Covid-19 : le variant sud-africain résiste-t-il au vaccin ?

La communauté scientifique est en alerte. La mutation du Covid-19 découverte en Afrique du Sud serait «davantage transmissible» que les autres clones et plus difficile à éliminer.

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 Les vaccins actuels pourraient donc être moins efficaces contre le variant sud-africain du Covid-19.
Les vaccins actuels pourraient donc être moins efficaces contre le variant sud-africain du Covid-19. LP/Arnaud Journois

Il a déboulé en avion depuis le Mozambique, juste avant le réveillon. Moins d'un mois après, le variant sud-africain du Covid-19 poursuit son inquiétante progression dans l'Hexagone. De potentiels clusters ont déjà été détectés dans les Pays de la Loire, en Occitanie et en Ile-de-France, notamment dans le Val-de-Marne, où des dépistages massifs et spécifiques sont en cours pour casser la chaîne de transmission après qu'un cas contact a été détecté dans un établissement scolaire et à l'hôpital.

«Le risque de réinfection est important»

A Mayotte, où des porteurs ont été repérés, les liaisons maritimes et aériennes internationales ont été fermées pour quinze jours. Quatre cas ont aussi été diagnostiqués mercredi 20 janvier sur l'île de La Réunion. Sa propagation donne des sueurs froides à la planète entière.

Une étude de chercheurs sud-africains mise en ligne mercredi 20 janvier conclut que ce mutant est « largement résistant » aux anticorps que l'on produit après une contamination par la souche dominante actuelle. Le « risque de réinfection par ce variant est important », estiment ses auteurs.

Par ricochet, les vaccins actuels pourraient donc être moins efficaces, alors qu' ils semblent plutôt bien réagir face à son cousin britannique. Déjà présent dans 23 pays, ce clone austral est 1,5 plus contagieux que la souche originelle. Il est aussi plus discret : sans séquençage, il est indétectable avec les tests PCR classiques, laissant craindre à terme plus de malades, plus d'hospitalisations et donc plus de décès.

En France, alors que la campagne de vaccination n'en est qu'à ses débuts, on redoute qu'il compromette la stratégie de sortie de crise. « Ce variant est à surveiller comme le lait sur le feu, il pourrait devenir majoritaire », alerte Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille. Dans le pire des cas, « il faudra effectivement vite réadapter le vaccin », prévient-il.

« Les sérums actuels marchent-ils ou pas sur ce variant ? Difficile à dire, tempère le virologue et membre du conseil scientifique Bruno Lina. Ce n'est pas une question à laquelle on peut répondre vite car son analyse biologique est difficile à faire. Le scénario noir n'est pas à exclure mais il n'est pas le plus probable. »

Une course contre-la-montre

Un argument que l'épidémiologiste Dominique Costagliola développe : « Les auteurs de l'étude sud-africaine ont regardé l'impact sur les anticorps acquis après infection, ou certains anticorps monoclonaux (NDLR : artificiels, réalisés en laboratoire) mais ils n'ont pas étudié spécifiquement les anticorps acquis sous vaccin. »

Comme elle, Jean-Daniel Lelièvre, chef de service au CHU Henri-Mondor, à Créteil (Val-de-Marne), relativise : « On sera vraiment inquiet s'il y a une augmentation des échecs vaccinaux. » Et d'insister : « La multiplication de variants rappelle que la vaccination doit être une course contre la montre. Pour l'instant, nous n'avons pas assez de doses pour empêcher le virus de circuler, et donc de muter. »

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Une autre question taraude la communauté scientifique : comment est né le 501Y.V2? L'équipe qui l'a découvert fait l'hypothèse qu'il a émergé début août chez un malade du sida. Avec 7,7 millions de séropositifs, dont 25 % ne bénéficient pas de traitements antiviraux, l'Afrique du Sud est l'un des pays les plus touchés au monde.

« Au lieu d'être éliminé en 15 jours, le virus peut rester trois à cinq mois dans l'organisme d'une personne dont le système immunitaire est déficient, ce qui va favoriser l'apparition de nouvelles souches », explique Bruno Lina. Mais, prudent, il ajoute : « On a l'impression que le variant britannique s'est aussi développé de cette manière. Mais ce ne sont que des hypothèses. Cela ne se vérifie pas pour le variant brésilien, qui ressemble pourtant beaucoup au sud-africain. »