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Covid-19 : peut-on encore séduire derrière le masque ?

Le port du masque obligatoire dans l’espace public et au travail a changé la donne dans le grand jeu de la séduction, et chacun y va de sa petite solution, cosmétique ou esthétique.

 Porter un masque change les outils de séduction. Le regard, est plus que jamais l’objet de toutes les attentions.
Porter un masque change les outils de séduction. Le regard, est plus que jamais l’objet de toutes les attentions. LP/Philippe Lavieille

Adieu sourire. À l'heure du port du masque généralisé dans l'Hexagone, dans la rue pour les grandes métropoles, au travail, à l'intérieur des espaces clos, il est de plus en plus difficile de laisser le charme agir. Quid de la séduction au temps du Covid-19? Hommes et femmes sont le plus souvent méconnaissables derrière ce nouvel appendice qui couvre les visages. Difficile de donner ou de rendre un sourire derrière un masque, qui peut parfois cacher des mauvaises surprises.

« Pendant le confinement, je faisais des distributions humanitaires, et j'ai eu un bel échange avec un homme qui portait tout le temps le masque. Mais un jour, après plusieurs discussions, j'ai vu son vrai visage et malgré nos points communs, la magie est d'un coup retombée. Son regard qui dégageait quelque chose, ne correspondait pas à son visage en entier » confie Nadia, 31 ans, Francilienne. « Les yeux, ça ne fait pas tout… », conclut la jeune femme aux cheveux blonds.

Pour les hommes aussi, la donne a changé. « J'ai pu constater que quand tu as les yeux clairs, tu gagnes vachement avec le masque ! » raconte Mathieu, un Parisien ayant récemment quitté la capitale pour la campagne. « Je me fais davantage draguer depuis peu », confie, amusé, ce quadragénaire à la barbe grisonnante. La drague masquée n'a toutefois rien d'évident, selon plusieurs autres témoignages comme celui d'Eric, quadragénaire parisien qui estime que « la drague masquée est un désastre ».

« On s'est toutes rendu compte qu'on se maquillait plus les yeux »

« Avec mes collègues femmes, on en a parlé : et au-delà même de la séduction amoureuse, prenons le cadre professionnel par exemple, lorsqu'on ne voit pas ton visage comment on convainc un interlocuteur ? », s'interroge Adèle, 39 ans, cadre dans l'associatif à Paris. D'ailleurs, « on s'est toutes rendu compte qu'on se maquillait plus les yeux. Moi, je souligne mes yeux au crayon, ce que je ne faisais pas avant », explique la jeune femme au regard intense. Et son rouge à lèvres reste dans le tiroir. « Ça sert à quoi ? Juste pour draguer à la terrasse d'un café ? Même mes enfants m'ont dit, ça sert à quoi ton rouge à lèvres ? » en rigole cette mère de famille célibataire.

Certains y trouvent toutefois leur compte. « Je suis trop contente qu'on ne voit pas ma tête. Les mecs sont moins relous dans la rue. Et cet anonymat masque + lunettes de soleil, quel plaisir ! » confie Émilie, qui ne cache pas le bénéfice qu'elle tire de cette réalité. « Je me sens moins scrutée… et ça cache les boutons », rigole-t-elle.

Lien de cause à effet : première touchée par ce nouvel état de fait, l'industrie de la cosmétique. Les ventes de certains accessoires de maquillage se sont écroulées. Sur un an, selon le cabinet NPD, ce sont les rouges à lèvres qui souffrent le plus (- 53 %, devant le maquillage (- 38 %), les crèmes (- 35 %), et le parfum (- 22 %). À noter, assez logiquement, que depuis avril, le mascara s'est envolé (+ 150 %), tout comme les fards à paupières (+ 116 %).

Rien de gras sous le masque

Car le masque et le maquillage ne font pas vraiment bon ménage. « Niveau make-up, c'est une catastrophe surtout quand tu as un dîner après une longue journée à porter le masque. Et vive les boutons et les irritations qui apparaissent », s'insurge Cyndie, trentenaire vivant dans la région marseillaise. Exit donc le rouge à lèvres et le fond de teint sous le masque. « Avec ma peau mixte, mon esthéticienne m'a conseillé de ne rien mettre au niveau du masque sur le visage. Un sérum et c'est tout, rien de gras », confie cette jeune hyperactive qui se maquille toujours les yeux, en revanche. Autre astuce de Cyndie, « le choix d'un joli masque selon les situations, c'est vraiment important », s'amuse la jeune femme.

Cyndie ne met plus de maquillage sous son masque mais joue de son regard. LP/R.T.
Cyndie ne met plus de maquillage sous son masque mais joue de son regard. LP/R.T.  

Pleins feux sur les yeux

Du côté des professionnels, on a senti aussi l'extension du domaine de la séduction au regard. « Dans mes cours d'auto-maquillage, j'ai beaucoup plus de demande autour des yeux et des sourcils », confirme Marina Donatella, coach en image et maquilleuse professionnelle. Elle le constate au quotidien : « Les coupes de cheveux changent aussi afin de dégager au maximum le visage, les porteuses de lunettes portent de plus en plus de lentilles car sinon, le visage est vraiment caché. Concernant les yeux, on opte pour des textures waterproof à cause de la transpiration, et on intensifie le charbonneux des yeux, même si la tendance actuelle est le « no makeup » (c'est-à-dire un maquillage quasi invisible).

Le problème avec le masque, c'est qu'« il ne te reste plus rien, à part les oreilles et les yeux », rigole Marie Courroy, créatrice de la marque tendance Mode Trotter, qui a décidé de se remettre… au rouge à lèvres. « Il n'y a pas de raison, j'en remets pour aller faire mes courses au supermarché. Je choisis du rouge à lèvres sans transfert pour ne pas en avoir partout sur les joues. Sinon, c'est un double abattement cette situation, et pourtant je ne suis pas vraiment une séductrice », révèle l'entrepreneuse qui reconnaît aussi avoir réinvesti dans le vernis à ongles.

Chacun son petit truc, donc. « Il faut juste apprendre à sourire des yeux ! » livre Anne, professeure de musique, en banlieue parisienne. « Un vrai sourire se voit toujours dans les yeux. Ils se plissent ! Sinon c'est un sourire… de politicien. »