Covid-19 : «Face au variant, nous n’avons pas d’autre choix que de reconfiner»

Pour la vice-présidente de la Société française de virologie, Mylène Ogliastro, il ne faut pas se fier au faible nombre actuel d’infections au clone britannique. Une fois parti, l’arrêter sera difficile.

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 Pour Mylène Ogliastro, « il faut instaurer un nouveau confinement, en attendant que la vaccination ne fasse son effet ».
Pour Mylène Ogliastro, « il faut instaurer un nouveau confinement, en attendant que la vaccination ne fasse son effet ». LP/Matthieu de Martignac

C'est peut-être parce qu'elle s'est accordé ce dimanche une balade sur les plateaux enneigés des Cévennes que Mylène Ogliastro file la métaphore de la montagne qui se dresse devant nous. Pour la vice-présidente de la Société française de virologie, les variants du coronavirus, et notamment le britannique, doivent nous faire réagir, et vite. Directrice de recherches à Montpellier (Hérault), elle l'affirme : seul un nouveau confinement peut nous permettre d'inverser la tendance.

Selon Boris Johnson, la mutation anglaise du virus pourrait le rendre plus mortel…

MYLÈNE OGLIASTRO. Jusqu'à ce samedi soir, j'étais dubitative et je me demandais si le Premier ministre britannique ne confondait pas contagiosité et mortalité du virus. Et puis, un consortium anglais – le Nervtag, l'équivalent de notre conseil scientifique – a montré, à partir d'analyses statistiques recueillies dans différents hôpitaux, que le variant pourrait augmenter de 30 % la pathogénicité, qui inclut donc la mortalité. En clair, le risque de forme grave et de décès semble supérieur avec ce variant qu'avec le virus originel.

VIDÉO. Covid-19 : le variant britannique aurait « un degré de mortalité plus élevé », indique Boris Johnson

Cela vous inquiète-t-il d'autant plus ?

Oui, mais on savait déjà qu'il fallait s'en méfier. Les données indiquaient qu'il est plus transmissible car les mutations qu'il porte augmentent sa capacité à rentrer dans nos cellules et à s'y répliquer. Or, mathématiquement, plus il y a de cas, plus on multiplie ceux à forme grave de la maladie. Cette fois, deux données se cumulent : il est plus transmissible mais aussi, comme le suggèrent les scientifiques anglais, plus dangereux. Voilà une double raison de s'inquiéter, même si une seule était déjà bien suffisante.

Quel est le risque ?

Que sa diffusion sur le territoire n'augmente encore la saturation des services hospitaliers. C'est comme si on revenait à la case départ, que nous étions projetés un an en arrière : il faut absolument aplatir la courbe avant d'être débordé. Pour cela, il faut frapper vite, et fort.

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Comment ?

Déjà, par la vaccination. Il est crucial de l'accélérer. Et par plus de restrictions pour éviter que le R0, qui dit combien une personne va en infecter d'autres, n'explose sous l'effet du variant. Pour cela, il faut instaurer un nouveau confinement, en attendant que la vaccination ne fasse son effet. C'est très dur, très contraignant, mais épidémiologiquement parlant, on n'a pas le choix. Plus des mesures « sévères » de restriction seront prises tôt, plus on limitera rapidement la diffusion du virus.

Si l'on s'en tient aux données officielles, il n'y a que 131 cas de variants en France…

Cela ne paraît rien, mais c'est énorme. Comme une grenade prête à dégoupiller. Nous sommes aujourd'hui dans une plaine, avant d'attaquer la montagne. Plus on agira en amont, moins la pente sera rude. Je suis de nature optimiste, on peut encore y arriver. Mais plus on attend, plus l'effort est compliqué.

Les mutations concernent notamment la protéine S, qui aide le virus à se fixer à nos cellules et qui est aussi la cible du vaccin. Est-on vraiment sûr qu'il sera toujours efficace ?

Contre le variant britannique, oui. Peut-être y aura-t-il une légère baisse de l'efficacité, mais rien qui ne remette en cause le vaccin à court terme. En revanche, plus on le laisse circuler, plus il risque d'évoluer à moyen terme et de trouver d'autres formes de résistance. Un peu comme les variants sud-africain et brésilien. Vous savez, la théorie des espèces de Darwin s'applique aux virus. Ils mutent, puis une sélection de formes va s'adapter à l'environnement. Un peu comme nous finalement !