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Covid-19 : dans l’enseignement supérieur, «une quarantaine de sites fermés», selon la ministre

La ministre Frédérique Vidal confie qu’elle espérait que les fermetures de facultés et autres établissements « n’arriveraient pas aussi vite ».

 « Lorsque l’on identifie des clusters, on s’aperçoit que les cas ne sont pas tous dans la même promotion et sont liés à un événement extérieur à l’université » explique Frédérique Vidal
« Lorsque l’on identifie des clusters, on s’aperçoit que les cas ne sont pas tous dans la même promotion et sont liés à un événement extérieur à l’université » explique Frédérique Vidal LP/Delphine Goldsztejn

Alors que le campus de l'Université de technologie de Compiègne (Oise) vient de fermer pour deux semaines, après l'annonce de 183 tests positifs au Covid-19 parmi ses élèves, la crainte de voir les fermetures se multiplier plane sur les amphis, deux semaines à peine après la reprise des cours. La ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, s'explique.

Combien de sites sont-ils fermés actuellement dans l'enseignement supérieur ?

FRÉDÉRIQUE VIDAL. Il y a pour l'instant une quarantaine de sites fermés, sur décision des chefs d'établissements, en lien avec les ARS (agences régionales de santé) et les préfets, et en fonction du contexte local. Le premier à avoir fermé est Sciences-po Reims : la décision a été prise pour ne prendre aucun risque, et aussi parce que tout était prêt pour le distanciel.

Vous avez dit que les clusters n'étaient pas le fait de la présence des étudiants en cours, mais d'événements extérieurs. Comment pouvez-vous en être sûre ?

Ce qui nous fait dire cela, ce sont deux mesures indirectes : Lorsque l'on identifie des clusters, on s'aperçoit que les cas ne sont pas tous dans la même promotion et sont liés à un événement extérieur à l'université. Deuxièmement, il n'y a pas de corrélation entre les personnels qui peuvent se déclarer malades et les groupes d'étudiants identifiés comme des clusters.

D'une formation à l'autre, certains enseignements sont passés à distance, d'autres pas. Pourquoi n'y a-t-il pas un cadrage national, pour que les étudiants et les familles s'y retrouvent mieux ?

Le cadrage national existe. Nous avons quatre niveaux de réaction en fonction de la circulation du virus. A niveau 1, les cours sont en présentiel, avec port du masque obligatoire et gestes barrière. On passe en niveau 2 quand un cluster est formellement reconnu dans un établissement : une partie des étudiants sont présents, les autres à distance, et on alterne. Au niveau 3, une promotion complète passe à distance, et au niveau 4, l'établissement ferme. Il faut tenir compte de ce qui se passe localement, la configuration des locaux, etc.

Vous attendiez-vous à ce que des sites soient contraints de fermer si vite après la rentrée ?

On espérait que ça n'arriverait pas aussi vite. On a vu les chiffres remonter à la fin du mois d'août, on a observé le besoin de lien social de la jeunesse, l'organisation d'événement de rentrée, des fêtes. Cela a été le facteur déclenchant. Les étudiants eux-mêmes ne s'attendaient pas à passer aussi vite en en distanciel, pour partie.

Appelez-vous les étudiants à arrêter de sortir ?

C'est difficile de demander à un jeune d'arrêter de sortir. Mais je leur dis de réduire leurs contacts eux aussi, et d'appliquer les gestes barrière. J'en appelle à leur responsabilité, et l'immense majorité des 2,7 millions d'étudiants est responsable.

Comment éviter le décrochage pour les étudiants de première année, qui risquent de se retrouver plus seuls que jamais en ayant cours à distance ?

Cela a été anticipé, pour travailler et mettre à disposition des modules et des capsules vidéos adaptées. Nous avons engagé cet été 40 millions d'euros pour encourager les établissements à développer des outils pédagogiques numériques et nous allons poursuivre cet effort au cours de l'année. Des établissements ont aussi organisé des prérentrées pour les premières années uniquement, afin de créer ce lien très important entre les étudiants et les enseignants. Et beaucoup plébiscitent le mentorat, entre étudiants de deuxième, ou troisième, année et les premières années.

Craignez-vous une hausse massive de l'échec en fin de première année ?

Oui, c'est une inquiétude et nous faisons tout pour éviter cela. Je vois les acteurs de terrain toutes les semaines, pour faire remonter les points de vigilance. Tout le monde sait à quel point la période est compliquée pour les jeunes, à l'âge où l'on apprend à vivre seul, et où le besoin d'interactions sociales est essentiel.

Les partiels vont arriver vite. Se tiendront-ils à distance ?

Les établissements se préparent à cette possibilité, et on anticipe aussi la tenue des examens et concours nationaux avec des normes particulières, des distances de sécurité, etc. Ils doivent se passer dans des conditions équivalentes pour tout le monde.