Covid-19 : les personnes contaminées doivent-elles se faire vacciner ?

Deux études laissent penser qu’une seule dose de vaccin pourrait être suffisamment efficace pour les personnes infectées par le passé. La Haute autorité de santé travaille sur un nouvel avis sur ce sujet.

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 Une personne se fait vacciner dans un centre situé dans le XIe arrondissement de Paris.
Une personne se fait vacciner dans un centre situé dans le XIe arrondissement de Paris. LP/Arnaud Dumontier

Faut-il préconiser une seule injection pour les personnes ayant déjà été contaminées par le SARS-CoV-2 et disposant donc a priori d'anticorps? À l'heure où la France manque de doses de vaccin, la question est revenue sur le devant de la scène ces derniers jours à la faveur de la publication de deux études américaines, suggérant qu'une seule dose pourrait suffire. Cela permettrait aussi de ne pas trop puiser dans les stocks à flux tendu.

Fin décembre, la Haute autorité de santé avait déjà été saisie de la question de savoir si les personnes infectées par le passé devaient se faire vacciner. Cela concerne potentiellement les plus de 3 millions de citoyens testés positifs depuis un an. « À ce stade », l'agence avait estimé qu'il n'y avait « pas lieu de vacciner systématiquement les personnes ayant déjà développé une forme symptomatique de Covid-19 ». Néanmoins, ces anciens malades doivent pouvoir être vaccinés s'ils le souhaitent à l'issue d'une décision partagée avec leur médecin, indiquait-elle. Les piqûres doivent alors intervenir au moins trois mois après l'apparition des symptômes mais il n'était pas indiqué qu'une seule injection suffirait, signifiant qu'il en faudrait deux.

Deux études américaines prometteuses

La HAS nous indique qu'elle s'apprête à rendre un nouvel avis sur le sujet « dans les jours qui viennent », sans rien dévoiler de sa teneur. Plusieurs interlocuteurs s'attendent à ce que la recommandation porte sur une seule injection au lieu de deux (pour les personnes qui souhaitent être vaccinées), au moins trois ou six mois après l'infection. « Au vu des données de la littérature scientifique, l'avis devrait aller dans ce sens », juge l'immunologue Stéphane Paul, membre du comité Vaccin Covid. « Je pense probable qu'une seule injection sera recommandée, pas pour une question de disponibilité des vaccins mais simplement pour une question de stratégie », renchérit un autre acteur du dossier, qui s'est penché sur les deux études américaines.

Celles-ci, qui n'en sont qu'au stade de la prépublication, semblent en effet prometteuses. L'une d'elles a montré que les personnes contaminées par le passé avaient généré au moins autant d'anticorps au bout d'une seule injection de vaccin à ARNm (Pfizer/BioNTech ou Moderna) que les autres avec deux doses. « Je pense qu'une seule vaccination devrait suffire », en a conclu auprès du New York Times son auteur principal, Florian Krammer, virologue à l'école de médecine Icahn du mont Sinaï, à New York.

Ces deux travaux portent cependant sur de très petits échantillons, respectivement 109 et 59 personnes. « C'est évident que ce serait mieux d'avoir des études menées sur plus de monde mais l'urgence est là, il faut donc émettre une recommandation en l'état actuel des connaissances qui semblent montrer qu'une seule dose suffirait à atteindre un taux d'anticorps important », juge Stéphane Paul. « Ces deux études récentes montrent qu'il serait tout à fait pertinent de ne recommander qu'une seule dose », complète Jean-Daniel Lelièvre, chef du service immunologie et maladies infectieuses à l'hôpital Henri-Mondor (Créteil).

L'inconnu de la durée d'immunité

Par ailleurs, l'une des deux études américaines suggère que les personnes déjà infectées auraient davantage d'effets secondaires tels que de la fatigue, des maux de tête, des frissons, de la fièvre et des douleurs musculaires après la première injection. Cela risquerait d'être pareil - voire pire - en cas de deuxième dose. « J'ai un petit peu discuté avec des collègues infectiologues qui m'ont conseillé de faire une première dose », a confié mardi sur France Info Remi Salomon, président de la commission médicale d'établissement de l'AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) et contaminé en mars dernier.

Certaines questions restent néanmoins en suspens. Quid de la durée d'immunité avec une seule dose de vaccin, par exemple ? « Pour une personne qui reçoit deux doses, on commence à cumuler des données sur huit ou neuf mois montrant une bonne protection. Mais quelqu'un qui a eu le Covid six mois plus tôt et à qui on injecte une seule dose, on n'a pas encore d'idée très précise de la durée de l'immunité », reconnaît Stéphane Paul, qui n'exclut pas que les recommandations puissent évoluer au fil des prochains mois.

L'entourage d'Olivier Véran prudent

Il faudra aussi établir si une même règle peut s'appliquer pour tous les types de vaccin et à tout le monde. Une personne testée positive mais asymptomatique au tout début de la pandémie, il y a un an, n'a pas forcément aujourd'hui le même taux d'anticorps qu'une autre personne gravement atteinte il y a seulement trois ou six mois. « C'est beaucoup plus simple de fixer un cadre général, même si c'est vrai que la question peut se poser pour les personnes immunodéprimées, par exemple », indique notre acteur au cœur du dossier.

Eleanor Riley, professeur d'immunologie et de maladies infectieuses à l'Université d'Édimbourg, juge par ailleurs « complexe sur le plan logistique » de miser sur cette stratégie dans le cadre d'une « vaccination de masse ». « Il peut être plus sûr, dans l'ensemble, de s'assurer que tout le monde reçoit deux doses », a-t-elle estimé auprès du British Medical Journal.

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De son côté, l'entourage d'Olivier Véran estime auprès du Parisien ne « pas avoir le recul nécessaire » pour modifier la stratégie en vigueur à ce stade. Charge aux « autorités sanitaires d'engranger des informations puis d'émettre des recommandations ». Ce qui n'est donc, a priori, plus qu'une question de jours.