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Covid-19 : la revanche des maniaques de la propreté

La crise sanitaire actuelle réhabilite ces accros du ménage. Selon une étude que nous dévoilons, près de la moitié des Français (43%) estiment, en effet, que la maniaquerie de la propreté est désormais une… qualité!

 Les accros du plumeau et autres aficionados de l’eau de Javel n’ont plus besoin de se cacher. Aujourd’hui, leurs tocs sont devenus une qualité.
Les accros du plumeau et autres aficionados de l’eau de Javel n’ont plus besoin de se cacher. Aujourd’hui, leurs tocs sont devenus une qualité. LP/Olivier Corsan

Il y a quatre mois encore, les maniaques du ménage, qui lavent, désinfectent, frottent, astiquent, époussettent… plus vite que leur ombre, parfois jusqu'à l'obsession, étaient plutôt mal vus par les nettoyeurs ordinaires. Mais les regards ont changé depuis que la pandémie de Covid-19 a bouleversé nos vies quotidiennes, obligeant des dizaines de millions de Français à faire la chasse au virus, à utiliser, notamment, sans compter du gel hydroalcoolique.

Après avoir été jugés, incompris, décriés, moqués ou méprisés, les allergiques aux taches et à la poussière ont droit à un retour en grâce. Selon un sondage OpinionWay (réalisée du 24 au 25 juin 2020 auprès d'un échantillon de 1057 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas) pour les produits d'entretien Starwax que nous dévoilons, pas moins de 43% des Français estiment qu'être un maniaque de la propreté est une qualité « car par son perfectionnisme, il prend soin des autres et de leur environnement ». Le pourcentage atteint même 54% des 18-24 ans ! Désormais, vouloir absolument que tout brille n'est plus seulement perçu comme un défaut qui gâche la vie des autres.

«Un petit défaut mignon»

Pour le sociologue spécialiste de la consommation Ronan Chastellier, il y a actuellement « l'émergence du maniaque cool ». « A priori, il semble difficile d'avoir un rapport empathique avec un maniaque. Et pourtant, en période de Covid-19, on a tendance à louer son côté insatiable, voire obsessionnel, qui est alors présenté comme un petit défaut mignon », avance-t-il.

Les toqués du détail se sentent tout à coup moins seuls, rejoints par des bataillons de convertis inquiets d'être contaminés par le Covid-19. Pas moins de 59% des Français (69% des 18-24 ans) pensent qu'après la crise sanitaire, on croisera de plus en plus de maniaques de la propreté. « L'épidémie, avec son gel hydroalcoolique, ses masques, ses gestes barrière ont placé le maniaque sur un nouveau piédestal. Est-ce que ce n'est pas lui qui a raison, au fond, dans ce monde risqué ? » s'interroge l'expert en nouvelles tendances.

« Soudain, on a compris que son combat était peut-être justifié. La lutte contre le virus, du propre contre le sale, devenait une lutte du bien contre le mal, le microbe était diabolisé et il y avait un besoin universel d'entretien, d'hygiène, de nettoyage de l'ordre de l'injonction sociale », analyse-t-il.

Dans son cabinet, il arrive qu'Emmanuelle Rigon, psychologue clinicienne et psychothérapeute, soit amenée à écouter des maniaques de la propreté. « Généralement, ils ne sont pas très heureux, ils ne se sentent pas reconnus, pas écoutés », observe-t-elle. Mais le contexte épidémique semble « leur donner raison » et les « réhabilite ». Ceux qui veulent coûte que coûte que tout soit nickel sont alors perçus comme « protecteurs et sensibles à la santé » d'autrui. « Ceux qui ne l'étaient pas trop le deviennent. Alors, quand on est plus nombreux, on est forcément plus forts », estime l'autrice du livre « la Propreté » (Ed. Bayard). « Le regard des autres peut tout à fait changer, on les critiquera moins », poursuit-elle.

«Ça peut prendre des proportions épouvantables»

Il existe différents degrés de maniaquerie de la propreté. « Quand une personne est envahie par des rituels qui prennent un temps fou, quand c'est obsessionnel et ça tourne à l'idée fixe avec, par exemple, un lavage des mains extrêmement fréquent, ça peut être très pathologique », décrypte-t-elle. A ses yeux, un accro à l'hygiène est «dérangé plus ou moins profondément si les choses ne sont pas faites ». « C'est une transposition de l'angoisse sur le sujet de la propreté, on l'apaise en faisant le ménage. La saleté, c'est ce qui ne serait pas bien », explique-t-elle.

Si certains le vivent « pas trop mal car c'est apaisant pour eux », d'autres, à l'inverse, sont totalement dépassés. « Ça peut prendre des proportions épouvantables dans les familles et, dans la vie quotidienne, contaminer d'autres activités quand on préfère nettoyer que jouer avec ses enfants », souligne-t-elle.

Conçue avant le début de l'épidémie par l'agence Buzzman, la campagne de pub de la marque Starwax lancée cette semaine débarque à point nommé en mettant l'accent sur le slogan « Aussi maniaque que vous ». Elle s'adresse à la communauté d'inconditionnels du nickel chrome. Sur les affiches 4x3 figurent un robinet avec des mini-traces de calcaire mais aussi une cuvette de toilettes, un parquet ou un fauteuil avec des taches qui ne sont visibles que par les intransigeants des petites saletés. « Si cette publicité vous dérange, alors nous avons le même problème », peut-on lire.

«Avant, il pouvait faire flipper»

« On brise un tabou et on réhabilite le maniaque de la propreté », s'enthousiasme Georges Mohammed-Chérif, président et directeur de création de l'agence Buzzman, connue pour ses drôles de pubs Burger King ou Boursorama (avec Brad Pitt). La production maison bénéficie de l'actualité. « Il y a une empathie plus élevée à l'égard du maniaque de la propreté en raison de la pandémie. Il nous rassure davantage alors qu'avant, il pouvait faire flipper et passer parfois pour un dingue », sourit-il.

Si les meilleurs clients des lingettes javellisées redorent leur blason, ils ne sont pas, pour autant, à l'abri de conflits avec ceux qui les côtoient au quotidien. Près de la moitié (48%) des Français (53% des femmes et 60% des 18-24 ans) jugent, en effet, que la manie consistant à sans cesse passer l'éponge, l'aspirateur ou le plumeau est l'un des premiers motifs d'engueulade au sein d'un couple. Ils sont également 42% à estimer que la quête absolue de la propreté durant les vacances est propice aux disputes et donc aux… scènes de ménage.

Quand un défaut devient une qualité…
Il y a dix ans, cette publicité avait permis de décomplexer les acheteurs près de leurs sous. LP

La maniaquerie n’est pas le seul défaut qui, à la faveur de l’actualité, s’est métamorphosée en qualité. La radinerie, aussi, est devenue une vertu, revendiquée par des millions de citoyens qui consomment « malin ». Le Covid-19 n’y est pour rien. Ce changement d’image aux yeux du grand public est lié à la crise du pouvoir d’achat qui donne des ailes aux adeptes du système D, du troc, de l’achat-vente entre particuliers…

Le lancement, il y a une quinzaine d’années, de campagnes de pub autour du terme « radin », autrefois très péjoratif, mais aussi de guides de la radinerie et de forums consacrés aux astuces pour économiser a décomplexé les clients proches de leurs sous.

Le site Internet Radins.com qui, entre autres, donne accès à une montagne de codes promos, contribue aussi à l’évolution des mentalités. Une étude Ifop réalisée pour lui l’année dernière révèle que 83% des Français se disent « économes » et pas moins 70% de ces Harpagon modernes assument pleinement le fait d’être radin.