Covid-19 : pourquoi l’Espagne, en pleine vague épidémique, n’a pas reconfiné

Le gouvernement espagnol refuse de recourir à l’arme ultime du confinement, dont les conséquences pour l’économie risquent d’être très dures. De nombreuses provinces ont néanmoins instauré de fortes restrictions.

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 Un serveur sert une tasse de café à emporter à Saint-Jacques-de-Compostelle, dans le nord-ouest de l’Espagne, le 27 janvier 2021. -
Un serveur sert une tasse de café à emporter à Saint-Jacques-de-Compostelle, dans le nord-ouest de l’Espagne, le 27 janvier 2021. - AFP/Miguel Riopa

Si le gouvernement français n'exclut pas un nouveau confinement à tout moment, cela est hors de question en Espagne. Le pays est pourtant confronté à une forte vague épidémique commencée au début du mois de janvier. Le nombre de nouveaux cas quotidiens a grimpé jusqu'à atteindre 37 000 par jour, fin janvier. Le nombre de patients hospitalisés continue d'augmenter et il dépasse désormais 32 000, dont près de 5000 en réanimation (2000 de moins qu'au pic atteint en avril dernier ).

Pour autant, le gouvernement espagnol s'en remet à l'état d'urgence, décrété le 25 octobre dernier. Celui-ci « a fonctionné car il donne aux régions les outils pour restreindre les déplacements sur leur territoire » et « les données dont nous disposons actuellement ne rendent pas nécessaire d'aller plus loin », a estimé le ministre de la Santé Salvador Illa le 17 janvier, dans le quotidien El Pais.

Covid-19 : pourquoi l’Espagne, en pleine vague épidémique, n’a pas reconfiné

Un couvre-feu est instauré à 22 heures ou 23 heures selon les zones. Chaque province est ensuite libre de prendre des mesures supplémentaires, au risque de donner l'impression d'un grand bazar vu de l'extérieur. Dix des 17 régions du pays ont fermé les restaurants et les bars et les sept autres ont ordonné une fermeture plus tôt le soir, par exemple.

Le PIB en chute de 11 % en 2020

Si le gouvernement est aussi prudent, c'est notamment en raison des conséquences qu'un nouveau confinement risquerait d'avoir sur l'économie déjà très affaiblie de l'Espagne. Le PIB a chuté de 11 % l'an dernier, d'après les données dévoilées vendredi par l'Institut national de la statistique. C'est un peu moins que les 12,8 % anticipés en octobre dernier par le Fonds monétaire international, mais l'Espagne reste l'un des pays les plus touchés au monde. Il s'agit aussi de la plus forte récession depuis la Guerre civile. « Un nouveau confinement serait extrêmement difficile à vivre pour 'Espagne car elle fait partie des pays les plus touchés économiquement depuis le début de la pandémie il y a un an », pointe auprès du Parisien l'économiste Christine Rifflart, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

L'experte y voit plusieurs raisons, dont « l'importance du tourisme et la structure productive avec plus de la moitié des entreprises qui sont des autoentrepreneurs ». « Ces sociétés n'ont pas de trésorerie et cela les rend très fragiles », ajoute-t-elle. D'après une étude de la Confédération espagnole des petites et moyennes entreprises (CEPYME), citée par Reuters ce lundi, un nouveau confinement pourrait coûter 1,8 milliard d'euros par semaine aux sociétés du pays.

Ajoutons à cela que l'Espagne a instauré un confinement très strict et très long au printemps dernier. Les seuls déplacements autorisés étaient pour les courses de première nécessité, pour raison médicale urgente ou pour promener son chien. Il était interdit de sortir faire un peu de sport tandis que les écoles sont restées fermées jusqu'en septembre. De quoi lourdement peser sur l'économie du pays.

« Les dommages professionnels, sociaux et mentaux seraient très élevés »

Une autre crainte des autorités pourrait être l'impact psychologique sur la population… et le risque de déclencher des contestations et un ras-le-bol. Le 14 janvier, l'épidémiologiste en chef du gouvernement Fernando Simon avait déjà regretté que les Espagnols n'aient pas, selon lui, respecté les recommandations sanitaires des autorités. Comme le résume El Pais, « les dommages professionnels, sociaux et mentaux seraient très élevés » avec un nouveau confinement. En France, les autorités sont aussi confrontées à devoir jongler entre le sanitaire, l'économique, le social, et « l'acceptabilité » par la population des mesures prises.

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La légère baisse de la courbe des nouveaux cas en Espagne, depuis quelques jours, pourrait donner raison au gouvernement si elle se confirmait. À moyen terme, confinement ou non, les espoirs se portent désormais sur la vaccination des deux côtés des Pyrénées. Près de 1,3 million de personnes ont déjà reçu au moins une dose de vaccin en Espagne, et plus de 350 000 d'entre elles ont reçu les deux injections. Le nombre de personnes totalement immunisées, rapporté à la population, y est ainsi dix plus élevé qu'en France au 31 janvier.