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Covid-19 : autant d’hospitalisés qu’au printemps mais moins de réanimations, voici pourquoi

Le nombre de patients hospitalisés atteint le pic de la première vague, mais il y a un tiers de patients en soins critiques de moins que le maximum atteint à l’époque. Tentatives d’explications.

 Des soignants prennent en charge un patient en réanimation à l'hôpital Robert Boulin de Libourne, près de Bordeaux, le 6 novembre 2020.
Des soignants prennent en charge un patient en réanimation à l'hôpital Robert Boulin de Libourne, près de Bordeaux, le 6 novembre 2020. AFP/Philippe Lopez

Selon l'indicateur que l'on choisit, la deuxième vague de Covid-19 n'a pas la même intensité à l'hôpital. Le nombre de patients Covid hospitalisés en France s'élevait ce mardi à 31 477. Le pic du 14 avril (32 131) est donc quasiment atteint. Certains de ces malades sont en « soins critiques », c'est-à-dire pris en charge en service de réanimation, de soins intensifs ou de surveillance continue. Et là, le sommet est encore loin : ils sont 4 736 ce 10 novembre, soit 33 % de moins qu'au maximum atteint au printemps (7 019 le 8 avril).

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Bien sûr, ce sont des données à l'échelle nationale et la situation varie beaucoup selon les régions. Le nombre de patients hospitalisés en Auvergne-Rhône-Alpes, par exemple, a déjà plus que doublé par rapport au pic de la première vague. Mais celui des malades en soins critiques n'a augmenté « que » de 10 %. En Île-de-France, déjà fortement touchée entre mars et mai, on est en dessous sur les deux indicateurs : 50 % en dessous du pic pour les hospitalisations et 58 % en dessous pour les cas graves. La différence est plus ténue, mais elle existe. Comment l'expliquer?

L'effet « prouvé » des corticoïdes

Pas par l'âge, visiblement. En effet, si 85 % des patients hospitalisés et 78 % de ceux en soins critiques ce mardi en France ont plus de 60 ans, ils étaient, respectivement, 78 % et 64 % aux pics de la première vague. On ne peut donc pas dire que les patients pris en charge à l'hôpital font moins de formes graves car ils sont plus jeunes. « Les caractéristiques des patients hospitalisés et en réanimation (âge, comorbidités, etc) sont aujourd'hui, en proportion, les mêmes que lors de première vague », décrit auprès du Parisien le Professeur Olivier Claris, président de la Commission médicale des Hospices civils de Lyon.

En revanche, les médecins parviennent à mieux soigner certains patients, limitant le risque qu'ils aillent ensuite en réanimation. Un mot revient dans leur bouche : « corticoïdes ». Cette gamme de médicament permet de limiter l'inflammation causée par le virus et, par conséquent, la survenue d'une forme grave de la maladie. « Leur effet est prouvé : ils réduisent un peu le risque de passage en réanimation puis la mortalité. On devait être à un taux de passage en réanimation de 30 % lors de la première vague, on doit être plutôt entre 20 et 25 % aujourd'hui », détaille Vincent Das, chef de service de réanimation de l'hôpital André Grégoire, à Montreuil.

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« Lors des trois premiers mois, on a pu tester différentes solutions thérapeutiques, afin de savoir lesquelles pouvaient être efficaces. Les corticoïdes ont un effet, c'est unanime. Tous mes collègues réanimateurs, pneumologues, internistes, etc., me le disent », renchérit Olivier Claris.

L'anakinra retiré d'un essai clinique

En revanche, concernant les autres médicaments dont le bénéfice supposé avait été avancé par certains médecins et travaux, comme l'anakinra ou le tocilizumab, « aucune grande étude n'a encore démonté leur efficacité », recadre Vincent Das. L'anakinra vient même d'être exclu d'un essai clinique après l'observation d' « une surmortalité précoce dans le groupe de patients traités par anakinra associé à des soins standards optimisés par rapport au groupe de patients traités par soins standards optimisés seuls », a indiqué l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) le 29 octobre.

Il y a un autre aspect lié à la prise en charge des patients : on « s'acharnerait » moins sur certains d'entre eux. Dans les premières semaines de la première vague, fin mars, de nombreux malades vulnérables et gravement atteints ont été intubés. Avec, souvent, des chances de survie quasiment nulles. Ce qui représente des soins très lourds, mais aussi « qui n'ont aucun sens et mobilisent des ressources humaines et techniques pour arriver à la fin au même résultat, à savoir le décès du patient », pointe un médecin réanimateur officiant en région lyonnaise. « Lors de la première vague, nous ne connaissions pas aussi bien la maladie et avions moins de recul sur le devenir des patients les plus gravement atteints. Aujourd'hui, dans les cas les plus graves, où il n'existe pas d'espoir de guérison et de retour à une vie en dehors d'un service de réanimation, nous prenons souvent la décision collégiale de ne pas faire d'acharnement thérapeutique, et de cesser des soins devenus futiles », explique-t-il.

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« On a beaucoup appris de la première vague, la prise en charge est cette fois très différente, plus précoce. On intube moins et on fait moins de ventilation invasive, ce qui permet d'éviter les risques d'embolies pulmonaires et d'effets secondaires », ajoute en écho David Hearl, le directeur de la communication de l'Agence régionale de santé Île-de-France.

Les pics annoncés pour mi-novembre évités

Il est bien sûr compliqué, sans davantage de recul, de dire précisément quel est l'impact de ces différentes explications. D'autant que d'autres hypothèses peuvent être avancées. « Un autre point qu'il serait intéressant d'étudier, c'est l'âge global des personnes contaminées (NDLR : et non plus de celles hospitalisées). Peut-être que celui-ci a un peu baissé », avance Olivier Claris, bien conscient que ces données sont manquantes pour le moment.

Reste que le pic de 7 000 patients Covid en réanimation « mi-novembre » en France, avancé par le ministre de la Santé Olivier Véran sur la base de projections de l'Institut Pasteur, ne sera pas atteint. « À ce stade, nous savons que quoi que nous fassions, près de 9 000 patients seront en réanimation à la mi-novembre », avait même lâché Emmanuel Macron dans son allocution du 28 octobre.

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C'est bien sûr une bonne nouvelle. Mais cela ne veut pas dire que les services hospitaliers, notamment ceux en réanimation, sont beaucoup moins sous tension aujourd'hui qu'en mars et avril. Il y en effet moins de déprogrammations d'autres opérations qu'à l'époque, et donc davantage de patients non Covid pris en charge.