Covid-19 : a-t-on «empêché l’accès à des traitements précoces», comme l’affirme Francis Lalanne ?

Si plusieurs traitements ont donné des résultats prometteurs sur des formes légères de Covid-19, leur efficacité doit encore être scientifiquement démontrée.

 Francis Lalanne était invité dans l’émission Touche Pas à Mon Poste du 26 janvier pour parler de sa tribune appelant à renverser Emmanuel Macron. Capture d’écran/Touche Pas à Mon Poste
Francis Lalanne était invité dans l’émission Touche Pas à Mon Poste du 26 janvier pour parler de sa tribune appelant à renverser Emmanuel Macron. Capture d’écran/Touche Pas à Mon Poste LP

La question des traitements contre le Covid continue de faire parler d'elle. « Je connais des médecins et je sais, aujourd'hui, qu'on a empêché les Français d'avoir accès à des traitements précoces » contre le Covid-19, assurait par exemple mardi Francis Lalanne sur le plateau de Touche Pas à Mon Poste.

Le chanteur, invité dans l'émission de C8 pour défendre sa tribune appelant à un coup d'Etat, a tenu à évoquer la gestion de la crise sanitaire. L'artiste a profité de ce temps d'antenne pour affirmer que l'on pouvait « guérir très rapidement » du Covid-19 « dès les premiers symptômes avec des médicaments » tels que l'hydroxychloroquine, l'azithromycine ou l'ivermectine, « qui ont été proposés par les plus grands virologues au monde, comme les professeurs Raoult et Perrone ».

Une théorie également relayée plusieurs milliers de fois par des internautes avançant que les autorités passeraient sous silence des remèdes efficaces car ils seraient bien moins rentables que les vaccins pour les firmes pharmaceutiques.

Mais, s'« il y a des recherches en cours, aucun médicament n'a encore démontré d'effet préventif sur le coronavirus », réfute le professeur Yves Buisson, membre de l'Académie de médecine. « S'il y en avait un, je peux vous dire qu'on l'utiliserait, on en parlerait, et la firme qui le produirait ne resterait pas les bras croisés », ajoute le scientifique.

Des traitements dont l'efficacité reste à prouver

Ces derniers jours, les annonces prometteuses concernant plusieurs traitements contre le Covid-19 se sont multipliées. La colchicine, un anti-inflammatoire utilisé contre la goutte se serait notamment montré « cliniquement convaincant » pour prévenir des formes graves du Covid-19, ont avancé les résultats partiels d'une étude québécoise.

VIDÉO. Coronavirus : la colchicine, médicament prometteur dans la lutte contre l'épidémie ?

Mais ces travaux sont à prendre avec précaution, car l'étude en question n'a pas encore été publiée, et ne sera pas consultable avant plusieurs semaines. Par ailleurs, les résultats « démontrant que la colchicine réduit de 21 % le risque de décès ou d'hospitalisation des patients atteints du Covid-19 » approchent seulement la « signification statistique » - le seuil permettant de considérer que le lien est prouvé et n'est pas seulement dû au hasard — sans l'atteindre. Le médicament oral, dont les effets indésirables peuvent être graves, voire mortels, est donc loin d'avoir fait ses preuves.

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De même, l'efficacité de l'ivermectine, un antipaludéen très ressemblant à la chloroquine et cité par Francis Lalanne, n'a pas été prouvée. Des chercheurs australiens ont bien constaté des effets encourageants « in vitro », en laboratoire, mais le professeur Buisson rappelle que cela ne signifie pas qu'un médicament fonctionne également « in vivo », c'est-à-dire dans un organisme vivant.

C'est ce qu'il s'est produit dans le cas de l'hydroxychloroquine. Portée en solution miracle par le professeur Raoult, la molécule, dont l'efficacité n'est toujours pas prouvée contre le Covid-19, est retombée en disgrâce, incitant les scientifiques à la prudence. Contrairement à ce qu'affirme le youtubeur Silvano Trotta, rien ne prouve que l'ivermectine, même associée à d'autres molécules comme le « doxycline et le zinc », donne « 100 % de guérison du Covid ».

Mentionnée par le chanteur, l'azithromycine, antibiotique dont les seules données portent sur des patients également traités par hydroxychloroquine, a de la même manière « montré une activité sur certains virus in vitro » sans prouver scientifiquement ses bienfaits pour les patients atteints du Covid-19, rappelle la Société française de pharmacologie sur son site.

Quant à la vitamine D, dont la prescription a été recommandée par 73 « experts francophones » dès le diagnostic du Covid-19 dans une tribune publiée le 8 janvier, aucune étude n'apporte de preuves directes de ses bénéfices. « Les personnes ayant des infections tierces ou formes sévères de Covid ont plus souvent une carence en vitamine D. Mais la réciproque n'est pas vraie », a rappelé le chercheur en immuno-oncologie Eric Billy. Il faudra donc attendre les résultats des essais cliniques « de grande envergure » en cours, dont l'un, classé « priorité nationale », est actuellement coordonné par le CHU d'Angers. L'essai clinique européen Discovery en revanche, qui conduits des essais sur de médicaments contre le Covid-19, a récemment « arrêté de tester le remdesivir », traitement antiviral initialement jugé prometteur, mercredi, « faute de preuves de son efficacité ».

En résumé, si aucun de ces traitements précoces n'est utilisé aujourd'hui en France, c'est parce qu'ils sont encore en phase d'essais ou qu'ils ne se sont pas révélés significativement efficaces pour les malades infectés par le nouveau coronavirus.

Des anticorps de synthèse prometteurs

« Outre le déploiement de vaccins, il reste primordial de trouver de nouveaux médicaments et de fournir des preuves solides de leur efficacité sur les patients touchés par le Covid-19 », a cependant réaffirmé l'Inserm mercredi. Et les espoirs se tournent désormais vers une combinaison de deux anticorps de synthèses dits « monoclonaux », testés dans le cadre de l'essai Discovery.

Ce cocktail expérimental, notamment administré à l'ex-président américain Donald Trump lorsqu'il avait attrapé le Covid-19 a été commandé en quantité importante en janvier par l'Allemagne. Notamment produit par les laboratoires Regeneron et Eli Lilly, il est préconisé pour les personnes ayant développé des symptômes légers ou modérés de la maladie et présentant un risque important de développer une forme sévère du Covid. Cela peut par exemple concerner des patients en surpoids, diabétiques ou hypertendus. Mais ce traitement coûte très cher : près de 200 euros par dose. « Il n'est pas question d'en donner à tout le monde parce qu'on n'en aurait pas les moyens et on ne sait pas encore bien à quel moment l'administrer aux patients », précise le professeur Buisson.

Mis à part des corticoïdes tels que la dexaméthasone, recommandée pour les patients sévèrement atteints par la maladie, aucun traitement n'a donc fait ses preuves dans le cas de formes légères de Covid-19. En attendant les résultats définitifs des essais cliniques sur ces médicaments, « le seul traitement précoce qui marche, c'est la vaccination », a rappelé le docteur Jimmy Mohamed. N'en déplaise à Francis Lalanne.