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Covid-19 : l’école sauvée par le gong des vacances

Les congés d’automne qui commencent ce samedi tombent à pic, alors que le nombre de cas de contamination repart à la hausse dans les écoles et que le stock de profs remplaçants s’épuise.

 Ces vacances de la Toussaint vont être l’occasion de s’accorder un peu de répit face au regain de contaminations à l’école.
Ces vacances de la Toussaint vont être l’occasion de s’accorder un peu de répit face au regain de contaminations à l’école. LP/Adeline Daboval

Mis au regard des 12,4 millions d'élèves en France, le nombre d'écoliers, de collégiens et de lycéens positifs au Covid-19 recensés ces sept derniers jours reste très modeste. Mais il est en nette progression, à en croire le point de situation hebdomadaire sur la crise sanitaire publié ce vendredi par l'Education nationale. Les cas recensés sont passés de 4636 le 2 octobre à 5279 le 9 octobre, pour bondir de 35 % cette semaine à 8223 signalements, dont 1713 en vingt-quatre heures.

« On sent une accélération réelle, j'en ai moi-même eu 19 en cinq jours dans mon lycée », témoigne Bruno Bobkiewicz, à la tête d'une cité de scolaire de 1900 élèves à Vincennes (Val-de-Marne). Et le proviseur, secrétaire national du syndicat des chefs d'établissement SNPDEN-Unsa, de souffler : « On se dit tous qu'il était temps qu'on parte en vacances… Cela va nous faire une sorte de confinement de quinze jours, au moins une pause bienvenue. Il y a un épuisement collectif. »

Pour Frédéric (le prénom a été changé), directeur d'une école de région parisienne, les vacances d'automne commencent comme avait débuté la rentrée de septembre : avec le recensement de cas contact. A quelques heures de la sonnerie, ce vendredi, un enseignant de l'équipe a en effet reçu le résultat - positif - de son test Covid effectué la veille. « J'attends les instructions de l'Agence régionale de santé (ARS), mais potentiellement, tous les enseignants de l'école, moi compris, sommes des cas contact », explique le directeur.

«Des remplaçants, on n'en a plus assez»

Mauvaise nouvelle pour les enseignants, qui voient s'ouvrir la morne perspective de vacances à l'isolement. Bonne nouvelle en revanche pour l'école, qui n'aura pas à chercher en catastrophe des remplaçants pour toutes les classes. Justement, « des remplaçants, on n'en a plus assez », assure Elisabeth Kutas, représentante à Paris du syndicat majoritaire des professeurs des écoles, le SNUIPP-FSU. Du côté des élèves aussi, les rangs semblent s'être clairsemés ces dernières semaines. « Entre le va-et-vient des élèves cas contact, de ceux symptomatiques ou de ceux que les médecins mettent quelques jours à l'isolement dans le doute, on n'a plus beaucoup de classes complètes », note Sophie Venetitay, enseignante en Essonne et porte-parole du syndicat Snes-FSU.

A ce contexte compliqué s'ajoute la lassitude d'un début d'année scolaire alourdi par les contraintes sanitaires et des incertitudes qui demeurent dans certains établissements. Comme ce lycée de région parisienne, diffusant la semaine dernière par erreur à l'ensemble de la communauté éducative une version ancienne d'une note de cadrage de l'ARS d'Ile-de-France, qui venait justement de changer, à la marge, son protocole. « On nous demande aussi de travailler sur un plan de continuité pédagogique, dont les tenants et les aboutissants ne sont pas du tout clairs », assure Elisabeth Kutas.

«Virer 300 élèves pour non-port du masque ?»

« Il y a un fossé énorme entre les instructions sur le papier et ce que l'on vit au quotidien, affirme encore Cédric Garrigou, professeur d'anglais dans un établissement REP de l'académie de Bordeaux. On a arrêté le sens de circulation, dans mon collège, ça ne fonctionnait pas du tout. Sans exagérer, je dois dire 50 fois par heure remets ton masque et dans la cour, c'est n'importe quoi. Mais qu'est-ce qu'on peut faire ? Virer 300 élèves pour non-port du masque ? Bien sûr que non. En plus, on est confrontés à des élèves qui ont vécu six mois sans école l'an passé, et qui n'ont toujours pas repris une attitude d'élève. »

Et le professeur, en vacances depuis deux heures, de souffler : « Je n'aurais pas tenu une heure de plus, j'ai les pires classes de ma vie, comme j'en ai jamais vu en dix-sept ans de carrière. »