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Covid-19 : le virus peut-il être différent à Marseille et à Paris ?

La deuxième adjointe à la mairie de Marseille, Samia Ghali, et le professeur Didier Raoult ont tour à tour supposé l’existence de « variants » plus ou moins virulents en France. Les spécialistes sont circonspects.

 Rien ne montre, pour l’heure, qu’une forme différente du virus circulerait à Marseille.
Rien ne montre, pour l’heure, qu’une forme différente du virus circulerait à Marseille. AFP/Nicolas Tucat

Ici, un silence embarrassé. Là, une remarque acerbe. Souvent, un agacement marqué. C'est peu dire que l'iconoclaste Didier Raoult a su, une fois encore, susciter des réactions contrastées au sein de la communauté scientifique, après de nouvelles analyses sur la crise du coronavirus.

Le directeur de l'Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection a assuré ce mardi sur CNews avoir observé « un nouveau variant » du Covid-19, « plus dangereux » que « le virus qui circulait en juillet et en août ».

Dans la cité phocéenne, dont il est devenu la grande figure scientifique, la deuxième adjointe à la mairie, Samia Ghali, avait déjà elle-même donné du crédit à l'idée que circuleraient des formes de virus plus ou moins virulentes. « On n'a pas le même Covid à Marseille qu'à Paris, Lyon ou Toulouse », avait-elle affirmé sur LCI.

Ces différentes déclarations mettent en lumière un phénomène attesté : la mutation du Covid-19, dont différents « variants » se sont développés depuis le début de la pandémie. Mais les virologues restent extrêmement prudents, pour ne pas dire sceptiques, quand il s'agit de se prononcer sur d'éventuelles différences de dangerosité entre ces formes du même virus.

Pour situer le débat, il faut se pencher sur la façon dont est structuré le Covid-19. Son génome, c'est-à-dire son matériel génétique, comprend près de 30 000 « paires de base » : il est codé en 30 000 caractères. A chaque fois que le virus se reproduit, ces milliers de caractères sont dupliqués. Mais des erreurs surviennent parfois.

« Sélection naturelle »

Un caractère peut être remplacé par un autre, un autre retiré, ou inséré. C'est ce qu'on appelle une mutation. « En règle générale, les variants émergent quand ils se propagent plus efficacement dans la population que la souche d'origine, relève le virologue Yves Gaudin, de l'Institut de biologie intégrative de la cellule (I2BC) de Paris-Saclay. Soit parce qu'ils sont plus contagieux, soit parce qu'ils échappent un peu mieux à l'immunité naturelle qui se crée au fil du temps parmi la population. C'est une forme de sélection naturelle. »

Le Covid-19, lui, se propage déjà très vite et ne fait face à aucune immunité collective. Ses différents « variants » présentent donc « des petites mutations, des différences mineures », poursuit le virologue. « On reste face à la même maladie : on retrouve les mêmes malades à l'hôpital avec les mêmes symptômes qu'en mars », tranche-t-il.

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« Aujourd'hui, on estime que sept formes majoritaires de virus sont en train de circuler dans le monde, dont l'une représente à elle seule près de 90 % des souches, contextualise Jean-Daniel Lelièvre, chef du service infectiologie de l'hôpital Mondor, à Créteil (Val-de-Marne). Est-ce que ces mutations interfèrent sur la pathogénicité, c'est-à-dire la capacité infectieuse du virus ? Pour l'heure, on n'a pas grand-chose pour l'affirmer. »

Pour Vincent Maréchal, professeur de virologie à la Sorbonne, l'erreur commune consisterait à penser que la mutation d'un virus entraînerait forcément une différence de son comportement. « Si vous avez un texte de 30 000 caractères qui a un sens et que vous changez quelques caractères, l'erreur n'a pas forcément d'impact », illustre-t-il.

Les malades sévères n'ont pas changé

Surtout, il est rare de voir se développer un variant plus virulent que la souche d'origine. « L'intérêt du virus n'est pas d'être plus pathogène, analyse-t-il. Un virus relativement bénin passe de façon silencieuse d'un hôte à un autre. À l'inverse, s'il devient plus virulent, les gens vont rester chez eux, développer des symptômes, voire vont décéder, empêchant la reproduction du virus. »

Quoi qu'il en soit, le lien entre mutation et virulence « doit être discuté à l'épreuve de données », tranche le virologue. Il faudrait, par exemple, que le profil des personnes hospitalisées, ou placées en réanimation, change sensiblement. Or, depuis le début de l'épidémie, les malades les plus sévèrement atteints ne semblent pas avoir foncièrement évolué : il s'agit, majoritairement, de patients âgés ou vulnérables.

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« Cet été, on a pu voir grâce à la politique de tests massive que le virus circulait beaucoup dans la tranche des 15-44 ans, rembobine Vincent Maréchal. Cela ne causait, logiquement, que peu de formes graves. Là, il se répand dans les autres catégories d'âge : la maladie apparaît donc plus clairement. » Ce qui ne signifie pas, sauf preuve contraire, que le virus est devenu plus virulent.