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Covid-19 : et si la saison des rhumes… retardait la seconde vague

Alors que l’automne signe généralement l’arrivée de nombreuses infections virales, des chercheurs s’interrogent sur les effets de leur coexistence avec le nouveau coronavirus.

 Selon de nombreux médecins, une infection respiratoire a tendance à protéger des infections du même type.
Selon de nombreux médecins, une infection respiratoire a tendance à protéger des infections du même type. LP/Philippe Lavieille

Un nez qui coule, une gorge un peu rouge voire une légère migraine : face au Covid-19, notre meilleur allié pourrait être… un bon vieux rhume. C'est du moins l'espoir que partagent, du bout des lèvres, certains chercheurs à la faveur de l'automne.

La saison, amorcée la semaine dernière, a pour habitude de charrier les infections virales comme les feuilles mortes, à commencer par la grippe et la gastro-entérite. Si l'on en croit ce qui n'est encore qu'une théorie très optimiste, ces agressions pourraient faire concurrence au nouveau coronavirus. Au point, peut-être, d'amoindrir ou de retarder la fameuse « seconde vague ».

« Traditionnellement, on remarque que les virus se suivent tout au long de l'année plutôt qu'ils ne coexistent, relève Benjamin Davido, infectiologue au sein de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). Est-ce que ce coronavirus va se figer à une place au sein de ce calendrier ou s'y superposer ? C'est toute la question. »

Médecin infectiologue et hygiéniste au centre hospitalier-universitaire de Strasbourg (Bas-Rhin), Stéphane Gayet évoque une hypothèse « plausible ». « Au niveau individuel, l'interférence immunitaire a d'abord été observée avec la rougeole, expose-t-il. On s'est rendu compte que les enfants atteints ne contractaient pas d'autres virus. »

Système immunitaire en alerte

Concrètement, une fois le système immunitaire stimulé, le corps a tendance à devenir imperméable aux autres virus pour quelques semaines. C'est notamment le cas pour ceux transmis sur le même mode ou par les mêmes voies : en l'occurrence, une infection respiratoire, comme une infection para-grippale, a tendance à protéger des autres infections du même type. Donc, potentiellement, du Covid-19.

« C'est comme cela qu'on explique que les jeunes enfants, jusqu'à 10 ans, semblent réfractaires au Covid-19, renchérit Stéphane Gayet. Pas encore immunisés, ils enchaînent les infections virales : à partir de deux ans, leur système immunitaire est en permanence sur le pont! »

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Certains médecins vont jusqu'à souligner qu'il est extrêmement rare de contracter à la fois la grippe et, par exemple, la gastro-entérite. D'où la possibilité que l'une exclut momentanément l'autre, en dépit de modes de transmission différents. En l'espèce, ces mécanismes immunitaires, qui reposent au niveau cellulaire sur l'action de protéines appelées interférons, sont encore relativement mal compris.

À l'échelle de la société, la saison des rhumes pourrait-elle décaler de quelques mois le prochain pic de l'épidémie? Seules les prochaines semaines pourront y répondre. D'autant plus que l'automne entraîne une série de changements environnementaux a priori favorables au coronavirus, à l'image de la baisse des températures et des journées plus courtes.

« Prudent »

« Pas franchement du genre alarmiste » vis-à-vis de la seconde vague, Thierry Prazuck, chef du service maladies infectieuses du centre hospitalier régional d'Orléans (Loiret), se montre « extrêmement prudent ». « Le virus des bronchiolites survient presque en même temps que l'épidémie de grippe, objecte-t-il. Le H1N1 de la grippe coexiste avec le H3N2 et le virus B de la grippe, alors qu'ils donnent les mêmes symptômes… »

Mêmes réticences chez Jean-Daniel Lelièvre, chef du service infectiologie de l'hôpital Mondor, à Créteil (Val-de-Marne). « Avant cette année, on n'avait presque jamais suivi un virus aussi précisément que le coronavirus, rappelle-t-il. Si on l'avait fait, on aurait peut-être découvert beaucoup plus de cas, notamment asymptomatiques, tout au long de l'année ». Y compris, donc, en période de coexistence avec d'autres virus.