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Covid-19 : les facs confrontées au risque… de décrochage

La limitation de la fréquentation des sites en zone d’alerte renforcée ou maximale risque de fragiliser les élèves de première année.

 Face à l’épidémie de Covid-19, certaines universités et grandes écoles annulent des cours en présentiel et organisent les cours à distance.
Face à l’épidémie de Covid-19, certaines universités et grandes écoles annulent des cours en présentiel et organisent les cours à distance. LP/Delphine Goldsztejn

A peine commencée, l'année universitaire va s'écrire en pointillé. Dans toutes les zones d'alerte renforcée et maximale, la fréquentation des sites universitaires va être limitée, à compter d'aujourd'hui, à 50% des capacités d'accueil, dans les amphis, les salles de TD, les bibliothèques ou encore les restos universitaires. En Ile-de-France, cette limitation a cours à Paris et dans sa petite couronne (Val-de-Marne, Hauts-de-Seine et Seine-Saint-Denis). Dans les autres départements de la région, « les universités et grandes écoles ont décidé de se mettre au diapason de ces mesures », indiquait-on ce lundi au rectorat.

D'ores et déjà, ces deux dernières semaines, de très nombreuses formations avaient amorcé le passage aux cours à distance, le plus souvent en alternance avec des emplois du temps « en présentiel ». « La règle ne commande pas de diviser les promotions par deux, mais de limiter à 50% les capacités d'accueil : cela donne de la latitude pour moduler l'accueil, notamment des publics qui en ont le plus besoin », note Olivier Laboux, vice-président de la Conférence des présidents d'université.

« On risque d'avoir un sujet pour les cours de travaux dirigés, ne serait-ce que parce que toutes nos salles ne sont pas équipées en caméras ou en réseau, comme le sont les amphis, remarque de son côté François-Guy Trébulle, directeur de l'Ecole de droit de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. On est cependant moins pris au dépourvu qu'en mars, et les élèves aussi. »

Reste que les six mois d'interruption de cours en présentiel qu'ont vécu les lycéens entre mars et septembre risquent d'avoir nettement fragilisé une partie d'entre eux. Jusqu'à rendre infranchissable la marche de l'enseignement supérieur, qui requiert une bonne dose de maturité et de capacité de travail en autonomie ? « Je n'arrive pas à retrouver le rythme que j'avais au lycée avant la crise, le confinement a été une grosse rupture », admet, lucide, Bozhidar, 18 ans, en première année de médecine.

Max, lui aussi en études de santé, ne s'attendait pas à tant de solitude en débarquant des Alpes-de-Haute-Provence pour suivre ses études à Paris en septembre. Alors que l'intégralité de ses cours se passe en ligne, le voilà qui cherchait ces derniers jours à la bibliothèque l'atmosphère adéquate pour « se motiver » à bûcher les maths et la physique. Las, l'accès sera désormais filtré en fonction des numéros de carte des étudiants : les pairs un jour, les impairs le lendemain. Encore une soupape de socialisation qui saute.

Selon un sondage Ipsos réalisé pour la fédération étudiante Fage, 84% des étudiants estimaient au début de l'été avoir décroché de leurs études pendant la fermeture des sites d'enseignement. « C'est la raison pour laquelle il est très important de maintenir un lien physique, même à mi-temps », prévient Paul Mayaux, le porte-parole de la Fage.