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Covid-19 : quand peut-on espérer voir les effets des mesures en zone d’alerte maximale ?

À Paris, le nombre de nouveaux cas ainsi que celui des admissions à l’hôpital et en réanimation continuent d’augmenter, une semaine après la fermeture des bars et de plusieurs lieux accueillant du public.

 Les bars doivent rester fermés à Paris depuis mardi 6 octobre 2020.
Les bars doivent rester fermés à Paris depuis mardi 6 octobre 2020. LP/Fred Dugit

Patience, patience, avant d'espérer une amélioration de la situation épidémique dans les territoires en « alerte maximale ». Plusieurs jours sont a priori nécessaires avant de constater ne serait-ce qu'une stagnation des courbes. Paris et la petite couronne sont par exemple passées sous ce statut depuis huit jours, avec un arsenal de nouvelles mesures entré en vigueur dès le lendemain. Mais à ce stade, les effets ne sont pas encore visibles.

Depuis le mardi 6 octobre, les bars et plusieurs lieux accueillant du public, notamment les piscines, doivent rester fermés, tandis que les restaurants sont soumis à un protocole très strict. Une semaine plus tard, les courbes des indicateurs analysés quotidiennement sont en progression dans la capitale ou à l'échelle de l'Île-de-France, que ce soit pour le nombre de cas, celui des admissions à l'hôpital, ou celui des entrées en réanimation. Logiquement, c'est sur la courbe des nouveaux cas que l'on devrait voir apparaître un « aplatissement » en premier. Alors, au bout de combien de temps peut-on l'espérer?

Période d'incubation

« Deux semaines, au moins », répond d'emblée l'infectiologue Benjamin Davido, qui officie à l'hôpital Raymond Poincaré, à Garches (Hauts-de-Seine). Pour comprendre pourquoi tant de temps est nécessaire, il faut se pencher sur le cycle de la maladie. La période d'incubation, qui sépare le jour de l'infection de l'apparition des symptômes, est comprise entre 5 et 7 jours dans la plupart des cas. Ce qui signifie qu'un Parisien contaminé dimanche 4 octobre, par exemple, va s'en rendre compte généralement le jeudi ou le vendredi (et encore, seulement s'il développe des symptômes). Le temps d'aller se faire tester, il intégrera les statistiques des personnes positives en fin de semaine, au mieux.

Covid-19 : quand peut-on espérer voir les effets des mesures en zone d’alerte maximale ?

Ensuite, une personne est la plus contagieuse durant les cinq jours suivant l'apparition des symptômes, même si elle peut en contaminer d'autres pendant une dizaine de jours. « Il faut deux cycles, soit minimum 10 à 14 jours, pour espérer commencer à observer un plat de la courbe des nouveaux cas et qu'elle ne monte plus », précise Benjamin Davido. Difficile ainsi d'attendre également du mieux ces prochains jours dans les quatre métropoles ( Lyon, Saint-Etienne, Grenoble et Lille ) passées en « alerte maximale » samedi, ainsi qu'à Toulouse et Montpellier, soumis au même régime depuis ce mardi.

Mais le nombre de nouveaux cas peut être biaisé par la stratégie de dépistage. En septembre, le gouvernement a incité les laboratoires à « prioriser » les personnes. Le nombre de tests réalisés chaque semaine a chuté de 1,4 million en semaine 38 (du 14 au 20 septembre) à 1,1 million quinze jours plus tard. Ce qui a, mécaniquement, limité l'augmentation du nombre de nouveaux cas. En revanche, le taux de positivité a continué de grimper.

A l'hôpital, « des indicateurs plus objectifs et comparables dans le temps »

« Pour avoir une mesure objective de l'impact des mesures, il vaut mieux regarder le nombre d'admissions à l'hôpital et en réanimation, qui sont des indicateurs plus objectifs et comparables dans le temps. Mais cela peut mettre plus de temps », indique l'épidémiologiste Carole Dufouil, directrice de recherche à l'Inserm et directrice adjointe de l'école de santé publique de Bordeaux. En effet, les hospitalisations, les admissions en réanimation puis les décès se produisent, logiquement, dans un second temps.

« Tous les malades que l'on a hospitalisés ce lundi [12 octobre] ont été contaminés mi-septembre et ont été testés positifs 10 à 15 jours après », témoigne Benjamin Davido. Soit presque un mois d'écart entre l'infection et l'entrée à l'hôpital.

Sur ces deux indicateurs, un plateau semble avoir été atteint dans les Bouches-du-Rhône ou en Provence Alpes Côte d'Azur, la région étant l'échelon utilisé, pour les réanimations, par le ministère de la Santé. La métropole Aix-Marseille et la Guadeloupe avaient été les premiers territoires placés en alerte maximale par le gouvernement, le 23 septembre.

VIDÉO. Martin Hirsch : « 90 % » des lits de réanimation occupés par des cas de Covid « d'ici fin octobre »

Mais ces scénarios restent optimistes puisqu'ils partent du principe que les mesures produiront forcément des effets. Or, d'autres paramètres peuvent jouer sur les indicateurs de l'épidémie, notamment le respect de ces restrictions… ou les alternatives mises en place pour les contourner. Si les soirées au bar sont remplacées par des regroupements dans des lieux privés, par exemple, le risque que le virus circule peut être tout aussi important, surtout si les gestes barrière ne sont pas respectés.

D'ailleurs, dès le 28 septembre, avec le passage de Paris et la petite couronne en « alerte renforcée », les bars ont dû fermer à 22 heures. Deux jours plus tôt, les rassemblements de plus de 10 personnes avaient été interdits sur la voie publique. Et le port du masque y est obligatoire depuis le 28 août… « C'est forcément un peu au doigt mouillé, mais on peut au moins penser qu'il y a moins de brassage de population lorsque les gens se rencontrent dans un cadre privé », avance Carole Dufouil.

Des couvre-feux au niveau local ?

Dans ces conditions, plusieurs médecins ou épidémiologistes estiment que seuls un reconfinement local ou des couvre-feux permettraient de véritablement casser les chaînes de transmission. Jean Castex n'a d'ailleurs pas exclu de reconfiner la population, du moins localement. « Si, dans cette période de quinze jours, nous voyons que les indicateurs se dégradent beaucoup, que les lits de réanimation se remplissent plus encore que prévu, nous pourrons prendre des mesures supplémentaires », a indiqué le Premier ministre lundi matin sur France Info, alors qu'Emmanuel Macron doit s'exprimer en direct à la télévision ce mercredi soir.

Néanmoins, même si des mesures aussi strictes étaient prises, il faudrait être patient. Au début du confinement, en mars dernier, nous nous étions déjà demandé pourquoi les courbes mettaient au moins deux semaines pour s'aplanir. « C'est normal de ne pas voir, dès à présent, de baisse du nombre quotidien de cas. La raison principale est la durée d'incubation. Elle dure en général une petite semaine, mais peut aller jusqu'à douze à quatorze jours. Pendant ce temps, on ne sait pas qu'on va devenir malade », nous avait répondu Sibylle Bernard-Stoecklin, membre de la direction des maladies infectieuses à Santé publique France.

Face à la « deuxième vague » cet automne, « il faut plus de visibilité et que le gouvernement soit plus précis en disant : on espère un impact sur tel indicateur, et si tel niveau n'est pas atteint à telle date, on prendra telles mesures supplémentaires », exhorte pour conclure Carole Dufouil.