Covid-19 : Espagne et Portugal, la nouvelle zone qui inquiète en Europe

Les deux pays font face à une forte augmentation du nombre de cas, similaire à celle vécue par l’Irlande et le Royaume-Uni quelques semaines plus tôt.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Des panneaux d’affichage appellent à respecter le confinement, à Porto (Portugal).
Des panneaux d’affichage appellent à respecter le confinement, à Porto (Portugal).  REUTERS/Violeta Santos

Les semaines se suivent mais ne se ressemblent pas sur le front du Covid-19 en Europe. Après le Royaume-Uni et l'Irlande fin décembre et début janvier, c'est désormais vers l'Espagne et le Portugal que les regards se tournent avec inquiétude. Ces deux pays recensent les nombres de nouveaux cas quotidiens les plus élevés par rapport à la population, et les courbes grimpent à grande vitesse depuis le début du mois de janvier.

Un nombre record de 41 576 cas en 24 heures a été annoncé ce jeudi matin en Espagne. 35 % des lits d'hôpital en soins intensifs y sont désormais occupés par des patients Covid, soit davantage qu'au pic de la première vague. Au Portugal, le système hospitalier est déjà au bord de la rupture. « Les médecins sont confrontés à plus de patients que ce qu'ils sont capables de traiter et ils finissent par choisir de soigner ceux qui semblent les pires en premier », a témoigné l'un d'eux dans le journal Publico ce mardi.

L'épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l'Institut du globe de Genève, ne voit « pas de raison simple et unique » à cette situation. Voici cependant plusieurs pistes avancées par les spécialistes.

Des mesures moins strictes à Noël

Au Portugal, de nombreux experts en santé publique reprochent au gouvernement d'avoir trop assoupli les restrictions lors des fêtes de Noël. Il était par exemple autorisé de se déplacer et chacun était libre de se rassembler en famille ou avec des amis. Cela aurait pu inciter à un certain « relâchement » dans le respect des gestes barrière et des mesures de précaution.

L'épidémiologiste Ricardo Mexia estime aussi que le pays « paye » de n'avoir pas fait suffisamment redescendre la courbe des contaminations à l'automne. Depuis la fin du mois d'octobre, le pays n'est quasiment jamais retombé sous la barre des 300 cas quotidiens pour un million d'habitants. « Une augmentation était inévitable après les vacances et cela n'a pas été correctement planifié », a estimé ce professeur de santé publique auprès du Financial Times. Rattrapé par la situation, le pays est de nouveau confiné depuis le vendredi 15 janvier.

Covid-19 : Espagne et Portugal, la nouvelle zone qui inquiète en Europe

Une perspective que n'envisage pas (encore) le pays voisin. En Espagne, depuis la fin du mois d'octobre, seul un couvre-feu est imposé sur l'ensemble du territoire à partir de 23 heures, ou 22 heures si une région le décide. Mais de nombreux élus locaux de différentes couleurs politiques veulent aller plus loin, en l'imposant dès 20 heures. Certaines plaident même pour un nouveau confinement aussi strict qu'au printemps dernier.

Le pouvoir basé à Madrid se dit ouvert à ces propositions mais il n'entend pas déroger aux mesures prévues dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire actuel. Celui-ci « a fonctionné car il donne aux régions les outils pour restreindre les déplacements sur leur territoire », a répliqué le ministre de la Santé Salvador Illa dimanche dans le quotidien El Païs, citant notamment la fermeture de certains commerces ou l'interdiction des rassemblements.

Les écoles toujours ouvertes

S'il ne voit « pas de grande différence » dans les mesures prises pendant les fêtes de fin d'année par l'Espagne et le Portugal par rapport à d'autres pays, Antoine Flahault souligne cependant que ces deux pays font partie de ceux ayant décidé de maintenir les écoles ouvertes. Or, « on voit quand même assez clairement que le haut du palmarès en Europe est plutôt porté par les pays qui ont fermé les écoles », ajoute-t-il, faisant référence par exemple à l'Allemagne et à l'Autriche.

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Au Portugal, le Premier ministre a longtemps justifié de maintenir les écoles ouvertes par le fait que cela permettait de limiter les conséquences sociales. Mais de nombreux élus ont fait pression pour le faire changer d'avis. Et il a finalement annoncé ce jeudi après-midi la fermeture des écoles pendant quinze jours, comme cela avait été décidé lors du premier confinement.

Un effet vacances ?

Ce qui se passe actuellement peut rappeler la situation observée à la fin de l'été, lorsque l'Espagne et le sud de la France avaient été parmi les premières zones en Europe de l'Ouest à connaître un regain de l'épidémie. « Ce n'est qu'une hypothèse, mais ce parallélisme peut laisser penser que l'Espagne et le Portugal ont de nouveau accueilli davantage de touristes ou de personnes rentrant chez elles pendant les vacances de fin d'année que d'autres pays, avec le risque d'amener le virus depuis différents coins d'Europe », observe Antoine Flahault. Reste que 13 des 17 régions espagnoles avaient fermé leurs portes aux touristes et limité les entrées sur leur sol.

Le variant britannique qui se propage

Au Portugal, 13 % des cas examinés dans la semaine du 11 au 17 janvier sont liés à ce variant, rapporte le Jornal de Notícias. À titre de comparaison, ce taux est - pour l'instant - à peine supérieur à 1 % en France. 13 %, « c'est beaucoup et c'est possible que cela explique en partie l'augmentation rapide des nouveaux cas », souligne Antoine Flahault. Car ce variant serait entre 50 et 70 % plus contagieux, d'après les premières études scientifiques. En Espagne, quatre premiers cas avaient été recensés le 26 décembre.

La queue pour se faire tester, à Madrid, fin décembre./AFP/Oscar del Pozo
La queue pour se faire tester, à Madrid, fin décembre./AFP/Oscar del Pozo  

Dans ces pays comme ailleurs, les autorités anticipent que ce variant deviendra majoritaire d'ici à quelques semaines ou quelques mois. Mais cela n'aurait rien d'inéluctable. Au Royaume-Uni et en Irlande, où plus de la moitié des nouveaux cas sont liés à cette souche, les mesures de confinement ont quand même permis de faire chuter la courbe des nouveaux cas.