Covid-19 : pourquoi l’épidémie recule dans le monde

En un mois, le nombre de nouveaux cas quotidiens recensés au niveau mondial a diminué de plus de 40 %. Mais ce n’est pas le cas partout, et pas toujours à la même vitesse. Décryptage.

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 Des personnes âgées patientent avant de pouvoir se faire vacciner, à Los Angeles, le 10 février 2021.
Des personnes âgées patientent avant de pouvoir se faire vacciner, à Los Angeles, le 10 février 2021.  AFP/Frederic J Brown

Accalmie ou tendance durable au niveau mondial sur le front du Covid-19? Le nombre de nouveaux cas recensés chaque jour, en moyenne sur la semaine écoulée, est en baisse constante depuis un mois. De près de 740 000 par jour début janvier, il s'élève désormais à « seulement » 420 000. Les nouveaux décès ont aussi chuté, de 20 % en deux semaines.

De quoi apporter une lueur d'espoir, après un an de pandémie qui a déjà entraîné la mort d'au moins 2,3 millions de personnes dans le monde. Mais gare à ne pas crier victoire trop vite. Les différents variants du virus se propagent à grande vitesse et il faudra encore attendre pour espérer que la vaccination produise des effets significatifs.

Une baisse portée par les Etats-Unis

Depuis le mois d'octobre, les Etats-Unis sont le pays qui « amène » le nombre de contaminations quotidiennes le plus élevé. Or, la situation s'y améliore depuis un mois. De 250 000 nouveaux cas recensés chaque jour début janvier, le compteur est désormais redescendu à près de 100 000. Il est d'ailleurs frappant de voir à quel point la courbe américaine est parallèle à celle au niveau mondial.

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La troisième vague semble donc passée aux Etats-Unis. Cela pourrait notamment s'expliquer par un meilleur respect des gestes barrière et du port du masque. « Wear a mask! », ne cesse d'ailleurs d'exhorter le nouveau président démocrate, Joe Biden, depuis son investiture le 20 janvier. Mais les niveaux actuels de contaminations « restent élevés », ont tenu à mettre en garde mercredi les Centres de contrôle et de prévention de la maladie.

Du mieux sur tous les continents

Mis à part les Etats-Unis, de nombreux pays aux quatre coins du globe affichent aussi une baisse des nouvelles contaminations. La tendance est parfois très légère et fragile, comme en France et en Allemagne, mais elle est plus marquée en Argentine, en Inde et au Japon, par exemple.

Il est bien sûr impossible d'établir une liste unique de raisons à ces tendances, mais certaines peuvent être avancées. D'une part, beaucoup de ces Etats avaient connu une vague épidémique assez rude cet hiver et pris des mesures de restrictions en conséquence. Certains, comme l'Irlande, l'Angleterre et le Portugal, sont même allés jusqu'à un confinement, entraînant rapidement une chute des contaminations.

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D'autre part, la période des fêtes de fin d'année et les brassages de population qu'elle a pu entraîner sont désormais loin derrière nous. En Europe, de nombreux pays ont aussi instauré des contrôles aux frontières. Dans les pays de l'hémisphère sud, la saison estivale qui a démarré pourrait aussi être bénéfique. Les chercheurs s'accordent à penser que le SARS-CoV-2 « aime » davantage l'hiver, notamment car le froid affaiblit le système immunitaire des habitants et que ces derniers ont alors davantage tendance à rester dans les lieux clos, propices à la transmission du virus.

Certaines régions, comme l'Inde, pourraient enfin bénéficier d'un début d'immunité collective. Dans le deuxième pays le plus peuplé du monde, le nombre réel de personnes ayant été infectées est en effet certainement bien plus élevé que les 11 millions affichés. « Avec plus de 100 millions de cas officiellement recensés dans le monde au total, on peut penser qu'un début d'immunité collective peut compliquer la vie du virus et freiner sa propagation », avance ainsi l'épidémiologiste Antoine Flahault, habitué à scruter en continu l'évolution de la situation dans le monde.

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Mais la situation dans la ville brésilienne de Manaus, dont une majorité d'habitants aurait été infectée au printemps et qui a été confrontée à une forte poussée de l'épidémie cet hiver, prouve que l'immunité n'est pas acquise.

Les fruits de la vaccination en Israël

Pays le plus avancé sur la vaccination, Israël semble déjà en bénéficier. Les principaux indicateurs, à commencer par les nouveaux cas et les hospitalisations, sont en baisse dans toutes les catégories d'âge. Mais c'est surtout chez les plus de 60 ans, vaccinés en priorité, que la tendance est la plus forte. Selon les dernières données du chercheur Eran Segal, en trois semaines, les contaminations et les hospitalisations dans cette tranche d'âge ont chuté respectivement de 56 % et de 42 %, tandis qu'elles restent à des niveaux très élevés chez les moins de 60 ans.

Au Royaume-Uni, où les piqûres ont débuté le 8 décembre mais à un rythme plus lent (et avec un délai entre les deux doses allongé), aucun effet n'apparaît encore sur les courbes. Il en est de même dans les pays européens, dont les populations sont progressivement vaccinées depuis fin décembre.

Des zones toujours dans le rouge

Certains pays affichent toujours une augmentation des nouveaux cas quotidiens. C'est le cas de plusieurs d'entre eux situés dans la région européenne des Balkans ou en Afrique centrale. Mais le système de dépistage est parfois limité dans ces pays africains moins développés, avec le risque que les nombres officiels soient moins fiables. « Il y a assez peu de pays où ça monte, et le plus souvent pas dans de fortes proportions », observe cependant Antoine Flahault.

Plus globalement, la situation reste fragile même dans les pays où la situation sanitaire s'améliore. De nombreux médecins et épidémiologistes mettent en garde contre la propagation des variants du SARS-CoV-2, considérés comme plus contagieux. S'ils deviennent majoritaires parmi les nouveaux cas, cela pourrait conduire à des reprises épidémiques dans les prochaines semaines. Le risque est d'autant plus fort en cas d'assouplissement des mesures visant à limiter les contaminations.

« A la fin du premier confinement, pas grand monde ne voulait entendre parler de seconde vague. Il ne faudrait pas baisser la garde trop vite », exhorte Antoine Flahault. Face à cette « grande incertitude », la chancelière allemande Angela Merkel a d'ailleurs annoncé mercredi soir la prolongation jusqu'au 7 mars de la plupart des contraintes imposées.