«Hold-up» : on a décrypté le docu qui alimente les fantasmes sur le Covid-19

Labos, masques, domination mondiale… Ce documentaire promet de dénoncer les mensonges des autorités sur le coronavirus… en usant de théories complotistes et autres fake news. Le Parisien l’a visionné entièrement et l’analyse.

 Parmi les participants au documentaire, on peut noter la présence du controversé professeur Christian Perronne ou encore de la généticienne Alexandra Henrion-Caude (capture d’écran).
Parmi les participants au documentaire, on peut noter la présence du controversé professeur Christian Perronne ou encore de la généticienne Alexandra Henrion-Caude (capture d’écran). « Hold-up – Retour sur un Chaos »

Deux heures et quarante-cinq minutes pour exposer tous les mensonges liés à la pandémie de Covid-19 et ce qu'ils dissimulent. C'est la promesse que fait le documentaire « Hold-up – Retour sur un Chaos », sorti ce mercredi et qui passionne déjà des dizaines de milliers d'internautes. Dans la journée de jeudi, une version qui avait accumulé plus de 50 000 vues a d'ailleurs été supprimée de la plateforme Dailymotion.

Produit par un ancien journaliste, Pierre Barnérias, ainsi que deux producteurs et réalisateurs, Nicolas Réoutsky et Christophe Cossé, le documentaire a été financé à l'aide d'une campagne de financement participatif aux résultats impressionnants : comme le souligne Checknews, sur Ulule et Tipeee, l'équipe a rassemblé plus de 200 000 euros alors qu'elle ne demandait que… 20 000 euros.

S'il a pu rassembler autant d'argent, c'est parce que la campagne de financement, lancée fin août, a été promue par des personnalités influentes sur les réseaux sociaux, comme le Gilet jaune Maxime Nicolle ou encore l'éditorialiste André Bercoff. Aujourd'hui, ce sont même des stars qui promeuvent le résultat final sur leurs plateformes, comme Sophie Marceau sur Instagram.

Le pitch : dans la cacophonie causée par les « échanges contradictoires » entre politiques, spécialistes et médias, le long-métrage ambitionne « d'apporter un éclairage objectif et constructif qui mettra en lumière toutes ces révélations ». « Mensonges » des autorités, chloroquine, masques, big pharma, laboratoires… Tous les grands thèmes de l'épidémie sont abordés dans des entretiens avec des experts - souvent controversés -, quelques documents, ainsi que des extraits télévisuels. Le tout se résume en six grands arguments, que nous résumons et vérifions ci-dessous.

Les autorités afficheraient des chiffres mensongers ou biaisés

Moins d'une dizaine de minutes après le début du film, s'affichent à l'écran les courbes de mortalité toutes causes confondues en France, réalisées par l'Insee. On y voit que le pic en 2020 a été atteint le 1er avril, soit deux semaines après le début du confinement. Cela s'explique bien sûr par les décès directement dus au Covid, mais d'autres facteurs indirectement liés au coronavirus et au confinement ont aussi impacté ce nombre de morts, toutes causes confondues. Cela a pu jouer à la hausse (si d'autres maladies ont été moins bien soignées, par exemple) ou à la baisse (en raison d'un moindre nombre d'accidents de la route, notamment).

La période où la mortalité apparaît supérieure à celles des deux années précédentes (2018 et 2019) va du 21 mars à la toute fin du mois d'avril, ce qui recouvre une bonne partie de la période de confinement (du 17 mars au 11 mai). Le documentaire en déduit que « le virus a particulièrement sévi du 15 mars au 15 avril, période où on était tous confinés grâce à une mesure historique censée ne pas faire apparaître cette courbe ».

«Hold-up» : on a décrypté le docu qui alimente les fantasmes sur le Covid-19

Or de nombreux médecins s'accordent à dire que le confinement a permis de limiter les contaminations, donc les hospitalisations, et enfin les morts. Les patients décédés du Covid-19 à la toute fin du mois de mars, par exemple, ont été en très grande partie contaminés avant le début du confinement, le délai moyen entre la contamination et le décès étant estimé d'environ 3 ou 4 semaines. Selon une étude menée par des chercheurs de l'École des hautes études en santé publique (EHESP), publiée le 23 avril, les mesures de confinement auraient permis d'éviter plus de 61 000 décès dans les hôpitaux de France métropolitaine entre le 19 mars et le 19 avril. Toute estimation est bien sûr difficile mais le mathématicien au CNRS Jean-Stéphane Dhersin, spécialiste de la modélisation des épidémies, avait jugé auprès du Parisien cette étude sérieuse et de qualité bien qu'ayant des limites « liées au manque de données ».

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Toujours à propos des décès, l'argumentaire de « Hold-up » consiste aussi à minimiser la gravité du Covid-19, en comparant sa létalité avec celle d'autres maladies. Un graphique indique que le Covid a fait 1,1 million de morts par an, contre plus de 17 millions chaque année à cause des maladies cardiovasculaires.

Capture d’écran/« Hold-up »
Capture d’écran/« Hold-up »  

Le palier du million de morts du Covid-19 officiellement recensés dans le monde a été atteint le 28 septembre. À titre de comparaison, sur toute l'année 2019, la tuberculose a causé la mort d'1,4 million de personnes, selon l'OMS. Celle-ci note que « parmi les maladies dues à un agent infectieux unique, la tuberculose est celle qui est à l'origine du plus grand nombre de décès ».

« Huit mois après l'épidémie, ce virus aura donc fait un peu plus d'un million de morts dans le monde, soit bien moins que la tuberculose qui n'interpelle personne », décrit la voix off du film, jugeant disproportionnée l'attention portée au Covid-19. Néanmoins, celui-ci pèse énormément sur les services hospitaliers des différents pays, contraints de prendre des mesures fortes pour éviter un afflux incontrôlable de malades. Par ailleurs, le chiffre du million de morts est certainement sous-estimé en raison du fait que de nombreux décès ne sont vraisemblablement pas pris en compte, d'autant que tous les pays ne les comptent pas forcément de la même façon. Le plus souvent, seuls les morts à l'hôpital et, parfois, ceux dans les maisons de retraite sont pris en compte. Ce qui exclut alors les individus morts à domicile et qui n'ont pas pu bénéficier d'une prise en charge hospitalière, notamment. « Quand on compte, on ne peut compter parfaitement », a reconnu le 28 septembre Mike Ryan, le directeur des situations d'urgence de l'OMS.

Après les décès, le film s'intéresse aux nouveaux cas, qui ont fortement augmenté en France et dans de nombreux pays européens depuis la fin de l'été. Michael Yeadon, présenté comme étant un ancien directeur de la recherche au sein du groupe Pfizer, indique qu'il existerait « un nombre inconnu mais probablement assez élevé de tests qui sont faux ». « Je sais de source sûre que le taux de faux positifs est 20 fois plus élevé », ajoute-t-il. D'après lui, en Grande-Bretagne, « 95 % des échantillons » sont des faux positifs. Mais il ne précise à aucun moment quelle est sa source et d'où il tire ces données, qui semblent trompeuses ou, du moins, surestimées.

Un article du New York Times paru le 29 août racontait que, selon les estimations de plusieurs médecins, « 90 % des personnes testées positives ne portaient pratiquement aucun virus ». Ce qui ne veut pas dire qu'elles sont faussement positives à proprement parler. En réalité, elles ont bien été contaminées mais leur organisme ne contient qu'une faible quantité de matière virale. Or le test PCR est suffisamment sensible pour le détecter. Ce qui est vrai, c'est que ces personnes peu infectées sont sans doute moins contagieuses que d'autres.

L'hydroxychloroquine serait « un immense scandale »

Sans surprise, une partie du documentaire s'intéresse à l'hydroxychloroquine, cet antipaludique utilisé depuis plusieurs décennies dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde. Le Pr Didier Raoult, directeur de l'IHU Méditerrannée Infection à Marseille, bataille depuis le début de l'année 2020 pour démontrer l'efficacité de cette molécule, associée à l'azithromycine, sur les patients atteints du Covid-19. Cela lui vaut des critiques d'un grand nombre de médecins et de scientifiques, tandis que l'Ordre des médecins vient de lancer une procédure contre lui, lui reprochant de bafouer le code de déontologie sur certains points : violation de la confraternité, information erronée du public, exposition à un risque injustifié, etc.

« L'hydroxychloroquine, c'est pour moi un immense scandale », assène dans le film Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). « Je me sens le devoir au moins de tester le protocole du Pr Raoult. Je le teste, j'attaque le lundi ; le vendredi, je m'aperçois qu'effectivement il y a une efficacité. […] Mes confrères réanimateurs disent qu'il y a beaucoup moins de passage en réanimation, il n'y a pas de décès », renchérit le cardiologue Gonzague Retournay.

En réalité, pour le moment, aucune étude complète n'a permis d'établir un effet positif de l'hydroxychloroquine sur les patients infectés par le coronavirus. « À ce jour, les données disponibles, très hétérogènes et inégales, ne permettent pas de présager d'un bénéfice de l'hydroxychloroquine, seule ou en association, pour le traitement ou la prévention de la maladie Covid-19 », a indiqué l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) le 23 octobre. L'agence venait alors de refuser d'autoriser plus largement ce médicament contre le Covid-19. « Dans ce contexte et au regard des données de sécurité disponibles faisant apparaître des risques majorés, notamment cardio-vasculaires, il ne peut être présumé d'un rapport bénéfice/risque favorable de l'hydroxychloroquine quel que soit son contexte d'utilisation », a-t-elle ajouté, s'appuyant sur la littérature scientifique.

Plusieurs méta-analyses, dont l'une publiée le 27 août dans la revue Clinical Microbiology and Infection, sont arrivées à la conclusion que l'hydroxychloroquine, associée ou non à l'azithromycine, n'avait, au mieux, aucun impact sur la mortalité chez les patients hospitalisés.

Selon l'ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, il s'agit d'un « débat ubuesque » et « nous sommes le seul pays du monde à l'avoir eu ». Si cette molécule a fait régulièrement les gros titres en France notamment avant l'été, c'est sans doute en raison du fait que c'est un Français installé à Marseille, le Pr Raoult, qui l'a popularisée. Mais la situation était bien différente chez plusieurs de nos voisins. « Ce n'est pas du tout un débat en Allemagne pour la simple et bonne raison que tous les scientifiques, tous les médecins ont tout de suite fait part de leur scepticisme. […] Ça a coupé court au débat, très vite », témoignait le 9 avril le correspondant de Radio France à Berlin, Ludovic Piedtenu, dans une vidéo du média Loopsider. « C'est quelque chose qui étrangement n'a pas franchi la Manche », indiquait pour sa part Eric Albert, le correspondant du Monde à Londres.

Les « big pharma » profiteraient de l'épidémie pour s'enrichir

Didier Raoult serait-il la victime des grands laboratoires pharmaceutiques, qui feraient tout pour décrédibiliser l'efficacité de l'hydroxychloroquine, un médicament peu cher, pour favoriser des traitements bien plus coûteux, et donc potentiellement bien plus rentables ? C'est l'une des théories explorées par le documentaire. Une précision doit être apportée d'emblée : il est évident que les laboratoires pharmaceutiques, comme toute entreprise, recherchent la rentabilité. Pour les laboratoires, il s'agit même d'un impondérable, tant les sommes consacrées au développement de potentiels traitements et encore plus de vaccins, sont astronomiques.

La bourse, régulièrement, réagit aux annonces de ces labos. L'action Gilead avait bondi de 20 % en mars lors des annonces d'essais thérapeutiques du remdesivir. Un médicament qui lui a rapporté 900 millions de dollars au troisième trimestre. Les bourses mondiales se sont affolées ces derniers jours après l'annonce par le laboratoire Pfizer d'un vaccin jugé « efficace à 90 % » en phase 3. Il est parfaitement possible de critiquer ou déplorer ce modèle économique, mais il reste une réalité.

Les plus grands laboratoires au monde sont aujourd'hui engagés dans une course aux vaccins. Cette course fera des gagnants, mais aussi (surtout?) des perdants. Ceux qui auront engagé des montants colossaux pour un vaccin qui ne sera au final pas exploité. « Croire qu'on peut comme ça créer des nouveaux organismes vivants et croire que pour un intérêt commercial tel ou tel laboratoire le ferait, c'est simplement ne pas se rendre compte des pertes colossales que ces laboratoires vont faire, expliquait en avril dernier auprès de France Culture Hervé Chneiweiss, neurobiologiste et président du comité d'éthique de L'Inserm. Parce que si l'un d'entre eux peut-être vend le médicament qui nous traitera, la majorité d'entre eux voient leur chiffre d'affaires s'écrouler. Ça serait tellement contre-productif pour tous qu'il faut une imagination bien tordue pour penser une chose pareille. »

Capture d’écran/«Hold-up »
Capture d’écran/«Hold-up »  

Reste la question des « spécialistes » interrogés par les médias pour commenter l'actualité Covid. Le documentaire cible particulièrement Karine Lacombe, infectiologue et cheffe de service à l'hôpital Saint-Antoine. Le documentaire lui reproche ses liens avec des laboratoires fabricant d'autres médicaments testés contre le Covid-19. Dans sa déclaration d'intérêt public, celle-ci indique avoir perçu 15 000 euros du laboratoire Gilead et 3000 de AbbVie sur cinq ans. Le Conseil national de l'Ordre des médecins interdit aux professionnels de santé de recevoir des avantages illicites de la part d'industriels du secteur de la santé. Trois dérogations sont toutefois prévues, dont « la rémunération, l'indemnisation et le défraiement d'activités de recherche ». Un cadre que la professeure dit parfaitement respecter, sur la base de travaux menés sur l'hépatite C et le VIH pour traiter le Covid.

Des accusations semblables sont portées à l'encontre de Martin Blachier, médecin épidémiologiste et spécialiste en santé publique, par le biais de son entreprise. « Je ne reçois aucune rémunération personnelle des laboratoires ou autres, mais mon entreprise travaille autant avec des acteurs publics que privés, expliquait-il en août dernier auprès de FranceInfo. Mais je ne fais pas partie des gens pour qui il y a un risque de conflits d'intérêts, car je ne suis pas un médecin prescripteur de molécules. »

Le masque ne serait pas efficace, voire dangereux

Peu après apparaît à l'image une dermatologue, Claude Veres, qui montre plusieurs photos de patients au visage rongé de plaques rouges et purulentes à cause de frottements avec le masque. « Ces gens sont obligés de se rabattre sur des masques en coton, on sait qu'ils sont moins protecteurs, déjà que les masques chirurgicaux, c'est pas très protecteur, c'est même marqué sur la boîte », explique le médecin, soulignant que de nombreuses personnes portent mal le masque et doivent l'enlever pour manger, fumer ou embrasser leurs conjoints.

Après des témoignages captés dans la rue, la généticienne Alexandra Henrion-Claude (ancienne de l'Inserm, qui s'est désolidarisée de ses propos), assure, elle, que les masques favorisent la prolifération de bactéries, de champignons, et causent des maux de tête et des problèmes de respiration.

Capture d’écran/«Hold-up »
Capture d’écran/«Hold-up »  

Ces affirmations, en fait, extrapolent à partir de quelques phénomènes. Oui, des personnes souffrent bien de problèmes liés aux frottements de la peau et des masques, comme l'ont souligné de nombreux articles de presse qui ont surnommé ce phénomène le « mascné ».

En revanche, les masques restent bien une protection. L'avertissement fourni sur la boîte affirme seulement que le masque « n'élimine pas le risque de contracter une maladie ou n'importe quelle infection », conformément au discours du ministère de la Santé. En clair : le masque réduit le risque mais ne le fait pas disparaître à 100 %, ce qui explique pourquoi les autorités sanitaires affirment que le masque constitue « une protection complémentaire » à l'application des gestes barrière comme le lavage de mains et la distanciation sociale.

Quant aux bactéries venant de notre bouche, elles sont bien captées par les masques, mais ne sont pas dangereuses. « Dans les conditions d'utilisation recommandées, il n'y a aucun moyen que des champignons se développent à l'intérieur d'un masque », explique Françoise Dromer, responsable de l'unité de Mycologie moléculaire et du Centre national de référence des Mycoses invasives et des antifongiques de l'Institut Pasteur, au Courrier Picard.

De nombreux témoignages de personnes ayant souffert de maux de tête et de problèmes de respiration ont en effet été récoltés, comme dans un de nos articles. Cela peut être dû à la qualité des masques en eux-mêmes, dont la « respirabilité » varie selon les fabricants, comme nous l'avons indiqué dans notre récente enquête sur le sujet. Les masques où l'on respire moins bien sont d'ailleurs considérés comme ne correspondant pas aux normes établies par les autorités sanitaires.

Le virus aurait été fabriqué dans un laboratoire

Voilà des mois que le coronavirus bouleverse nos vies et les scientifiques du monde entier continuent d'en rechercher l'origine. Le documentaire, pour appuyer la thèse selon laquelle le virus serait issu d'un laboratoire, et qui cite explicitement le laboratoire P4 de Wuhan en Chine, commence par citer un ouvrage d'Alexandre Adler, paru en 2005. Un passage de ce livre évoque avec une précision stupéfiante les dangers de l'arrivée de la pandémie à l'échelle mondiale. Son rapport détaillait les risques de voir apparaître « une nouvelle maladie respiratoire humaine virulente, extrêmement contagieuse », avec des « voyageurs présentant peu ou pas de symptômes » qui « pourraient transporter le virus sur les autres continents ».

De quoi susciter quelques fantasmes. Ces derniers mois, l'auteur est revenu sur ses écrits vieux de quinze ans. Dans un entretien accordé par exemple à Public Sénat, il justifie ce degré de précision du fait que ce scénario s'est déjà présenté à nous, à une échelle moindre. Avec le virus Ebola notamment. « Corona est un terme codé qui était utilisé par les épidémiologistes en Amérique pour nommer ce qu'ils considéraient comme la pandémie ultime, poursuit-il. De pandémie en pandémie, nous allions avoir une pandémie qui allait véritablement s'étendre à la Terre entière. Pourquoi? Eh bien parce que la mondialisation avait atteint un stade très avancé. La CIA mettait en garde, et j'étais plutôt d'accord. »

Les autres références à la théorie selon laquelle le virus proviendrait d'un laboratoire remettent toutes en question l'origine naturelle du SARS-CoV-2. Elles sont décrites par un « militaire », ancien légionnaire et qui travaillerait dans le renseignement, comme une possible arme bactériologique à la finalité obscure. Anonymement, l'homme affirme avoir échangé avec « certains de ses contacts » qui lui ont donné accès à une note de l'Agence de sûreté nucléaire - dont l'existence n'est jamais démontrée - qui acterait le fait que le virus ne serait pas d'origine naturelle.

Une autre preuve est avancée par le professeur Jean-Bernard Fourtillan, qui a par le passé conçu et testé des patchs sur des patients atteints de la maladie de Parkinson ou d'Alzheimer, sans autorisation préalable de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Lui affirme qu'un brevet portant sur un test de dépistage Covid-19 a été déposé dès 2015. Une pure fake news, puisque la référence au virus a été ajoutée en septembre dernier, comme le faisait récemment savoir l'AFP.

Capture d’écran/« Hold-up »
Capture d’écran/« Hold-up »  

Que savons-nous sur ce sujet? Pour le moment, de nombreuses interrogations subsistent. Les études démontrent qu'au départ, le virus provient des chauves-souris. Très vite, les scientifiques sont partis à la recherche d'un animal hôte, qui aurait servi d'intermédiaire dans la chaîne de transmission à l'homme. Longtemps, le pangolin a été considéré comme le candidat idéal. Une théorie qui est cependant remise en cause aujourd'hui par plusieurs scientifiques, parmi lesquels Étienne Decroly, virologue au CNRS. « Chauves-souris et pangolins évoluent dans des écosystèmes différents et on se demande à quelle occasion leurs virus auraient pu se recombiner. Et surtout, on note que le taux d'identité entre les séquences de SARS-CoV-2 et celles issues du pangolin n'atteint que 90,3 %, ce qui est bien inférieur aux taux habituellement observés entre les souches infectant l'humain et celles infectant l'hôte intermédiaire », dévoilait-il dans un entretien publié sur le site du CNRS.

En l'absence de découverte de cet intermédiaire, lui estime qu'il ne faut pas négliger l'hypothèse d'un virus sorti accidentellement d'un laboratoire. Interrogé le 8 novembre par Le Parisien, il s'expliquait ainsi : « Dans cette hypothèse, le SARS-CoV-2 descendrait d'un virus de chauve-souris isolé par les scientifiques lors de collectes d'échantillons. Il pourrait avoir été cultivé en laboratoire sur des cellules ou des animaux dans le but de comprendre comment ce virus est capable de franchir la barrière d'espèces. Or le laboratoire de virologie de Wuhan, ville où s'est déclarée l'épidémie, dispose de techniques pour travailler sur ce sujet. Il ne s'agirait pas de construction d'une arme biologique mais de recherches visant à mieux comprendre le fonctionnement de ce virus. » Dans le monde entier, en effet, des scientifiques travaillent sur des virus pour tenter de comprendre comment ceux-ci peuvent se transmettre à l'homme. Des recherches qui ne font pas l'objet de normes établies à l'échelle internationale, point sur lequel une réflexion devrait être conduite, selon plusieurs spécialistes. À ce stade, la manipulation génétique n'a en aucun cas été prouvée scientifiquement.

Les autorités et/ou une coalition de milliardaires et scientifiques organiseraient un régime de la peur pour mieux contrôler les populations et les anéantir

C'est la grande thèse de ce documentaire, qui ne se révèle qu'après deux heures d'exposé. Selon ses auteurs et une bonne partie de ses intervenants, la fabrication supposée du virus en laboratoire - ou sa fuite - serait orchestrée par les plus grands de ce monde (les milliardaires comme Bill Gates ou la famille Rockefeller), instrumentalisant les scientifiques (comme Anthony Fauci, le conseiller de Donald Trump sur l'épidémie) pour créer la peur, contrôler les populations, puis les anéantir et les remplacer par des robots.

La logique se construit en plusieurs étapes. Selon Valérie Bugault (une spécialiste du droit privé proche de l'extrême droite, adepte des théories sur la gouvernance mondiale et « l'Etat profond ») et Olivier Vuillemin (un Suisse présenté comme « expert en fraude scientifique » dont on ne trouve aucun ouvrage ni publication en ligne), le confinement a d'abord favorisé l'installation d'antennes 5G qui facilitent la circulation de cryptomonnaies. Celles-ci pourraient circuler à travers les humains (via des nanoparticules insérées à l'aide de vaccins, le tout breveté par Bill Gates) et les objets. Cela permettrait « de tracer les activités corporelles » et d'attribuer une valeur monétaire aux humains selon leurs déplacements et leurs activités qui seraient surveillés et enregistrés, selon elle.

Cette théorie du complot circule déjà depuis plusieurs mois et, selon l'AFP, est une extrapolation tirée de deux découvertes. La première, c'est un brevet déposé en mars par Microsoft (l'ancienne société de Bill Gates) qui schématise un système de production de cryptomonnaie via des « données corporelles », sans mentionner la 5G, le vaccin ou le coronavirus. La deuxième, c'est une trouvaille de chercheurs datant de 2019 qui souhaitent « encoder » l'historique médical d'un patient sous sa peau via des nanoparticules, afin de faciliter le suivi de ses vaccinations, et non de tracer ses mouvements.

Selon le documentaire, le contrôle de l'individu serait ensuite opéré par les puissants de ce monde qui organisent le « Great Reset » (en français, la « Grande Réinitialisation »), une initiative réelle du Forum économique de Davos visant à repenser les relations et l'économie internationales à la suite de la crise sanitaire, et recréant un « contrat social qui honore la dignité de chaque être humain ». Mais dans la bouche des documentaristes, le projet est devenu une funeste opération pensée par des élites (Bill Gates, Jack Dorsey de Twitter, Elon Musk ou encore Jacques Attali) voulant anéantir les populations les plus pauvres de la planète.

Puisqu'elles n'ont plus besoin de ces « bouches à nourrir » qu'elles exploitent pour survivre, il serait plus utile pour ces élites de les tuer pour les remplacer par des robots et de vivre en harmonie dans un super-Etat conceptualisé par l'Institut Berggruen (un vrai think tank composé de personnalités influentes qui veut repenser les gouvernances étatiques à l'aune du XXIe siècle). « C'est une guerre de classe que les riches mènent contre les plus pauvres de la planète », entend-on du côté de la sociologue Monique Pinçon-Charlot, qui compare ce phénomène à l'Holocauste.

À la fin du documentaire, Pierre Barnérias fait également mention d'une lettre envoyée par un ancien ambassadeur du Vatican à Donald Trump prouvant, selon lui, les conclusions de son enquête. Celle-ci aborde ce fameux « Great Reset » et appelle Donald Trump à l'aide. Le dirigeant américain, sur le départ, y est alors vu comme le seul sauveur face à une élite mondialiste qui tient les rênes des médias, de la politique et les scientifiques. Une rhétorique qui n'est pas sans rappeler celle du mouvement QAnon, qui croit en l'existence d'un « Etat profond » cherchant à atteindre la domination mondiale et a à exploiter les éléments les plus fragiles de notre société, comme les enfants.

Face à ces propos, plusieurs spécialistes du complotisme et de l'épidémie de Covid-19 se sont alarmés. Un collectif intitulé Covid19 Fédération s'est d'ailleurs lancé dans une opération de fact-checking minute par minute du documentaire. Et les critiques d'officiels tombent déjà : l'ancien ministre Philippe Douste-Blazy, qui intervient dans le documentaire, a déjà exprimé des regrets mercredi soir sur Twitter. « Je n'ai pas vu ce film et s'il y a le moindre caractère complotiste, je veux dire le plus clairement possible que je m'en désolidarise », a-t-il réagi. Jeudi soir, il a ajouté sur RTL qu'il souhaitait être retiré du film.