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Couvre-feu : ce qu’en disait le conseil scientifique dès le 22 septembre

Le conseil scientifique évoquait dès le 22 septembre la piste du couvre-feu. Efficace, jugeait-il, en prévenant que des restrictions risquaient d’être rejetées par la population tant que les chiffres de la pandémie ne semblaient pas encore s’envoler.

 L’option du couvre-feu, instaurée de 21 heures à 6 heures du matin, va prendre effet à partir de ce samedi.
L’option du couvre-feu, instaurée de 21 heures à 6 heures du matin, va prendre effet à partir de ce samedi. LP/Frédéric Dugit

Dès le 22 septembre, le conseil scientifique, boussole médicale des sommets de l'Etat, a évoqué l'idée d'un couvre-feu pour faire face à l'épidémie. Dans leur note d'alerte « transmise aux autorités nationales à 21 heures » ce jour-là mais rendue publique le 1er octobre, quatorze experts - virologue, infectiologue, anthropologue, épidémiologiste… - ont identifié « quatre options stratégiques ».

La plus offensive, la n° 4, énumère des « mesures fortes, potentiellement contraignantes » à l'instar d'un confinement généralisé ou territorial et d'un couvre-feu. Les avantages de ce scénario sont listés : « Mesures efficaces dans le contrôle de la circulation du virus », « effets positifs sur la mortalité… ». « Plus les actions sont précoces et fortes, plus l'intervention peut être efficace et limitée dans le temps (et donc avantageuse sur un plan économique par rapport à des interventions plus tardives) », lit-on dans le document.

Des « inconvénients » sont également recensés. « L'adhésion de nos concitoyens serait probablement faible avec des effets préjudiciables en termes de cohésion sociale et de confiance. Des mesures fortes et précoces peuvent être difficiles à accepter tant qu'il n'y a pas de crise visible. Inversement, s'il y a une nouvelle crise, ne pas avoir mis en place ces mesures serait sans doute reproché a posteriori », préviennent les spécialistes qui pointent également « un coût économique majeur ».

Une option retenue en cas de « dégradation ultérieure »

Des avertissements qui ont pu freiner le gouvernement. A l'époque, le virus circule, certes activement, mais beaucoup moins qu'actuellement : on recensait, le 22 septembre, 10 008 contaminations par jour et 951 personnes en réanimation contre 30 621 et 1 741 jeudi. Dans ces conditions, le conseil scientifique n'envisageait donc « pas de proposer l'option 4 au plan national » mais ne pouvait « en exclure son utilisation dans certaines métropoles et bien sûr en cas de dégradation ultérieure ».

Il penchait plutôt pour l'option 3, moins radicale, avec des « mesures modérées faisant appel à l'adhésion volontaire et, en cas de besoin, à des mesures contraignantes » : limitation du « nombre de contacts sociaux », « protection renforcée des personnes à risque de formes graves », réduction, « dans certains territoires », du nombre de personnes « autorisées à se rassembler » … Une suggestion en partie retenue par le pouvoir qui, entre autres initiatives, décidait, quelques jours plus tard, de limiter les rassemblements privés à 10 personnes et de réduire la jauge des événements publics à 1 000 personnes à Paris et dans la petite couronne ou de fermer les bars et restaurants à Aix-Marseille.