AbonnésSociété

Covid-19 : pourquoi nos voisins prennent des mesures de plus en plus strictes

Face à un nombre de nouveaux cas en croissance continue et les risques de voir les hôpitaux submerger, les tours de vis se multiplient en Europe. Décryptage de la situation en Espagne, au Royaume-Uni ou en Allemagne.

 Des mesures de restriction des déplacements ont été prises à Madrid.
Des mesures de restriction des déplacements ont été prises à Madrid. REUTERS/Sergio Perez

Des couvre-feux en Allemagne, des pubs fermés en Ecosse, la région de Madrid bouclée en Espagne… Le temps de l'accalmie estivale passé, restrictions et autres tours de vis se multiplient depuis quelques jours en Europe pour freiner la propagation du coronavirus. Que ce soit en France ou chez la quasi-totalité de nos voisins, ces mesures prises sont la conséquence logique d'un constat commun : le nombre de nouveaux cas dénombrés chaque jour est en progression constante depuis des semaines.

Une dégradation de la situation généralisée ne devant pas masquer de nettes différences d'un pays à l'autre, ce qui explique en partie pourquoi l'arsenal restrictif déployé varie. Si l'on prend les seuls chiffres de contaminations, la situation est la plus inquiétante en Espagne, en France, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Dans ces trois pays, la moyenne du nombre de nouveaux cas confirmés quotidiennement de Covid-19 par million d'habitants sur les sept derniers jours est largement supérieure à 200. Chez les Néerlandais, il a même dépassé les 300 !

Covid-19 : pourquoi nos voisins prennent des mesures de plus en plus strictes

Autre indicateur édifiant : la croissance du nombre de ces contaminations journalières par rapport au mois dernier. Depuis le 15 septembre dernier, il a quasiment doublé en France (+ 92 %). Il a bondi d'environ 150 % en Allemagne et en Italie. Cette croissance est la plus spectaculaire au Royaume-Uni avec une augmentation de ces cas quotidiens de 360 % en quatre semaines seulement.

Il n'est dès lors pas surprenant de voir les autorités britanniques durcir les mesures, d'autant que le pays est celui qui a payé le plus lourd tribut au coronavirus avec plus de 42 000 morts. En Ecosse, pubs et cafés de cinq régions ont baissé le rideau vendredi et pour au moins deux semaines. Lundi, le Premier ministre Boris Johnson doit lever le voile sur un nouveau système d'alerte à trois niveaux devant le Parlement. Dans les villes les plus touchées, par exemple à Liverpool, on table même désormais sur un confinement local dans les jours à venir. Selon le maire Joe Anderson, une telle mesure pourrait être promulguée dès mardi.

L'Allemagne prend les devants

En Espagne, le nombre de contaminations quotidiennes n'a quasiment pas varié à l'échelle du pays depuis environ un mois. Tous les yeux sont en revanche braqués sur la région de Madrid, où l'évolution est jugée « préoccupante » par le chef du gouvernement Pedro Sanchez. Depuis vendredi, les habitants de la capitale et de huit localités limitrophes ne peuvent quitter leur municipalité si ce n'est pour travailler ou étudier.

Dans les hôpitaux madrilènes, les patients affluent et plus de 40 % des lits de réanimation sont occupés par des malades du Covid-19. A l'hôpital de La Paz, l'un des principaux établissements hospitaliers de Madrid, les 30 lits de réanimation étaient occupés la semaine dernière, selon la BBC.

Loin d'être aussi touchés que les Britanniques ou les Espagnols, les Allemands doivent à leur tour composer avec des mesures venant chambouler leur quotidien. Dans plusieurs grandes villes comme Berlin ou Cologne, bars et restaurants devront notamment fermer à 23 heures. Et Angela Merkel a prévenu : si aucune amélioration n'intervient d'ici dix jours, de nouvelles restrictions entreront en vigueur.

La hantise des autorités allemandes est en fait de rater ce qu'elles estiment avoir réussi les premiers mois. « Jusqu'à présent, pratiquement aucun pays en Europe n'a réussi à traverser cette crise aussi bien que le nôtre. Il dépend de chacun de nous de ne pas gâcher ce qui a été accompli », a affirmé le ministre de la Santé Jen Spahn, cité par Le Monde.

Les Pays-Bas au pied du mur

Avec moins de 10 000 morts depuis l'apparition du coronavirus, l'Allemagne semble en plus relativement peu touchée par la « deuxième vague » par rapport à ses voisins. Les données brutes sont plutôt rassurantes, avec environ 450 patients dans les services de réanimation - sur 8500 lits disponibles - contre un peu moins de 1500 en France. Il n'empêche, ce chiffre a doublé en l'espace d'un mois.

Ces places disponibles pourraient être bienvenues pour leurs voisins néerlandais. Cette semaine, et comme elles l'avaient déjà fait au printemps, les autorités bataves ont demandé qu'une partie de ses patients soient soignés dans des hôpitaux allemands. Alors que l'Italie et la Pologne, pays loin d'être dans une situation aussi critique que les Pays-Bas, viennent d'imposer le port du masque en extérieur, les Néerlandais n'ont toujours pas l'obligation de le porter dans les espaces publics ou en intérieur.

Membre du conseil scientifique local, Diederik Gommers ne cache pas sa colère, soulignant que le nombre de personnes hospitalisées à cause du Covid-19 a été multiplié par dix depuis la fin de l'été et qu'un tiers des lits en réanimation sont occupés par des personnes infectées par le coronavirus. « Des mesures plus strictes sont inévitables », juge-t-il dans une interview au quotidien AD, fustigeant l'attitude de ses compatriotes. Le responsable néerlandais se dit même favorable à un confinement total « aussi vite que possible ».