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Covid-19 : couvre-feu plus drastique, reconfinement… 4 scénarios à la loupe

Epidémiologiste, urgentiste, président de l’Académie de médecine… Nous avons soumis à des spécialistes quatre solutions envisagées pour faire baisser la circulation du virus. Décryptage.

 Avancer le couvre-feu ou imposer un confinement pendant le week-end font partie des hypothèses pour enrayer la deuxième vague.
Avancer le couvre-feu ou imposer un confinement pendant le week-end font partie des hypothèses pour enrayer la deuxième vague. LP/Valentin Cebron

Le temps presse et la deuxième grande bataille contre le virus se joue dans les prochains jours. Alors que les premiers couvre-feux ont été instaurés, il y a plus d'une semaine, dans huit métropoles et l'Ile-de-France, le compteur de l'épidémie s'affole, tourmentant plus que jamais les médecins et le gouvernement. Ce mardi et mercredi, deux conseils de défense consacrés au Covid vont se tenir, durant lesquels chaque chiffre des contagions, des tests positifs, du taux d'occupation en réa, va être scruté avec une extrême attention.

Faut-il renforcer les mesures au plus vite ou patienter, sans se précipiter? Le dilemme s'avère cornélien. « La question que l'on va se poser, c'est : est-ce que le couvre-feu permet de juguler la propagation du Covid et d'inverser la courbe ou est-ce que l'impact n'est pas assez probant?, nous dit le ministère de la Santé, expliquant sa méthode : on ne fixe pas des mesures et on regarde, on regarde la situation et on prend des décisions. » Pour l'instant, aucune, nous dit-on, n'est exclue. Pas même celle du reconfinement. Quelle mesure prendre? Même pour les spécialistes, la question reste difficile.

Le retour à l'école à distance ?

C'est la proposition de l'épidémiologiste Antoine Flahault, qui prône le maintien de la classe en primaire, avec port du masque dès 6 ans et la fermeture des collèges, lycées et universités. Si les enfants transmettent peu le virus, ce n'est pas le cas des adolescents et des étudiants. « A cet âge, ils sont aussi contagieux que les adultes, affirme ce spécialiste de santé publique. Il faut aujourd'hui diminuer les contacts sociaux à risque et ces établissements en font partie. Dans ces lieux bondés, clos, mal ventilés où le port du masque comme la distance sociale est difficile, le virus circule beaucoup, l'enseignement doit donc se faire le plus possible à distance. »

En plus de cette mesure, la période n'est pas aux fêtes intergénérationnelles, finies les réunions familiales, les anniversaires et « c'est désolant », concède Antoine Flahault. « Mais si on veut stopper l'épidémie, tout le monde doit y mettre du sien ».

Confiner seulement nos doyens ?

Aujourd'hui, les plus de 65 ans représentent à eux seuls 65 % des admissions en réanimation. Les protéger, sans mettre à l'arrêt le pays, est-ce le bon compromis? Aucunement, répondent les experts, unanimes. « Je ne suis personnellement pas convaincu par cette mesure, d'abord pour des raisons légales, lâche Antoine Flahault. On ne peut pas discriminer des adultes responsables. » De plus, ce confinement n'aurait pas de conséquence sur la propagation de l'épidémie. « Ce ne sont pas les personnes âgées qui introduisent et répandent le virus ». Et la première vague, durant laquelle nos aînés ont été privés de visites dans les Ehpad, a servi de leçon.

« On les a perdus avec d'autres pathologies comme des syndromes dépressifs », souffle Jean Rottner, président LR de la région Grand Est, également médecin urgentiste. C'est ce qu'on appelle le syndrome de glissement. « Les couper de leur famille, c'est les tuer, ils vont mourir d'ennui et de tristesse, on l'a vu en mars », prévient Frédéric Adnet, chef des urgences de l'hôpital Avicenne, à Bobigny (Seine-Saint-Denis) et qui raconte dans Les Fantassins de la République, son « printemps en enfer » face au Covid.

Un couvre-feu plus drastique ?

Pour Jean-François Mattei, président de l'Académie nationale de médecine, d'autres mesures graduelles peuvent être prises pour « combler les quelques faiblesses de notre système ». Certes, aujourd'hui, 46 millions de Français, vivant dans 54 départements, doivent déjà être chez eux entre 21 heures et 6 heures du matin mais ce couvre-feu risque d'être insuffisant.

« Cela peut permettre un frémissement à la baisse mais la montée de l'épidémie est tellement spectaculaire qu'il pourra ralentir sa progression mais pas atteindre un plateau. » Alors que faire? « On peut être plus drastique sur le couvre-feu, dans certains pays, il commence à 19 heures », avance l'ancien ministre de la Santé, qui se dit aussi en faveur d'un confinement le week-end. « Je suis pour, naturellement ».

Un reconfinement au cas par cas

Au-delà des injonctions à rester chez soi, limiter les déplacements ou reconfiner localement pourrait être « utile », d'après Jean-François Mattei, encourageant à « faire du sur-mesure ». « Nous devons tout faire pour ne pas reconfiner l'ensemble du pays, alerte-t-il. Cela reviendrait à choisir entre mourir de faim ou mourir du virus ». « Une fermeture totale du pays serait catastrophique », rebondit le président de la région Grand Est. Pour lui, plus question d'attendre les effets du couvre-feu, « il ne devrait pas suffire ».

Alors, un reconfinement local lui semble une solution adaptée tout « en conservant une forme d'activité économique ». Echelonner les heures de travail, laisser les écoles ouvertes, imposer le télétravail… « Prenons de l'avance, ne courons pas après l'épidémie et surtout discutons-en », exhorte-t-il, appelant le gouvernement à s'appuyer sur ses acteurs locaux. Lui a connu la première vague dans le Grand-Est. Et dit-il, les cicatrices sont encore très fortes. « Je ne souhaite à personne d'affronter le mur viral que l'on a connu. »