Covid-19 : pourquoi l’Allemagne prolonge son «confinement partiel»

Très mortelle outre-Rhin, la deuxième vague épidémique est désormais en net recul. Mais à un niveau encore insuffisant pour relâcher la pression, estime Berlin qui prône la prudence maximale face à l’émergence des variants.

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Berlin, aux bords de la Spree, ce 9 février 2021.
Berlin, aux bords de la Spree, ce 9 février 2021. AFP/Astrid Vellgut

Un mois de plus. L’Allemagne a annoncé mercredi soir maintenir au moins jusqu’au 7 mars le dispositif de « confinement partiel » tel qu’il existe depuis mi-décembre. À première vue, ce choix peut surprendre. Alors que l’épidémie ralentit et que ses voisins relâchent légèrement la bride, Berlin opte en effet pour le statu quo. Et ce malgré le vent de mécontentement et de lassitude généralisé.

Cette stratégie vise en fait à prendre une longueur d’avance sur les souches anglaises et sud-africaines, plus contagieuses. Si les infections diminuent dans le pays, « les variants du coronavirus se répandent » ce qui rend nécessaire « que les restrictions restent en place dans les prochaines semaines », se justifie le gouvernement.

Le spectre des variants et le contexte vaccinal

L’épidémiologiste Pascal Crépey comprend le chemin adopté par la chancelière. « La croissance des variants rend la situation fragile », explique cet enseignant-chercheur à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes. Le choix de maintenir des mesures très coercitives se comprend d’autant plus, ajoute-t-il, dans un contexte de vaccination de masse. « La question qu’on doit se poser collectivement, c’est si la stratégie de vivre avec ce virus est une bonne stratégie. Seulement, avec l’arrivée de la vaccination, on impose une pression sélective au virus qui va ruser pour se développer autrement. Or, avec un niveau important de circulation virale, on s’expose forcément à un risque important d’émergence de variants ».

En résumé, les autorités allemandes veulent amplifier la décrue épidémique observée depuis la fin de l’année. Surtout que cette deuxième vague s’est avérée bien plus mortelle que la première. Mais que disent les chiffres ? Mi-décembre, on recensait environ 300 nouveaux cas positifs par jour par million d’habitants en Allemagne. Aujourd’hui, ce nombre a chuté à 105. C’est environ trois fois moins qu’en France, mais attention aux conclusions hâtives : on teste aussi deux fois moins en outre-Rhin.

Infographie comparative
Infographie comparative LP/Infographie

Cette tendance générale à la baisse s’observe également en termes de mortalité. Paris et Berlin sont d’ailleurs à la croisée des chemins de ce point de vue là. En l’état, tous les deux déplorent environ 6,5 morts quotidiens par million d’habitants mais ce taux monte lentement chez l’un tandis qu’il ne cesse de chuter chez l’autre.

Infographie comparative France/Allemagne.
Infographie comparative France/Allemagne. Infographie

« À l’heure actuelle, il y aurait suffisamment d’arguments épidémiologiques pour durcir les mesures en France, note d’ailleurs Pascal Crépey. Le plateau montant sur lequel on se situe se traduit par un certain nombre d’hospitalisations et de morts. Donc par un coût humain important. Mais il revient à chaque pouvoir politique de décider si ce coût humain est plus tolérable que les conséquences négatives ».

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Nombreux sont justement les Etats à avoir profité de cette décrue épidémique pour desserrer légèrement la vis. Commerces et musées en Autriche voisine, écoles aux Pays-Bas ou restaurants en Italie ont rouvert… « L’Allemagne ne peut-elle pas aussi assouplir un peu ses restrictions ? », s’interrogeait mardi le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Merkel a cédé sur deux points face aux Länder

Comme le rappelle sur Twitter le correspondant du Monde, chacun est libre de circuler comme il le souhaite en Allemagne. Seule la Bavière a instauré un couvre-feu de 21 heures à 5 heures. Mais concrètement, les commerces, restaurants, lieux de culture et salles de sport vont rester fermés encore un mois. Seuls les coiffeurs vont pouvoir relancer leur activité une semaine plus tôt.

Angela Merkel a par ailleurs cédé ce mercredi sur deux points face aux pressions des Länder, : elle voulait au départ une prolongation jusqu’au 14 mars et pas seulement jusqu’au 7. Et souhait attendre le mois de mars pour offrir aux écoles la possibilité de rouvrir. Les régions pourront au final décider de les rouvrir plus tôt.

Amortir le plus possible avant l’été et le déconfinement ?

À en croire Christian Drosten, le virologue star qui conseille le gouvernement, il va toutefois falloir prendre son mal en patience. Baisser le plus possible cette courbe cet hiver, c’est s’éviter de grandes déconvenues cet été, lorsque le déconfinement sera devenu inévitable, assurait-il fin janvier dans les colonnes du Spiegel.

« Nous n’aurons pas 20 000 ou 30 000 nouveaux cas par jour, mais jusqu’à 100 000 dans le pire des cas. Bien sûr, ce seront surtout les jeunes qui seront moins susceptibles que les personnes âgées d’avoir des symptômes graves, mais lorsqu’un grand nombre de jeunes seront infectés, les unités de soins intensifs se rempliront de toute façon et beaucoup de gens mourront […] Nous pouvons amortir quelque peu ce terrible scénario en faisant baisser les chiffres dès maintenant », assurait-il le 22 janvier.

Le gouvernement a d’ailleurs déjà donné un seuil de contaminations à ne pas dépasser pour amorcer le déconfinement. Ce taux d’incidence est fixé à 35 infections pour 100 000 habitants sur une période de sept jours. Soit deux fois moins que la moyenne nationale en ce moment.