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Covid-19 : la France est-elle devenue l’épicentre de la pandémie ?

La Chine bloque désormais l’arrivée des voyageurs étrangers en provenance de France, pays d’Europe qui compte le plus grand nombre de contaminations.

 Strasbourg, le 6 novembre 2020. En France, plus de 4000 patients étaient hospitalisés en réanimation jeudi 5 novembre.
Strasbourg, le 6 novembre 2020. En France, plus de 4000 patients étaient hospitalisés en réanimation jeudi 5 novembre.  AFP/Patrick Hertzog

Dans une Europe au cœur de la tempête, comment s'en sort la France? Avec 1,6 million de cas, soit le plus grand nombre de contaminations depuis le début de la pandémie de Covid-19 sur le Vieux continent, et une moyenne de 400 décès quotidiens depuis lundi, les indicateurs virent à l'écarlate. La Chine vient d'ailleurs d'annoncer qu'elle bloquait l'arrivée des voyageurs étrangers en provenance de l'Hexagone, comme elle l'avait déjà fait avec le Royaume-Uni, la Belgique ou encore l'Inde.

Notre pays est-il en train de devenir l'épicentre de la pandémie ? Au niveau mondial, non, affirme Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale de l'université de Genève. C'est en fait tout l'hémisphère nord occidental » qui doit être pris en compte. « On observe aujourd'hui une activité très intense en Europe de l'Est, de l'Ouest, aux Etats-Unis et en Afrique du Nord, détaille l'épidémiologiste. « Si on prend un peu de recul, on s'aperçoit que toute l'Europe de l'Ouest est dans une situation de flambée épidémique automnale avec une courbe dont l'allure est exponentielle. »

Comment se situe la France dans cette Europe explosive ? Pour définir l'épicentre de l'épidémie, soit la zone la plus violemment atteinte par un phénomène, plusieurs indicateurs doivent être regardés.

Davantage de tests en France

Si la France est le pays d'Europe qui compte le plus grand nombre de cas, comme le rappelait jeudi le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, cette donnée est à prendre avec des pincettes.

Covid-19 : la France est-elle devenue l’épicentre de la pandémie ?

Le nombre de nouvelles contaminations est en effet sous-évalué depuis plusieurs jours, en raison de problèmes techniques, et « tous les pays n'ont pas la même politique de dépistage », prévient Mircea T. Sofonea, épidémiologiste et maître de conférences à l'université de Montpellier. D'ailleurs, la France apparaît comme l'un des pays qui testent le plus, devant le Royaume-Uni et les Etats-Unis. « Peut-être que la France, qui teste beaucoup, a davantage de cas positifs que ses voisins », avance Antoine Flahault. Et de souligner : « Tous les pays d'Europe voient leurs cas augmenter. »

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L'indicateur hospitalier est également délicat à interpréter. « Vous n'avez pas la même définition de lits de réanimation ou de soins critiques d'un pays sur l'autre », explique Mircea T. Sofonea qui rappelle aussi que « la logistique » n'est pas identique entre les différents Etats. « Finalement, le plus consensuel, et c'est bien triste, c'est de comparer la mortalité », même si, là encore, « des biais existent ».

«Epicentre provisoire»

Sur ce point, la France fait pâle figure. Le nombre de nouveaux morts quotidiens enregistrés ces sept derniers jours y est très élevé. Le pays est au-dessus de ses voisins européens, « au coude à coude avec l'Argentine », observe l'épidémiologiste. Lorsque l'on rapporte le nombre de morts à la population, la France arrive en revanche derrière la Belgique ou encore la République tchèque. « Mais globalement, elle se retrouve toujours dans le top 3 des indicateurs », constate le spécialiste de la modélisation des maladies infectieuses.

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Pour ces raisons, « la France peut être considérée comme un épicentre provisoire de l'épidémie », juge-t-il. « Elle a attendu trop longtemps avant de prendre des mesures. » Les dégâts de l'explosion de l'épidémie ne « sont pas seulement humains mais aussi socio-économiques », estime Mircea T. Sofonea, citant l'indice des restrictions sanitaires développé par des chercheurs de l'université d'Oxford (Royaume-Uni). La France, qui a mis en place un deuxième confinement après des mesures de couvre-feu, a l'indice le plus fort d'Europe (78,7) derrière l'Irlande (81,48), premier pays du Vieux continent à avoir été mis sous cloche à l'automne.

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« Toutes les estimations montraient que la situation allait être explosive en novembre, mais l'exécutif a attendu le dernier moment pour agir, contrairement à nos voisins. Ça se paye avec un confinement relativement long. Or, et on le voit dans certains pays asiatiques, on a tout à gagner à confiner très tôt », déplore l'épidémiologiste.

Un taux de reproduction en baisse

Mais pour Antoine Flahault, c'est le taux de reproduction, dit « R » -soit le nombre de personnes qu'un individu contaminé va infecter en moyenne- qu'il faut regarder. Et la France, dont le R est tombé à 1,1 jeudi soir, fait cette fois partie des bons élèves européens, derrière l'Irlande (0,74), le Royaume-Uni (1,02) et les Pays-Bas (1,02).

Le respect des gestes barrière « accompagné par des mesures gouvernementales plus strictes ont conduit à faire chuter la mobilité » et donc le R, explique l'épidémiologiste. « On peut espérer un contrôle possible du phénomène d'ici la semaine prochaine. La chute des hospitalisations suivra ensuite, une semaine à quinze jours après. »

Pourquoi parler d'épicentre alors que le pays semble sur la bonne voie pour reprendre le contrôle ? demande Antoine Flahault. « La France n'est pas l'endroit qui explose le plus, si la notion d'explosion c'est le R. C'est plutôt une braise chaude, qui se trouverait à la fin d'un processus de flambée », espère-t-il.