Covid-19 : et si tous les élèves étaient en vacances dès le 13 février ?

En congés dès le samedi 13, toutes zones confondues : c’est la demande des médecins scolaires pour enrayer la propagation du Covid-19 dans les écoles. «Ce n’est pas d’actualité», répond le ministère.

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 Pour les médecins scolaires, les deux semaines de vacances de février ne suffiront pas à freiner l’épidémie de Covid-19 dans les établissements.
Pour les médecins scolaires, les deux semaines de vacances de février ne suffiront pas à freiner l’épidémie de Covid-19 dans les établissements. LP/Olivier Boitet

Vacances pour tous les élèves dès le samedi 13 février! Voici la prescription des médecins de l'Education nationale. Inquiets de la hausse du nombre d'élèves contaminés au Covid-19, des fermetures d'écoles et de la propagation des variants, le Syndicat national des médecins scolaires et universitaires (SNMSU) — majoritaire chez les 800 praticiens dédiés aux 12 millions d'élèves — demande que tous les établissements scolaires ferment le plus rapidement possible, pour les quatre semaines de vacances d'hiver, alors que seule la zone A (Besançon, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Limoges, Lyon, Poitiers) a entamé ses quinze jours de congé.

Objectif : couper la circulation du virus, deux semaines de vacances d'hiver ne suffisant pas, selon eux, à freiner la pandémie en milieu scolaire. Un avis qui rejoint celui d'épidémiologistes, dont Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique. « Sur le terrain, on constate une forte hausse du nombre de contaminations chez les élèves, et l'on s'interroge sur le rôle accru des variants », explique Marianne Barré, médecin scolaire et secrétaire générale du SNMSU. Elle l'assure : elle et ses collègues disent « ne plus arriver à traiter tous les cas de Covid en une seule journée ».

Enquêter sur les cas contacts

Concrètement, les médecins scolaires sont chargés d'enquêter sur les cas contacts dans les écoles, collèges et lycées, d'identifier les « cas à risque » et d'appeler pour remonter le fil de la contamination, y compris pour les profs et personnels. « Théoriquement, c'est aux Agences régionales de santé de faire ce job, mais c'est nous qui nous en chargeons », rappelle Marianne Barré. Selon elle, la bascule a eu lieu la première semaine de février : « De dix cas par jour en moyenne, j'ai eu à traiter le double! »

Une note urgente de la Direction générale de la santé (DGS) a renforcé les règles d'isolement et de fermeture des classes, au vu de la propagation des variants britanniques, brésiliens et sud-africains. Pour l'instant, aucune étude ne démontre que ces variants aient aggravé la présence du virus en milieu scolaire, mais les spécialistes le craignent. Renaud Piarroux, épidémiologiste et chef du service de parasitologie de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, estime qu'il faut agir en fermant « les lieux de transmission actuels, en particulier les lycées, les collèges et peut-être les écoles ».

Covid-19 : et si tous les élèves étaient en vacances dès le 13 février ?

Selon des chiffres de l'Education nationale de vendredi, 934 classes sont fermées à cause du Covid-19. Un nombre faible, 0,17 % des 50 000 classes du pays, mais plus de deux fois supérieur à celui de la semaine précédente. Reste que cette position est isolée dans le monde scolaire, plutôt favorable à ce que les classes restent ouvertes et que les vacances ne soient pas rallongées au profit des cours à distance.

« Une fermeture sèche entraînerait de trop gros risques de décrochage », résume Sophie Vénétitay, du Snes-FSU, syndicat majoritaire des profs du second degré. D'ailleurs, au sein de l'Unsa, les médecins scolaires ont dû s'expliquer devant les autres corporations, notamment les enseignants, les chefs d'établissement et les infirmières scolaires, dans la foulée de leur communiqué.

«Ils ont une position de médecin»

« Ils ont une position de médecins, mais ils sont seuls sur cette ligne », rappelle-t-on à l'Unsa. Ce que ne nie pas Marianne Barré : « Nous sommes sur le registre sanitaire, pas pédagogique. Jusqu'ici, nous avons toujours soutenu le maintien des écoles. Aujourd'hui, ce n'est plus tenable. » Les médecins scolaires ont été contactés par le ministère, qui voit dans leur prise de position le « signe d'inquiétude » d'une profession qui se sent sous-dotée dans ses missions.

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Sur le fond, si « aucun scénario n'est écarté », pas même celui d'un rallongement des congés avec mise en place des cours à distance, la probabilité que les vacances soient généralisées dès lundi est faible. « Ce n'est pas d'actualité », insiste-t-on dans l'entourage de Jean-Michel Blanquer, où l'on rappelle que l'une des « boussoles » de la Rue de Grenelle, la Société française de pédiatrie, a maintes fois rappelé son opposition à la fermeture des écoles.

Reste qu'en cas d'explosion des contaminations, s'il faut annoncer, au cœur des vacances, un rallongement des congés, et donc une fermeture des écoles avec mise en place de la classe à la maison, les autorités n'hésiteront pas. « Avec l'apparition des variants, nous sommes d'autant plus vigilants », indique-t-on au ministère.

Qu'en disent les parents? « Si les autorités sanitaires jugent cela impératif, on s'y pliera », assure Hubert Salaün, délégué de la Peep, fédération de parents d'élèves, lui-même père de famille dans l'Oise. En zone B, dont les congés commencent le 20 février, il espère seulement que si la décision est prise, un « contact sera établi à distance entre les profs et les élèves, pour éviter le décrochage ». Quid des parents contraints de garder leurs enfants? « Ce serait une réelle difficulté. Mais cela reste une solution à moindre coût : chaque famille s'est déjà organisée pour la période des vacances. »