Covid-19 : les traitements aux anticorps monoclonaux, nouvel espoir ?

Ces traitements contre le Covid-19 utilisent des anticorps qui imitent le système immunitaire en allant bloquer les protéines de pointe du coronavirus, celles qui lui permettent de s’accrocher et de pénétrer dans les cellules saines.

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 Une technicienne effectue un prélèvement en laboratoire dans le cadre de recherches sur l’épidémie de Covid-19 à l’hôpital de la Croix Rousse, à Lyon.
Une technicienne effectue un prélèvement en laboratoire dans le cadre de recherches sur l’épidémie de Covid-19 à l’hôpital de la Croix Rousse, à Lyon.  LP/Jean-Baptiste Quentin

Alors que les couacs s'accumulent du côté des vaccinations, les résultats encourageants des traitements à base d'anticorps font grandir l'espoir d'avoir une nouvelle méthode pour lutter contre l'épidémie de Covid-19.

Ce dimanche, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a d'ailleurs affirmé que ces traitements étaient à l'étude en France. Mais comment fonctionnent-ils ? Quels sont leurs résultats ? On détaille tout ce que l'on sait à leur sujet.

En quoi consistent ces traitements ?

Ces traitements sont composés d'anticorps, dénommés les « anticorps monoclonaux neutralisants ». Ce sont « des anticorps de synthèse spécifiques de la protéine Spike, protéine virale impliquée dans l'infectivité par le SARS-CoV-2. Ils bloquent l'entrée du virus dans les cellules », résume le professeur Renato Monteiro, président de la Société Française d'Immunologie et chef de service d'immunologie à l'hôpital Bichat. Ces traitements permettent donc d'éviter de développer des formes graves du Covid-19 après une infection au nouveau coronavirus.

Covid-19 : les traitements aux anticorps monoclonaux, nouvel espoir  ?

Ces traitements sont administrés par voie intraveineuse, « avec une perfusion pendant une heure en ambulatoire », explique le médecin, qui se fonde sur les essais déjà publiés sur le sujet. « Ce traitement a été très bien toléré. Les deux sociétés (Regeneron et Eli Lilly) travaillent maintenant sur des anticorps à administrer par voie sous-cutanée ou intramusculaire », ajoute-t-il.

Ces traitements sont-ils efficaces ?

Oui, dans des cas bien précis, comme chez les patients plus âgés, détaille le Pr Monteiro. « Ils se sont montrés efficaces lorsque les patients n'avaient pas des anticorps anti-SARS-Cov-2 circulants (les sujets infectés mais asymptomatiques possèdent des anticorps efficaces). Étant donné que les sujets âgés sont exposés au vieillissement du système immunitaire, leur réponse anticorps contre le virus pourrait être affaiblie. En ce cas, les anticorps monoclonaux neutralisants ont plus de chance d'être efficaces chez ces sujets âgés », explique le spécialiste.

En revanche, pour que ce traitement soit efficace, il faut réagir vite après la détection de l'infection. « Le traitement doit être administré dans les trois jours après le test PCR positif (dans la phase initiale où le patient porte une forte présence du virus dans le sang) et avant l'apparition des symptômes respiratoires (phase inflammatoire) », précise Renato Monteiro.

Le groupe pharmaceutique américain Eli Lilly, qui a développé un traitement de ce type (associant les anticorps nommés « bamlanivimab » et « etesevimab »), a annoncé le 26 janvier que son traitement permettait de réduire de 70 % les hospitalisations et les décès chez des patients à haut risque récemment testés positifs au Covid-19. Son essai de phase 3 concernait 1 035 patients.

Dans le même temps, l'entreprise de biotechnologie Regeneron a de son côté annoncé des résultats intérimaires positifs pour son essai de phase 3 sur le REGEN-COV, une combinaison de deux anticorps, pour une utilisation préventive, c'est-à-dire avant même qu'il y ait infection par le virus. Les données analysées portent sur environ 400 patients.

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« Ces données sur l'utilisation du REGEN-COV comme vaccin passif suggèrent qu'il pourrait à la fois réduire la transmission du virus et réduire la charge virale et le fardeau de la maladie chez ceux qui sont quand même infectés », a expliqué George Yancopoulos, le président de Regeneron. La société a récemment annoncé que son traitement restait aussi efficace contre les variants britannique et sud-africain, même si sa puissance était « réduite » contre le second.

Sont-ils déjà utilisés ailleurs ?

En novembre, les autorités sanitaires américaines ont autorisé en urgence le traitement conçu par la société de biotechnologie Regeneron. C'est ce traitement qui a été administré à Donald Trump lorsqu'il a été contaminé au nouveau coronavirus.

Fin janvier, l'Allemagne a été le premier payé de l'Union européenne à tester ce traitement, en annonçant l'achat de 200 000 doses, sans préciser de quel laboratoire ils sont issus. Ils seront utilisés dans les hôpitaux universitaires à partir de cette semaine.

Quels effets secondaires ?

Pour l'instant, les essais publiés sur le sujet ne relaient « pas d'effets graves », relève le Pr. Monteiro. Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA), l'autorité qui autorise la mise sur le marché de médicaments, souligne un risque de chocs anaphylactiques, ainsi que des réactions classiques après des injections, comme de la fièvre, des tremblements, des maux de tête ou encore des nausées.

Ces traitements sont-ils faciles à produire et à administrer ?

Sur le plan de la production et de l'acheminement, ces traitements ne semblent pas poser de problème. « L'avantage d'un anticorps monoclonal est qu'il est produit par un seul clone cellulaire, secrétant toujours le même anticorps à l'identique, et de façon illimitée, facilitant la production industrielle. Ils peuvent être stockés de 2 à 8°C, ce qui facilite l'acheminement », explique Renato Monteiro.

Mais aux Etats-Unis, ces traitements ont été difficiles à administrer, faute de personnel et de capacités logistiques des hôpitaux pour les administrer. « Lilly a eu des retours de la part d'infirmiers et de médecins […] concernant la complexité et le temps nécessaire pour la préparation et l'administration » du traitement, a affirmé le laboratoire Lilly, précisant travailler avec les autorités sanitaires américaines pour potentiellement réduire le temps d'administration par intraveineuse de 60 à 16 minutes.

Autre difficulté : le coût des doses. L'Allemagne, qui a commandé 200 000 doses de traitements de ce type en janvier, a dû régler une facture de 400 millions d'euros. Soit 2 000 euros par dose. « Le prix de la dose est élevé, auquel doit se rajouter le coût de la prise en charge », indique le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, qui suit les recherches en cours à ce sujet. « Cette approche représente pour les structures de santé un challenge non négligeable en coût et en mobilisation de ressources, si la stratégie de traitement précoce par des anticorps monoclonaux devait être mise à disposition de larges portions de population. Le ratio risque/bénéfice doit être encore réaffirmé. »

Vont-ils être utilisés en France ?

Pour l'instant, le gouvernement assure que c'est une piste de travail. « Il y a eu une réunion autour du président de la République sur ce sujet-là et je peux vous confirmer que l'on va développer des protocoles cliniques pour travailler cette piste-là », a déclaré Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, dimanche, sur BFM TV.

« A chaque fois qu'il y a des traitements qui semblent prometteurs, on investit pour regarder si effectivement ces traitements sont confirmés. Les anticorps monoclonaux en font partie », a-t-il assuré.

Les traitements Lilly et Regeneron ne sont pas les seuls en cours de développement. Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, deux candidats portés par d'autres firmes étrangères pourraient être inclus au sein du programme européen de recherche Discovery. Ce programme, coordonné par l'Inserm, va « pouvoir être mobilisé pour tester en France et en Europe des hypothèses d'utilisation de certains anticorps monoclonaux ».

Un autre industriel, lui, « se propose de mobiliser la recherche clinique française pour participer aux essais de validation de son candidat, dans un essai dont il serait le promoteur directement », ajoute le ministère, sans préciser le nom du groupe mentionné. En France, depuis le mois d'avril, l'Institut Pasteur travaille lui aussi à des recherches sur un traitement à base d'anticorps, mais elles sont encore au stade préclinique.