Covid-19 : le réchauffement climatique, une cause prise au sérieux

Une étude menée par des chercheurs de l’université de Cambridge établit un lien solide entre les déplacements « climatiques » des populations de chauves-souris en Asie et la transmission à l’homme du coronavirus à l’origine du Covid-19.

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 Le réchauffement climatique a notamment pour effet d’étendre les espaces de vie des chauves-souris, porteuses en moyenne de 2,7 coronavirus par individu.
Le réchauffement climatique a notamment pour effet d’étendre les espaces de vie des chauves-souris, porteuses en moyenne de 2,7 coronavirus par individu. LP/Olivier Boitet

La chauve-souris blâmée, le pangolin stigmatisé … Mais l'homme, dans tout ça? D'après une étude menée par des chercheurs de l'université de Cambridge (Royaume-Uni), publiée dans la revue « Science of the Total Environment », le réchauffement climatique occasionné par l'espèce humaine pourrait avoir joué un rôle dans la transmission, jusqu'à elle-même, du coronavirus responsable du Covid-19. Une théorie de l'arroseur arrosé, sur fond de pandémie.

L'étude s'intéresse à la chauve-souris, remarquable vecteur de coronavirus (CoVs) puisque chacune d'elle, rappellent les auteurs de l'article, est porteuse d'en moyenne 2,7 coronavirus. En se basant sur des données de température et de pluviométrie, elle met plus précisément en lumière les nouvelles régions dans lesquelles cet animal a élu domicile, qu'il ne fréquentait pas par le passé.

Le constat est sans appel : sur les 100 dernières années, 40 espèces de chauve-souris ont vu s'étendre les conditions favorables à leur présence dans une zone bien précise d'Asie. L'étude délimite ce « point chaud mondial de l'augmentation de la variété des chauves-souris due au changement climatique » à une région à cheval sur la province chinoise du Yunnan, la Birmanie et le Laos.

Une étude trop peu précise ?

« Cette région coïncide avec l'origine spatiale probable des ancêtres du SRAS-CoV-1 (NDLR, le SRAS, maladie respiratoire ayant sévi au début des années 2000) et du SRAS-CoV-2 (NDLR, le Covid-19) transmis par les chauves-souris.

Problème : pour ses contradicteurs, l'étude est trop peu précise. « (Les chercheurs) montrent que le changement climatique a pu avoir un impact sur les espèces au Yunnan, mais c'est à plus de 2 000 km de Wuhan (NDLR, le berceau présumé de l'épidémie ) », fait remarquer à l'AFP Paul Valdes, professeur de géographie de l'environnement à l'université de Bristol.

La chaîne de transmission exacte du « SARS-CoV-2 » reste pour autant encore à déterminer. En réalité, peu de nouvelles hypothèses ont émergé en près d'un an de pandémie, pour expliquer l'émergence du coronavirus qui a changé la vie de l'essentiel de la population mondiale.

Une chose est sûre : le changement climatique et les destructions d'écosystèmes mettent en contact plus fréquent humains et animaux. « Ce sont les deux faces d'une même pièce, nous pénétrons plus profondément leur habitat et dans le même temps, le changement climatique peut pousser les pathogènes vers nous », a commenté Robert M. Beyer, le principal auteur de l'étude.

Des facteurs « multiples et complexes »

Plusieurs scientifiques qui n'ont pas participé à l'étude préfèrent quant à eux souligner les nombreux ressorts de l'apparition de la pandémie, comme autant de causes possibles. « Les facteurs d'émergence du coronavirus chez l'homme sont multiples et complexes », tempère Eric d'Ortenzio, épidémiologiste à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

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En d'autres termes, les origines du Covid-19 semblent liées à une multiplicité de facteurs humains, et le réchauffement climatique n'y joue qu'une petite partition. « D'autres facteurs tels que le rapprochement des humains avec certaines espèces animales, l'accroissement de la population humaine, la dégradation des habitats via l'agriculture, sont probablement aussi importants », illustre Eric d'Ortenzio.

« Nous sommes loin de dire que la pandémie ne serait pas survenue sans le réchauffement climatique, répond par l'intermédiaire de l'AFP Robert M. Beyer à ses contradicteurs. Mais il me semble difficile de dire que cette augmentation du nombre de chauve-souris et des coronavirus qu'elles portent le rende moins probable. »

Reste que la fonte de glaces en certaines régions du globe pourrait, à son tour, jouer un rôle dans la libération de nouveaux virus. Chauves-souris ou pas, le réchauffement climatique pourrait induire de bien des manières sur l'évolution des écosystèmes et sur l'émergence de nouvelles pathologies. En Russie, le dégel à vitesse grand V du permafrost sibérien est particulièrement scruté.