Covid-19 : le couvre-feu à 18h a-t-il vraiment fait «augmenter la circulation du virus» à Toulouse ?

Jean-Luc Mélenchon a voulu dénoncer cette mesure entrée en vigueur en Haute-Garonne le 16 janvier. Mais les indicateurs ne permettent pas, à ce stade, de certifier ce qu’il avance.

 Le couvre-feu à 18 heures est entré en vigueur dans une grosse vingtaine de département début janvier puis dans toute la France le 16 janvier. (Illustration)
Le couvre-feu à 18 heures est entré en vigueur dans une grosse vingtaine de département début janvier puis dans toute la France le 16 janvier. (Illustration) LP/Jean-Baptiste Quentin

Depuis l'instauration du couvre-feu à 18 heures, se pose régulièrement la question de son impact positif sur l'épidémie de Covid-19. Et si, à l'inverse, il entraînait paradoxalement une augmentation des contaminations?

Tel est l'avis de Jean-Luc Mélenchon, du moins concernant Toulouse. Dans la préfecture de Haute-Garonne, le couvre-feu à 18 heures a eu des effets « néfastes » car il a « augmenté la circulation du virus », a-t-il affirmé samedi soir sur le plateau de l'émission « On est en direct », sur France 2.

Ce qu'a dit Jean-Luc Mélenchon

« Même en science, il n'y a pas de vérité définitive. Quand vous voyez les résultats du couvre-feu à Toulouse, ça a augmenté la circulation du virus », s'est exclamé le leader de la France insoumise.

Contacté pour savoir sur quoi il se basait, l'entourage du futur candidat à la présidentielle de 2022 renvoie vers un article de La Dépêche publié vendredi, et titré « Comment le couvre-feu à 18 heures a aggravé l'épidémie à Toulouse ». Celui-ci s'appuie sur les résultats d'analyses menées par le laboratoire de virologie du CHU de Toulouse. Deux autres articles, de 20 minutes et du site actu.fr, les ont aussi relayés.

Ce que disent les chiffres

Les indicateurs sont clairement en hausse dans la métropole de Toulouse. Le taux d'incidence, correspondant au nombre de cas pour 100 000 habitants sur la semaine écoulée, est passé de 60 à Noël à 231 au 27 janvier (le chiffre le plus récent disponible), d'après Santé publique France. En moyenne, au 27 janvier, il s'élève à 229 dans les 22 plus grandes métropoles et à 181 dans les 15 métropoles où le couvre-feu à 18 heures n'a débuté que le 16 janvier, et pas le 2, le 10, ni le 12.

Covid-19 : le couvre-feu à 18h a-t-il vraiment fait «augmenter la circulation du virus» à Toulouse ?

Le taux de positivité est disponible en open data seulement à l'échelle du département. En Haute-Garonne, il atteint désormais près de 7 %, contre moins de 2 % fin décembre. D'après l'équipe du laboratoire de virologie du CHU de Toulouse, entre le 20 et le 24 janvier, ce taux est monté à 10% dans deux centres de dépistage situés dans le ville et réalisant uniquement des tests PCR. Ce seuil était initialement prévu début février, selon ces modèles.

Néanmoins, pour le moment, le département ne fait pas partie de ceux de la région Occitanie où l'augmentation des indicateurs virologiques inquiète le plus Santé publique France. Dans son rapport régional paru jeudi, l'agence sanitaire mentionne avant tout le Gers, la Lozère et le Tarn-et-Garonne.

Ce que l'on peut en conclure (ou non)

Au vu de ces chiffres qui s'aggravent à Toulouse, on pourrait penser que le couvre-feu à 18 heures y a bien eu un impact négatif. Mais il est impossible de l'affirmer avec certitude à cette heure. Comme on l'a vu, les indicateurs sont remontés à la hausse dès la fin du mois de décembre, donc bien avant le couvre-feu avancé à 18 heures (il était fixé à 20 heures depuis le 15 décembre). Or, les effets d'une mesure ne peuvent généralement apparaître sur les courbes des contaminations que 7 à 10 jours plus tard. Santé publique France notait jeudi que « le recul par rapport à la date de mise en place du couvre-feu à 18 heures ne permet pas encore d'analyser ses effets éventuels ».

Jean-Luc Mélenchon pointe notamment un possible effet lié à l'affluence dans les magasins et en ville avant 18h. « Il suffisait d'aller faire ses courses un samedi pour se rendre compte que c'est la pagaille et que les gens sont tassés les uns sur les autres », s'est-il emporté sur France 2, proposant notamment d'aménager les horaires de travail.

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« Le fait d'avoir concentré la circulation des personnes aux mêmes horaires est peut-être un effet indésirable du couvre-feu à 18 heures, à Toulouse en tout cas », avance plus prudemment dans La Dépêche Chloé Diméglio, biostatisticienne rattachée au laboratoire de virologie du CHU de Toulouse. Reste que, parmi les onze villes les plus peuplées, Toulouse est l'avant-dernière en termes de densité de population, d'après les chiffres de l'Insee. A priori, elle n'est donc pas particulièrement touchée par ce risque de forte affluence.

Et quand bien même le taux d'incidence et celui de positivité continuent d'augmenter après l'entrée en vigueur du couvre-feu à 18 heures, rien ne permet encore de lier les deux éléments. En effet, corrélation ne signifie pas forcément causalité. « Ce sont deux phénomènes en parallèle, il n'y a pas de lien de causalité entre le couvre-feu et la hausse », indique d'ailleurs à 20 minutes Pierre Delobel, chef des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Toulouse.

« Un lien statistique ne veut pas dire causalité et toutes les interprétations à en tirer sont affaire d'hypothèses qu'on ne peut que formuler comme telles », indique également au Parisien Chloé Diméglio, estimant cependant que « l'hypothèse la plus crédible pour nous reste un effet contre productif du couvre-feu à 18h ».

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On constate d'ailleurs que l'augmentation montre de petits signes de ralentissement. Le taux d'incidence à Toulouse a grimpé de 14 % du 20 au 27 janvier, mais de 34 % une semaine plus tôt. Par ailleurs, la concentration des eaux usées en SARS-CoV-2 dans la ville a légèrement diminué mi-janvier, après vingt jours de hausse, d'après les dernières données du réseau Obépine. Cette tendance est encourageante mais elle doit encore être confirmée sur la durée.

« Certains pourraient dire que les contaminations ont augmenté à cause du variant anglais ou de 'l'effet galette des rois' et cela aurait été pire sans le couvre-feu, mais la scientifique interrogée [Chloé Diméglio] précise que rien ne corrobore cette hypothèse », pointe enfin l'entourage de Jean-Luc Mélenchon. Mais rien ne permet non plus d'affirmer avec certitude, à cette heure, que le couvre-feu avancé à 18 heures a fait « augmenter les contaminations » à Toulouse.

En résumé :
  • Les indicateurs montrent une aggravation de la situation sanitaire à Toulouse depuis fin décembre, comme dans de nombreuses autres parties du territoire.
  • Le couvre-feu à 18h est entré en vigueur en Haute-Garonne le 16 janvier. Les courbes ont continué de grimper mais rien ne permet de lier avec certitude cette augmentation à cet avancement du couvre-feu.