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Covid-19 : «Organiser des fêtes clandestines est scandaleux et irresponsable !»

A l’heure où le nombre de malades continue d’augmenter, Gilles Pialoux, chef du service infectiologie de l’hôpital Tenon à Paris, juge sévèrement les soirées qui se tiennent illégalement.

 « Ces soirées, même si elles sont peut-être rares, sont de potentiels clusters à elles seules », alerte le docteur Gilles Pialoux.
« Ces soirées, même si elles sont peut-être rares, sont de potentiels clusters à elles seules », alerte le docteur Gilles Pialoux. LP/Olivier Corsan

Le docteur Gilles Pialoux dirige le service de maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon à Paris. Il se dit révolté d'apprendre l'existence de fêtes sauvages, comme le montre notre reportage à Paris.

Que pensez-vous des soirées clandestines organisées pour contourner les interdictions ?

GILLES PIALOUX. Je suis estomaqué. C'est scandaleux d'organiser de tels événements et choquant dans une période incertaine sur le plan sanitaire où l'on a besoin de l'adhésion de tous.

Quels sont les risques ?

A 80 dans 60 m2, il est évidemment impossible de respecter le moindre geste barrière. D'autant que, selon les observations faites par votre journal, personne n'y porte le masque. C'est de l'inconscience. Ces soirées, même si elles sont peut-être rares, sont de potentiels clusters à elles seules. Les personnes qui s'y retrouvent ont, me dîtes-vous, entre 20 et 30 ans, la tranche d'âge dans laquelle le virus circule actuellement de la façon la plus rapide et la plus forte. Dans certaines régions, nous en sommes à un taux d'incidence de 400 cas positifs pour 100 000 habitants dans cette tranche d'âge !

Quels risques font-ils courir aux autres ?

C'est l'autre gros problème : les participants sont évidemment intraçables puisque ces fêtes sont organisées en catimini. S'ils sont contaminés pendant la soirée, ils peuvent ensuite être responsables de la transmission en chaîne du virus à des centaines de personnes. C'est le principe du cluster mais, dans ces cas-là, impossible d'isoler, tracer et dépister.

Il semble compliqué de contrôler de telles soirées…

En France, il est difficile de prendre des mesures pour légiférer dans la sphère privée. C'est regrettable et il faut absolument trouver une solution. On réussit bien à le faire dans d'autres pays. Montréal, au Canada, vient par exemple d'interdire jusqu'au 28 octobre l'accueil de tout visiteur non indispensable dans une maison particulière ou un chalet. Seules quelques exceptions sont autorisées comme les proches aidants ou un seul visiteur, toujours le même, pour les personnes seules. Personne, au Québec, n'a pourtant, à ma connaissance, hurlé à l'atteinte à la vie privée.