Covid-19 : d’abord citée en exemple, la situation en Italie devient «hors de contrôle»

Hôpitaux surchargés, secours débordés, crainte de nouvelles restrictions… L’Italie, citée en exemple il y a un mois pour son contrôle de l’épidémie, affronte désormais elle aussi sa seconde vague.

 Des secouristes escortent un retraité après un appel aux urgences.
Des secouristes escortent un retraité après un appel aux urgences.  AFP/Miguel Medina

A Naples, un hôpital est si surchargé qu'il est obligé de brancher ses patients à des respirateurs… dans leur voiture. A Turin, les secours se disent dépassés par leurs journées interminables. Dans le Piémont, La Stampa décrit même « une guerre des hôpitaux » pour gérer les transferts de patients.

En Italie, depuis la fin du mois d'octobre, les contaminations et les décès dus au Covid-19 ne cessent d'augmenter. Pourtant, à la fin du mois de septembre, le pays était cité en exemple pour son contrôle de l'épidémie : comparé à ses voisins, le nombre de contaminations restait faible depuis la fin de l'été. Aujourd'hui, le pays est l'un des plus touchés d'Europe, juste derrière la France, l'Espagne et le Royaume-Uni.

Covid-19 : d’abord citée en exemple, la situation en Italie devient «hors de contrôle»

Comment expliquer ce revirement? En fait, le « miracle » vanté par la presse étrangère n'était finalement qu'une question de délai. « « De mars à mai, on a connu un confinement encore plus strict que celui appliqué en France. Cela nous a permis de faire descendre tous les indicateurs au plus bas cet été », nous expliquait l'épidémiologiste italien Carlo La Vecchia fin septembre. A l'époque, le spécialiste notait déjà qu'une « pente ascendante » se dessinait dans les admissions à l'hôpital et les services en réanimation.

Six semaines plus tard, les professionnels de santé en voient les conséquences : « La situation est largement hors de contrôle », a déclaré lundi à la télévision publique RAI le professeur Massimo Galli, chef du département des maladies infectieuses de l'hôpital Sacco de Milan, la capitale de la Lombardie, la région la plus touchée en Italie.

Covid-19 : d’abord citée en exemple, la situation en Italie devient «hors de contrôle»

« Les autres maladies ne font pas la grève parce qu'il y a le Covid et il faut s'organiser […] car autrement la pandémie finira par faire des dégâts qui vont au-delà du déjà très triste grand nombre de morts », a-t-il ajouté.

Des restrictions à venir ?

La pression s'accroît aussi dans les régions de Campanie, d'Émilie-Romagne, de Frioul-Vénétie Julienne et de la Vénétie, où le taux de reproduction du virus est supérieur à 1,5, selon un compte-rendu de l'Institut supérieur de la santé italien (ISS) mardi. De quoi faire craindre un passage de ces régions aujourd'hui classées à un niveau d'alerte « jaune » (couvre-feu obligatoire) à un niveau supérieur pouvant aller jusqu'au confinement (en « rouge »).

Mais ce n'est pas assez, selon de nombreux médecins. Il y a trois jours, la Fédération nationale des ordres de médecins et son président Filippo Anelli ont d'ailleurs exigé « un confinement total dans tout le pays » pour éviter au maximum les contaminations et baisser la pression sur les services de santé.

Le risque, selon l'Institut supérieur de la santé, pourrait en effet s'étendre à toutes les régions. « Dans certaines régions, le seuil critique pour les hôpitaux a été dépassé et, dans toute l'Italie, il y a une forte probabilité de saturation en moins d'un mois pour les soins intensifs », a souligné Silvio Brusaferro, le président de l'Institut.

Seul point positif : la vitesse des contaminations a récemment ralenti. Celles-ci n'ont augmenté que de 25 % ces derniers jours, contre 50 % précédemment, souligne le journal La Repubblica, qui reste cependant prudent : il n'a pas encore assez de recul pour déterminer s'il s'agit véritablement d'un ralentissement de l'épidémie.