Covid-19 : suspension, essais cliniques, homologation… Où en est la course aux vaccins ?

Les chances d’avoir un vaccin d’ici le début de l’année 2021 s’amplifient depuis la reprise de deux essais expérimentaux aux Etats-Unis. L’occasion de faire le point sur cette course mondiale face au coronavirus.

 Jeudi, la société de biotechnologie Moderna a annoncé que sur les 30 000 volontaires recrutés pour l’essai phase 3, plus de 25 000 d’entre eux avaient déjà reçu la seconde dose de son vaccin.
Jeudi, la société de biotechnologie Moderna a annoncé que sur les 30 000 volontaires recrutés pour l’essai phase 3, plus de 25 000 d’entre eux avaient déjà reçu la seconde dose de son vaccin. AFP/Henry Ford Health System

C'est la plus grande inconnue, dans la lutte contre le coronavirus : quand est-ce qu'un vaccin - antidote concentrant tous les espoirs face à une épidémie qui s'intensifie - verra-t-il enfin le jour? À ce stade, aucun vaccin n'a reçu d'approbation pour une distribution commerciale à grande échelle, mais ils sont dix ( européen, américains, chinois et russe) à faire l'objet d'essais sur des dizaines de milliers de volontaires. Ce qui signifie qu'en l'espace de quelques mois, cette poignée de laboratoires a réussi l'exploit de développer un vaccin à partir du séquençage génétique du coronavirus et de lancer cette phase de tests à grande échelle.

Cette étape, dite de la « phase 3 », vouée à vérifier l'efficacité du produit, ainsi que son absence d'effets secondaires graves et son dosage optimal, est la dernière avant celle attendue par tous les scientifiques : sa validation, permettant une homologation et une mise sur le marché du vaccin. Alors qu'en France, aucun essai de type 3 n'a encore démarré, Le Parisien fait le point sur les vaccins les plus avancés dans cette course contre la montre et surtout contre un virus, qui a fait, à ce jour, au moins 1 145 000 morts dans le monde.

Pfizer et Moderna, en tête de la course

L'administration Trump, qui tablait dans un premier temps sur un vaccin disponible avant l'élection du 3 novembre, a dû revoir ses ambitions à la baisse, mais continue de miser sur un antidote disponible aux Etats-Unis avant la fin de l'année, notamment grâce à deux laboratoires américains : Pfizer et Moderna.

Ces deux groupes s'estiment en capacité de demander une autorisation respective de mise sur le marché à la mi-novembre. Jeudi, la société de biotechnologie Moderna a par ailleurs annoncé que sur les 30 000 volontaires recrutés pour l'essai de phase 3, plus de 25 000 avaient déjà reçu la seconde dose du vaccin, injectée quatre semaines après la première.

Covid-19 : suspension, essais cliniques, homologation… Où en est la course aux vaccins ?

Ces deux sociétés seront ensuite tributaires d'une validation de la FDA (Agence américaine du médicament) qui, selon la presse locale, pourrait être délivrée avant fin décembre, ce qui constituerait un feu vert pour sa commercialisation. « D'ici la fin de l'année, nous devrions être capables de vacciner nos citoyens les plus vulnérables », a assuré Paul Mango, du département américain de la Santé, ajoutant que « d'ici fin janvier, nous pensons que nous serons capables de vacciner tous les seniors et, d'ici mars ou avril, tous les Américains qui le souhaitent ».

Le vaccin d'AstraZeneca en bonne voie

La suspension de son essai clinique, le 9 septembre, avait donné des sueurs froides aux autorités britanniques alors que ce vaccin était l'un des plus avancés. En septembre, une mise entre parenthèses des essais du produit développé par l'université britannique d'Oxford et le groupe AstraZeneca avait été décidée après l'apparition d'une « maladie potentiellement inexpliquée », dont on ignore s'il avait pu s'agir d'un effet secondaire grave, chez un participant au Royaume-Uni.

Finalement, le pays, puis l'Afrique du Sud, le Brésil et le Japon avaient au fil des jours repris les essais, imités cette semaine par les Etats-Unis, après plus de six semaines d'interruption. Selon le laboratoire AstraZeneca, les résultats de l'essai sont toujours espérés pour cette année. Ce vaccin est particulièrement attendu dans le monde, alors que des centaines de millions de doses ont déjà été prévendues sur plusieurs continents.

Johnson & Johnson, bientôt une reprise des essais cliniques

Le groupe américain Johnson & Johnson (J&J) a, lui, commencé sa phase 3 fin septembre, sur 60 000 volontaires et subit depuis le 12 octobre une suspension des tests, en raison d'un éventuel effet secondaire chez un des participants. Le laboratoire demeure toutefois optimiste : vendredi, il a annoncé qu'un comité indépendant avait recommandé la reprise de son essai et qu'il se préparait déjà à se relancer dans l'aventure.

« Après une évaluation approfondie d'un événement médical grave chez un participant, aucune cause certaine n'a été identifiée », a assuré le groupe, selon lequel il n'a été trouvé « aucune preuve que le candidat vaccin ait causé l'événement ». Johnson & Johnson pourrait bien rattraper assez vite son retard sur ses concurrents : son vaccin n'est composé que d'une dose, contre deux chez la plupart des autres laboratoires en lice, ce qui lui permettrait de gagner près d'un mois sur l'évaluation de ses essais cliniques.

La Chine promet un milliard de doses d'ici début 2021

Le CoronaVac, élaboré par le laboratoire privé chinois Sinovac, est actuellement testé en phase 3, dans le cadre de quatre essais cliniques distincts, sur des dizaines de milliers de volontaires - 60 000 selon Pékin - de plusieurs pays, dont le Brésil, l'Indonésie ou la Turquie, faute de malades suffisants en Chine.

À l'issue de cette phase, une homologation du vaccin permettra sa mise sur le marché, même si ce produit a déjà été utilisé en urgence dans plusieurs hôpitaux et inoculé à des centaines de milliers de Chinois dont l'emploi était considéré comme à risque face au coronavirus. Plusieurs fabricants chinois sont déjà sur le coup pour sa fabrication à grande échelle, à tel point que la Chine estime qu'elle sera capable, en 2021, de produire chaque année près d'un milliard de doses de vaccin.

Spoutnik V, disponible « à partir du 1er janvier 2021 » ?

L'annonce, en août, du président russe Vladimir Poutine d'une mise sur le marché d'ici le début de l'année prochaine d'un vaccin russe contre le Covid-19 avait déclenché une grande part de scepticisme au sein de la communauté scientifique. Moscou ne cesse pourtant depuis de rappeler cette échéance. « À partir du 1er janvier 2021, ce vaccin sera disponible pour la population […]. On continue à passer la troisième phase de tests. […] Selon nos spécialistes, les deux premières phases étaient déjà suffisantes pour certifier ce vaccin et commencer à l'utiliser », a notamment clamé au micro d'Europe 1 Artem Studennikov, le ministre-conseiller de l'ambassade de Russie, le 6 octobre dernier.

Il évoque un vaccin qu'il estime être « opérationnel à 100 % » qui aurait été « enregistré et certifié en Russie » il y a plusieurs semaines déjà et déjà utilisé sur « plusieurs responsables importants et hauts fonctionnaires de l'État », ainsi que sur des enseignants et des médecins, selon ses dires. Des essais du Spoutnik V doivent débuter fin octobre sur 2000 volontaires vénézuéliens, dont le fils du président et cette semaine, le chef de l'Etat a affirmé qu'une campagne massive de vaccination aura lieu dès le mois de décembre dans son pays, grâce à des vaccins fournis par la Russie et la Chine.

Novavax, le dernier arrivé

Récemment, le vaccin Novavax a rejoint le peloton de tête dans cette course de vitesse. Début août, la société américaine de biotechnologie, l'une des six entreprises dans lesquelles l'Etat américain a considérablement investi depuis mars, avait annoncé que son vaccin expérimental avait provoqué une réponse immunitaire robuste, lors de sa phase initiale d'essai. Avant de franchir une nouvelle étape fin septembre : Novavax a alors annoncé avoir commencé un essai clinique au Royaume-Uni, incluant 10 000 participants de 18 à 84 ans.