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Couvre-feu : il est 21 heures, Paris s’éteint…

Ce samedi 17 octobre 2020, pour la première soirée de couvre-feu effectif destiné à freiner la progression de l’épidémie, les Champs-Elysées étaient bien tristes. Ambiance...

 La première soirée de couvre-feu a plongé les Champs-Elysées, artère habituellement bondée, dans une franche solitude.
La première soirée de couvre-feu a plongé les Champs-Elysées, artère habituellement bondée, dans une franche solitude. LP/Arnaud Dumontier

21 heures. La plus belle avenue du monde est aussi la plus triste. Il fait froid et bien morne sur les Champs-Elysées ce premier soir de couvre-feu effectif.

La chaussée reste traversée de voitures — essentiellement des taxis, et des VTC. Mais sur les larges trottoirs en revanche, depuis l'Arc de Triomphe jusqu'au rond-point des Champs-Elysées, on ne croise plus guère âme qui vive. Pas de fêtard en tenue bling-bling, pas de touristes américains ou chinois qui se tirent le portrait au pied de l'arc de Triomphe illuminé. Parmi les dernières présences humaines, des SDF sont postés sur le perron d'une boutique de luxe.

«La vision de tous ces restos, artisans fermés me serre le cœur»

On croise aussi Fatou et Jamila, 17 et 18 ans, en train de scruter les horaires du bus 73 alors que l'heure fatidique est passée depuis quelques minutes. Ces « gardes d'enfant » sortent du boulot et ne semblent pas avoir bien compris les règles : « On a besoin d'une demi-heure pour rejoindre Villetaneuse, la police ne va pas nous empêcher de rentrer chez nous ? » s'inquiète Fatou. Personne ne les empêchera de retrouver leur domicile mais sans attestation de déplacement, ni attestation d'employeur, elles risquent 135 euros d'amende. Sur le trottoir d'en face, des policiers ne semblent pas avoir remarqué les hors-la-loi, ou bien ils ont décidé de fermer les yeux.

Sur les Champs-Elysées,  bars et restaurants ont commencé à remballer à 19h15./LP/Arnaud Dumontier
Sur les Champs-Elysées, bars et restaurants ont commencé à remballer à 19h15./LP/Arnaud Dumontier  

Le dernier quart d'heure, la foule s'est évaporée. Ainsi Charlotte et Cedric, marchent lentement des boîtes répandant un agréable fumet de pizza dans les bras pour rejoindre un hôtel tout proche : « La vision de tous ces restos, artisans fermés me serre le cœur » glisse Cedric, venu de l'île de Ré.

Nadia elle a filé bien plus tôt : « Je ne veux pas donner de sous à l'Etat, grogne la jeune étudiante en s'engouffrant dans le métro George V. Pour rejoindre Chaville, il faut plus d'une heure et demie, surtout avec les problèmes de transport ». Sa mère avec qui elle a fait du shopping la presse « Vite, vite ! ». Comme beaucoup de banlieusards, elles ne voulaient pas se retrouver piégées par le couperet de 21 heures quelque part en Ile-de-France.

Khalil, lui a reboutonné sa veste et enroulé son écharpe bien chaude sereinement avant de rejoindre ses pénates à Malakoff « Je préfère prendre de la marge. La nouvelle mesure de confinement nocturne me fait plutôt sourire, je suis Tunisien alors le couvre-feu, j'ai l'habitude » blague le quadra venu grignoter des macarons et siroter un café avec des amis « pour fêter cette première soirée raccourcie ».

VIDÉO. Couvre-feu : «Je crois que je vais beaucoup découcher»

Les restaurants ont remballé leurs chaises et leurs terrasses à partir de 19h15. « Il faut bien nous laisser le temps de rentrer chez nous » souffle le serveur en veste cintré noir du « Deauville », alors qu'il passe le balai et éteint le chauffage extérieur pour « encourager » ses clients à partir. Sur les Champs Elysées, vitrine de Paris, les rideaux étaient globalement baissés avant 20h30.

Alors ceux qui avaient prévu de s'amuser ont avancé leur rancart comme Gaétan, Amaury, Olivier et Solène une bande de potes entre 22 et 24 ans. Ils se sont retrouvés « hyper tôt » au « café Joyeux ». « On s'est fait une grande balade entre copains dans les Tuileries cet après-midi au lieu de sortir ce soir. On finit avec des coca et des chocolats chauds. Bonjour l'ambiance ! » se marre Gaétan. Mais Amaury a prévu de ne pas s'en contenter, « J'irai boire des bières avec des potes chez Olivier et je ne rentrerai que demain matin. On ne va pas se laisser abattre », confesse-t-il sans sourciller.