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Covid-19 : comment peut-on dépasser 100 % d’occupation en réanimation par endroits ?

Dans certaines régions, le taux d’occupation des lits de réanimation par des patients Covid a déjà atteint la barre des 100 %. Un indicateur qui ne prend pas en compte, notamment, les nouveaux lits « armés » pour des soins de réanimation.

 Un patient dans un état grave est accueilli au CHU de Bordeaux, le 2 avril 2020.
Un patient dans un état grave est accueilli au CHU de Bordeaux, le 2 avril 2020. LP/Philippe de Poulpiquet

Le seuil symbolique des 100 % vient d'être franchi. Le « taux d'occupation en réanimation » est désormais de 110,7 % en région Auvergne-Rhône-Alpes, où la situation sanitaire est particulièrement critique, selon le site du gouvernement.

Mais comment peut-on parvenir à un tel ratio qui dépasse les 100 % ? Tout s'explique par le mode de calcul. Explications.

Capacité initiale de lits de réanimation

Tout d'abord, le taux d'occupation en réanimation se base sur la capacité initiale en lits, nous indiquent le ministère de la Santé et plusieurs Autorités régionales de santé (ARS). Or, cette capacité a beaucoup varié depuis le début de la pandémie de Covid-19. De 5 100 lits en temps normal, on est désormais monté à un peu moins de 6 400, selon nos informations. Et ce chiffre va encore grimper ces prochains jours et ces prochaines semaines, puisque Emmanuel Macron a annoncé le 28 octobre que les capacités allaient être « portées au-delà de 10 000 lits en réanimation » pour faire face à l'afflux de patients lors de cette deuxième vague. Le ministre de la Santé Olivier Véran a, à plusieurs reprises, évoqué la possibilité de monter jusqu'à 12 000 places.

Covid-19 : comment peut-on dépasser 100 % d’occupation en réanimation par endroits ?

Comme les projections les plus sombres prévoient jusqu'à 9 000 patients dans un état grave mi-novembre en France, le taux d'occupation en réanimation pourrait donc très vite dépasser aussi 100 % à l'échelle nationale.

Une source à l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes justifie ce mode de calcul par le fait que cela permet de garder un dénominateur commun et donc de mieux suivre l'évolution de la situation dans les hôpitaux au fil des jours. « Ce qui nous intéresse n'est pas de savoir si on est à 100 ou 200 % chaque jour, mais de voir comment cela évolue », renchérit-on à l'ARS Île-de-France.

Plusieurs services de « soins critiques »

Autre écueil : on pourrait penser que le taux d'occupation représentait le nombre de lits occupés par des patients Covid-19 dans les services de réanimation rapporté au nombre de lits disponibles en réanimation. En réalité, il s'agit du nombre de lits occupés en réanimation, en soins intensifs, ou en surveillance continue, les trois services où sont pris en charge les cas graves, rapporté au seul nombre de lits disponibles initialement en réanimation. C'est ce qu'indique l'intitulé précis de cet indicateur dans la base de données de Santé publique France.

Cela correspond d'ailleurs aux chiffres disponibles : avec 3 569 patients en réanimation, en soins intensifs ou en surveillance continue (ce qu'on regroupe sous l'intitulé « soins critiques ») ce dimanche en France pour une capacité initiale d'environ 5 100 lits de réanimation, on arrive au taux d'occupation affiché frôlant les 70 %. En Île-de-France, qui recense 1 130 lits de réanimation en Ile-de-France en temps normal et où 939 en soins critiques sont pris en charge ce dimanche, cela donne un taux d'occupation d'un peu plus de 83 %, selon les données que nous communique l'ARS.

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Or, tout compris, il n'y a non pas 5 100 mais près de 19 000 lits en capacité initiale. Outre ceux de réanimation, il y en a environ 6 000 en soins intensifs et 8 000 en surveillance continue, selon les dernières données de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES). Il nous faut ici distinguer ces trois catégories. Dans les unités de surveillance continue, « on prend en charge des patients qui n'ont pas encore de défaillance organique, pour les surveiller », nous explique Eric Maury, professeur de médecine intensive-réanimation à l'hôpital Saint-Antoine (AP-HP). L'échelon au-dessus, celui des soins intensifs, accueille des malades « qui souffrent d'une défaillance grave d'un seul organe », selon le président de la société de réanimation de langue française. Enfin, on fait entrer en réanimation les malades les plus gravement atteints.

« Des médicaments, du personnel et des appareils »

Le ministère de la Santé justifie d'additionner tous les patients Covid en soins critiques par le fait qu'ils « sont susceptibles de nécessiter à un moment où à un autre un passage en réanimation, en fonction de l'évolution de leur état ». Ainsi, les patients en soins critiques seraient déjà tous dans des lits « armés » en réanimation, mais dont l'intitulé n'a pas évolué. Pour augmenter le nombre de lits en réanimation, « il faut trois choses : des médicaments, du personnel qualifié pour cela, et des appareils dont un respirateur », explique-t-on à l'ARS Île-de-France.

Covid-19 : comment peut-on dépasser 100 % d’occupation en réanimation par endroits ?

Reste qu'il n'est pas possible aujourd'hui de savoir, parmi les 3 569 patients Covid en soins critiques en France, combien occupent des lits prévus dès le départ pour des soins de réanimation.

« Prendre en compte la capacité initiale de lits de réanimation permet de mesurer le niveau de pression exercé sur le système de santé par l'afflux de formes graves de Covid, et donc sur les équipes de réanimation qui prennent en charge ces patients », conclut le ministère de la Santé.