroalcoolique. Elle espère que son compatriote milliardaire va très vite se rétablir, tout en portant un regard critique sur son comportement à l'égard de la pandémie ces derniers mois. « Il a joué avec le feu. Quand on n'écoute pas les scientifiques, voilà les conséquences », tacle-t-elle.

«Il y a toujours beaucoup de secrets»

Impossible, pour elle, de se faire une idée « précise » de l'état de santé du patient le plus suivi de la planète, des informations contradictoires circulant à son sujet. « Le problème, c'est qu'on ne sait pas. Personne ne peut avoir de certitudes », résume-t-elle. « Il va s'en sortir », pronostique Ella, étudiante de 21 ans. « C'est un Américain comme un autre, donc un malade comme un autre », estime Caroll, quinquagénaire démocrate qui, « personnellement », n'a pas prié pour Donald Trump. « Avec le Covid, on peut aller de bien à très mal très rapidement », rappelle Denise, 57 ans, citoyenne du Midwest qui forme en France des managers de start-up.

Denise, originaire du Midwest, ne croit pas que cette épreuve suscitera un regain de « popularité » et de « sympathie » vis-à-vis de Donald Trump./LP/Olivier Lejeune
Denise, originaire du Midwest, ne croit pas que cette épreuve suscitera un regain de « popularité » et de « sympathie » vis-à-vis de Donald Trump./LP/Olivier Lejeune  

Pour Don, 59 ans, en provenance de la côte Est, « il y a toujours beaucoup de secrets » dès qu'il s'agit de la santé d'un locataire de la Maison Blanche. « C'était déjà le cas à l'époque de Franklin Delano Roosevelt qui avait caché sa maladie », décrypte-t-il. Joy, 57 ans, républicaine ayant « des idées différentes de Trump », n'est « pas surprise du tout » par le destin médical du dirigeant le plus puissant du globe.

« Il n'a pas respecté les recommandations de la communauté scientifique, il le paie aujourd'hui », commente cette dame du Maryland qui prend des cours d'histoire de l'art à l'université américaine de Paris. « Je ne pense pas qu'il a cherché la maladie mais, en revanche, il a cherché la critique, la polémique au sein d'une Nation qui est divisée », avance, de son côté, Denise, qui ne croit pas que cette épreuve suscitera un regain de « popularité » et de « sympathie » vis-à-vis du chef d'Etat.

«Je suis aussi inquiète pour mon pays»

Pour la Texane Kerry, 56 ans, en France depuis plus de trois décennies, Donald Trump est victime de ses propres négligences en matière sanitaire. « Je ne dis pas qu'il le mérite, mais il a assurément pris des risques pour en arriver à cette situation. Bien sûr que je suis inquiète pour lui, mais je suis aussi inquiète pour mon pays. On ne sait pas ce qui va se passer », s'alarme cette prof d'anglais qui a le cœur démocrate. A ses yeux, « la démocratie était déjà menacée », avant même ce coup de théâtre hospitalier qui touche le président candidat à sa réélection face au démocrate Joe Biden.

« Maintenant que Trump est malade, que va devenir la campagne, et même l'élection ? » s'interroge Cathy, 55 ans, une républicaine de Washington, la capitale, allergique à Trump ». « S'il se remet, ça va être intéressant de voir s'il continue à renier la gravité de la pandémie, à ne pas porter le masque, à s'affranchir des gestes barrière. Ce qui est sûr, c'est que son attitude ces derniers mois face au virus avait directement impacté la campagne », relève Jim, devant la plaque dorée à l'entrée de l'édifice néogothique parisien frappée des mots « Embassy of the kingdom of heaven », « ambassade du royaume du paradis ».