Covid-19 : ces départements qui se plaignent de ne pas recevoir assez de doses

À la fin de cette semaine, plus de 3 millions de doses, dont une grande majorité de Pfizer/BioNTech, auront été livrées en France. Mais tous les territoires ne semblent pas logés à la même enseigne.

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 Une infirmière prépare une dose de vaccin Pfizer/BioNTech à Lyon, le 6 janvier 2021.
Une infirmière prépare une dose de vaccin Pfizer/BioNTech à Lyon, le 6 janvier 2021. AFP/Jeff Pachoud

Tel un gros gâteau dont chacun veut s'arroger une part importante, le stock de vaccins contre le Covid-19 livrés à la France fait l'objet de toutes les sollicitations sur le terrain. Plus de 3 millions de doses auront été livrées à la fin de cette semaine, d'après les données accessibles en open data. La grande majorité a été fournie par Pfizer, Mais comment ont-elles été réparties selon les départements?

Concernant Pfizer/BioNTech, le premier des trois vaccins désormais autorisés en France, tout dépend du nombre de personnes âgées d'au moins 75 ans et de professionnels de santé âgés d'au moins 50 ans ou présentant des comorbidités, nous indique la Direction générale de la Santé. Il s'agit des deux principales catégories qui pouvaient se faire vacciner jusqu'à l'arrivée d'AstraZeneca, ce week-end. La première, depuis le 18 janvier (et même depuis le tout premier jour, le 27 décembre, pour les pensionnaires d'Ehpad et d'unités de soins de longue durée, les USLD). La seconde, depuis le 4 janvier. « Les critères de répartition sont liés à la population cible », résume le ministère de la Santé.

Moderna a cependant d'abord été fléché vers les départements où la situation sanitaire était la plus critique, « afin de tenir compte de la circulation particulièrement active du virus ». Quatre régions ont été concernées en priorité, à partir du 11 janvier : le Grand Est, la Bourgogne Franche-Comté, l'Auvergne-Rhône-Alpes et la Provence-Alpes-Côte d'Azur. D'après nos informations, 44 départements partout en France en ont ensuite bénéficié en fin de semaine dernière. Mais ce vaccin s'adresse aux mêmes catégories d'habitants que celui de Pfizer, à technologie ARNm également.

Deux flux pour Pfizer

Nous avons donc, dans chaque département, rapporté le nombre de doses Pfizer/BioNTech ou Moderna livrées sur le territoire (à date du 7 février et disponibles sur data.gouv.fr ) à la population des personnes âgées d'au moins 75 ans et des soignants âgés d'au moins 50. Par « soignants », nous avons pris en compte les médecins et les infirmiers, pour lesquels ce nombre est disponible auprès de la Drees.

Le rapport obtenu varie d'environ 0,2 à une dose par personne prioritaire, alors qu'il s'élève à 0,44 au niveau national. « J'ai clairement le sentiment qu'on a moins de doses que d'autres en proportion. Quand je me regarde, je me désole, mais quand je compare, je ne peux même pas me consoler », tonne Christophe Naegelen, député UDI des Vosges. Avec 16 550 doses de vaccin reçues jusqu'à cette semaine, le département fait en effet partie des moins bien classés lorsqu'on rapporte ce nombre à la population cible.

Covid-19 : ces départements qui se plaignent de ne pas recevoir assez de doses

« On a vu que le nombre de doses, c'est vrai pour Paris, c'est vrai pour d'autres territoires, était quand même très faible proportionnellement à la population », a aussi estimé la maire de Paris, Anne Hidalgo, ce lundi matin sur Franceinfo.

La situation peut aussi varier selon les catégories à atteindre. Les vaccins Pfizer transitent en effet par deux flux, A et B dans le jargon administratif. Le premier dessert les Ehpad et les USLD privés, après un passage par les grandes plates-formes logistiques de Santé publique France puis par le réseau d'officines. Le second, le plus fourni, sert à approvisionner les Ehpad publics et les centres de vaccination à l'hôpital ou en ville, en transitant par les établissements de santé. Dans les Deux-Sèvres, « on est dans la moyenne pour les doses en Ehpad, mais on a toujours été clairement sous-dotés pour les centres », grince la députée Delphine Batho (ex PS).

« Une campagne de vaccination qui n'a aucun précédent »

Le 25 janvier, l'élue a d'ailleurs écrit à Olivier Véran pour s'en plaindre. En réponse, le ministre de la Santé lui a répondu que « le cumul des vaccins des deux flux (A et B) ne fait pas apparaître de situation de sous-dotation du département des Deux-Sèvres ». Dans son courrier - que Le Parisien a pu consulter -, il reconnaît cependant que l'Agence régionale de Santé de Nouvelle-Aquitaine « reste attentive » à « renforcer l'accessibilité territoriale » dans l'ensemble du territoire.

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« Chez nous, pendant longtemps, il y a eu de nombreux bassins de vie avec aucune possibilité de se faire vacciner », s'émeut Delphine Batho. La députée est finalement rassurée de constater que le rythme des livraisons va s'accélérer, avec plus de 8 000 doses prévues par le flux B ces trois prochaines semaines.

« On parle d'une campagne de vaccination qui n'a aucun précédent. Si jamais un problème d'approvisionnement apparaît, on le résout », assure l'entourage d'Olivier Véran, sans pour autant reconnaître l'existence d'un souci dans le cas précis. Mi-janvier, le ministre de la Santé avait par ailleurs mis en cause des élus pour avoir ouvert trop de centres de vaccination. Ceux-ci avaient répliqué avoir reçu… moins de doses qu'annoncé.

La comparaison département par département peut aussi, dans certains endroits, comporter certaines limites. Prenons par exemple le cas du Doubs, qui apparaît relativement peu loti par rapport à sa population prioritaire. « Mais on a une particularité, puisqu'une partie de notre département est desservie par le Territoire de Belfort. Cela représente au moins quatre ou cinq centres de vaccination », indique le député LREM Frédéric Barbier. Or, le Territoire de Belfort est largement en tête pour le ratio doses/population prioritaire. Un phénomène semblable pourrait se produire en région parisienne. Paris apparaît en effet très bien loti, alors que les Hauts-de-Seine sont tout en bas du classement.

L'arrivée d'AstraZeneca rebat les cartes

Le Doubs a par ailleurs bénéficié de 12 000 doses Moderna depuis le 11 janvier, soit presque autant que les 15 195 doses Pfizer/BioNTech reçues depuis le début. Sans cela, il serait quasiment le dernier département de métropole.

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Tout va encore être bousculé avec l'arrivée d'AstraZeneca, dont les injections ont débuté samedi. Pour l'heure, les livraisons département par département ne sont pas disponibles en open data. Cette fois, seuls les moins de 65 ans seront concernés, en commençant par les professionnels de santé puis par les personnes de 50 à 65 ans et souffrant de comorbidités. La population cible va donc changer, de même que la clé de répartition par territoire. Neurologue de profession et âgé de seulement 40 ans, Olivier Véran s'est déjà fait vacciner ce lundi matin.