Covid-19 : l’école à la maison après les vacances ? Les enseignants se préparent «au cas où...»

Tout sera décidé en fonction des chiffres de l’épidémie de Covid-19, insiste le ministère. Mais l’hypothèse du retour des cours à la maison dans la foulée des congés d’hiver, oblige professeurs et chefs d’établissement à anticiper.

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 Des écoles préparent les outils d’enseignement à distance, au cas où leur fermeture serait décidée.
Des écoles préparent les outils d’enseignement à distance, au cas où leur fermeture serait décidée. LP/Matthieu de Martignac

C'est la petite musique qui résonne dans les couloirs des écoles depuis une dizaine de jours : et si l'on allongeait les vacances de février, en gardant les établissements scolaires fermés une à deux semaines de plus? L'idée a été soufflée par Jean-François Delfraissy, patron du Conseil scientifique, l'instance qui guide les choix du gouvernement en matière de lutte contre le Covid-19 — rejoint sur ce point par plusieurs épidémiologistes. Objectif : freiner les contaminations en évitant les brassages, d'autant plus avec l'arrivée des variants, plus contagieux.

Or, à la veille du départ en vacances de la zone A (académies de Besançon, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Limoges, Lyon, Poitiers), profs et chefs d'établissement s'arrachent les cheveux : conscients que l'hypothèse est étudiée, mais n'en connaissant pas les contours, ils craignent d'avoir à s'organiser en très peu de temps s'il faut, par exemple, relancer « l'école à la maison ». Car, si Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education, répète qu'il aspire à garder les écoles ouvertes, effrayé à l'idée d'augmenter le décrochage scolair e comme lors du premier confinement, « ce n'est pas lui qui tranche, mais l'Elysée », rappelle-t-on dans son entourage.

Reste qu'un prolongement des vacances représenterait la solution « la plus indolore socialement et économiquement, et l'une des plus efficaces sur le plan sanitaire », puisque les familles se sont déjà organisées pour quinze jours de congé, dit Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale à l'université de Genève (Suisse).

Alors, la rue de Grenelle planche sur plusieurs pistes au cas où, hausse des contaminations oblige, la décision de ne pas rouvrir les écoles dès le retour des congés était prise par le chef d'Etat. Notamment celle de relancer les cours à distance durant la période de « prolongation » des vacances. « Ce n'est pas quelque chose qui s'improvise ou se réfléchit en 48 heures », s'alarme Sandrine, une directrice d'école du centre de la France, encore traumatisée par la fermeture inattendue et si soudaine des établissements au printemps.

Un plan de bataille bricolé

Théoriquement, les congés de la zone B dont elle dépend ne débutent que dans 15 jours. Mais elle anticipe. « Chat échaudé craint l'eau froide », sourit-elle, en se souvenant de mars. Quand l'hypothèse de prolonger les vacances et relancer l'école à la maison a resurgi, il y a dix jours, elle a « bricolé sur un bout de papier » un plan de bataille.

« Nous avons distribué à chaque élève un roman qu'il n'était pas prévu d'étudier dans l'immédiat. Comme ça, ils l'auront à la maison en cas de fermeture des écoles, c'est un outil sur lequel les enseignants pourront travailler avec eux à distance », détaille-t-elle. Idem avec les manuels scolaires, tous redéployés dans les familles, avec la consigne de les garder chez elles, histoire d'avoir tout à disposition pour du distanciel.

Laurent, principal dans un collège de région parisienne, en congés dans une semaine, a lui organisé un conseil pédagogique pour… « préparer le pire », dit-il. Consigne a été passée d'affûter les outils d'enseignement à distance tandis que les codes d'accès étaient retransmis aux élèves. « On a aussi réfléchi aux supports papier parce que dans mon collège de quartier populaire, 25 % des gamins n'ont pas de connexion ou pas d'ordinateur à la maison, souligne le principal. On essaiera de leur distribuer avant le départ en vacances… au cas où. »

Eviter tout affolement

Cette anticipation « à l'aveugle » agace les syndicats, qui disent, tout de même, « comprendre la priorité sanitaire », jure Sophie Vénétitay, délégué Snes-FSU, majoritaire chez les profs du second degré. Mais, entre les appels du pied de Delfraissy et le black-out du ministère, la liste de questions s'allonge. « D'abord, quand saura-t-on si ce prolongement des vacances a lieu, ou pas? Devra-t-on scolariser les enfants des soignants, comme l'an dernier? Et est-ce qu'un cadre d'organisation est prévu? » égrène, lasse, la porte-parole des profs.

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Même son de cloche chez Bruno Bobkiewicz, proviseur à Vincennes (Val-de-Marne) et secrétaire national du syndicat de chefs d'établissement SNPDEN. « Si organisation de certains collègues il y a, elle est de leur propre initiative : personne n'a reçu de consigne officielle », résume-t-il, attendant un « feu vert » de la part de l'Education nationale, « dans un sens ou dans un autre, d'ailleurs ». Car l'urgence est de rassurer. « Si certains se mobilisent pour anticiper, préparer les équipes et les élèves, cela va créer de l'affolement et certains vont dire : ça y est c'est acté, les vacances sont prolongées ! Or, on n'en sait rien. »